La Suisse rejette l'initiative de l'UDC visant à plafonner la population à dix millions d'habitants
Berne, 14 juin 2026
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Summary
Les votantes et votants suisses ont rejeté l'initiative populaire « Non à une Suisse à 10 millions ! » de l'UDC, parti de droite conservatrice, avec environ 55 % de voix défavorables. L'accord sur la libre circulation des personnes avec l'UE reste donc inchangé ; l'initiative n'aurait pu être mise en œuvre que par sa dénonciation.
Berne, 14 juin 2026
Les votantes et votants suisses ont rejeté dimanche, selon les estimations, l'initiative populaire « Non à une Suisse à 10 millions ! (Initiative sur la durabilité) » du parti de droite conservatrice Union démocratique du centre (UDC) avec environ 55 % de non.
Contenu et mécanisme de l'initiative
C'est ainsi qu'a échoué la tentative d'inscrire dans la Constitution un plafond de dix millions d'habitantes et d'habitants, comme l'a annoncé la télévision suisse (SRF) en s'appuyant sur les chiffres de l'institut de sondage GFS Berne après la fermeture des bureaux de vote. L'initiative aurait fait de la Suisse le seul pays au monde doté d'un plafond démographique fixé dans sa Constitution. Son acceptation aurait requis à la fois une majorité du peuple et une majorité des cantons. La marge d'erreur des estimations est de 2 % ; le résultat officiel était attendu plus tard dans l'après-midi.
L'UDC avait proposé que la population résidante permanente reste inférieure à dix millions avant 2050. Le texte intégral de l'initiative était : « la Suisse doit-elle inscrire dans la Constitution un plafond démographique de 10 millions de personnes au maximum ? » Si la population devait dépasser la barre des 9,5 millions avant 2050, le gouvernement aurait dû, selon l'initiative, intervenir et accueillir moins de réfugiés ainsi que limiter le regroupement familial.
En cas d'acceptation, la Suisse aurait finalement dû dénoncer l'accord bilatéral important sur la libre circulation des personnes avec l'Union européenne (UE). Le texte de l'initiative stipule textuellement : « Si la barre des 10 millions est dépassée avant 2050, la Suisse doit dénoncer ces accords, et au bout de deux ans également la libre circulation des personnes avec l'UE. » Une dénonciation de la libre circulation négociée avec l'UE ne deviendrait d'actualité que si toutes les autres mesures s'avéraient inutiles – mais elle serait alors devenue obligatoire.
Le Conseil fédéral et le Parlement s'étaient prononcés contre l'initiative au préalable. Au Conseil national, 123 membres s'y sont opposés, 67 en faveur. Au Conseil des États, l'initiative a été rejetée par 30 voix contre 9. Quasiment tous les partis, le gouvernement et les représentants du monde économique avaient combattu la proposition au préalable.
Large opposition politique et économique
Le gouvernement, les associations économiques, les syndicats, les hautes écoles ainsi que tous les autres partis à l'exception de l'UDC avaient mis en garde contre la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, les pertes de croissance et l'incertitude dans les relations avec l'UE. Ils craignaient des dommages économiques et un manque de personnel qualifié. L'ouverture du marché du travail suisse avait soutenu la croissance économique du pays au cours des dernières décennies.
Le ministre de la Justice Beat Jans avait même mis en garde contre un « moment Brexit » et souligné que sans personnel étranger, les hôpitaux et les EMS du pays ne pourraient plus fonctionner. Dans l'hôtellerie-restauration, ces travailleurs représentent 46 %, dans la construction 34 %, sans même compter les frontaliers. En outre, des dizaines de milliers d'Allemands se rendent quotidiennement dans le pays voisin pour y travailler.
La Suisse compte aujourd'hui 9,1 millions d'habitants. Depuis l'introduction de la libre circulation des personnes en 2002, la population du pays a augmenté d'environ 1,7 million, principalement en raison de l'immigration. Depuis l'introduction de la libre circulation en 2002, 1,5 million de personnes au net se sont installées en Suisse, hors domaine de l'asile. Dix fois au cours des 26 dernières années, la population s'est prononcée en faveur de la libre circulation des personnes, et la onzième fois n'a pas fait exception.
Démographie et population étrangère
2,4 millions de personnes dans le pays n'ont pas de passeport suisse. Cela correspond à plus d'un habitant sur quatre. 235 000 personnes en Suisse sont des requérants d'asile ou des personnes admises. Environ 40 % des votantes et votants ont un parcours migratoire. Dans la ville de Zurich vivent 453 000 personnes. Parmi elles, 32 700 sont de nationalité allemande. Cela correspond à peu près à la ville de Bad Nauheim ou à 8 % de la population urbaine zurichoise. À Bâle-Ville, la part d'étrangers atteint 39 %. Plus de la moitié des 211 000 habitants de la ville n'ont pas le droit de vote, soit parce qu'ils n'ont pas la nationalité, soit parce qu'ils n'ont pas encore dix-huit ans. À la deuxième place figurent les Allemands, avec 334 000 immigrés.
L'UDC a présenté son initiative comme une « initiative sur la durabilité ». Selon les initiant·e·s de l'Union démocratique du centre (UDC), le gouvernement aurait dû agir principalement sur l'asile et le regroupement familial. À partir de 9,5 millions d'habitants, le Conseil fédéral aurait dû examiner des mesures pour freiner l'immigration. Les initiant·e·s argumentaient qu'il fallait préserver les ressources, stopper de nouvelles constructions, décharger les transports publics et lutter contre la criminalité. L'UDC se positionne depuis des décennies contre les étrangers et contre l'Union européenne.
Arguments des partisans : « stress de la densité »
Un argument important était ce que l'on appelle le « stress de la densité » : l'immigration a provoqué une pénurie de logements et des trains bondés. L'UDC a listé les conséquences : « la pénurie de logements, la hausse des loyers, le bétonnage du paysage, les bouchons et les trains surpeuplés, la criminalité en hausse, un système de santé au bord de la rupture et la baisse de la qualité de l'enseignement » en seraient les conséquences. Le « Financial Times » a écrit au préalable que le gouvernement suisse n'avait toujours pas apporté de réponse globale aux questions de la pénurie de logements et de la surcharge des infrastructures. La statistique officielle indique que d'ici 2055, environ 10,5 millions de personnes vivront en Suisse.
Réactions : soulagement et déception
Les réactions au résultat se sont divisées le long des lignes politiques. Cédric Wermuth, coprésident des sociaux-démocrates suisses, a parlé d'un « immense soulagement ». Il a déclaré : « Pendant la campagne, j'ai senti que beaucoup de gens en avaient assez de cette division permanente, où les migrantes et les migrants sont responsables de tout. » Cette politique du bouc émissaire a – par chance – atteint ses limites. Le Parti vert'libéral constate avec satisfaction que la population « aborde traditionnellement les problèmes avec pragmatisme, innovation et cohésion, et non par le repli et les slogans simplistes ». Le PLR suisse qualifie le résultat d'« engagement en faveur d'une Suisse ouverte et économiquement connectée ».
Le président de l'UDC Marcel Dettling s'est dit déçu. Il a déclaré que le résultat n'était « pas un bon résultat pour la Suisse ». La vice-présidente du Centre a expliqué dans un entretien à la SRF : « Le succès de la Suisse a entraîné des douleurs de croissance. Mais un plafond rigide n'est pas une solution. » Pour freiner l'immigration, le pays devrait mieux exploiter le potentiel de main-d'œuvre des personnes déjà résidantes.
Selon l'analyse du politologue Lukas Golder de l'institut gfs.bern, la Suisse romande et les villes ont été déterminantes dans le rejet du projet. Dans les villes, l'initiative a été clairement rejetée. Dans le canton rural d'Appenzell Rhodes-Intérieures, qui compte peu d'étrangers, le projet de l'UDC a en revanche été accepté avec près de 66 %. Le deuxième sondage SRG de fin mai a montré pour la première fois une majorité contre le projet, après que l'initiative avait brièvement progressé dans les sondages de printemps. Dans les sondages, les opposants à la proposition de l'UDC étaient légèrement en tête.
En Suisse, la proposition a toutefois reçu un soutien allant bien au-delà des cercles nationalistes. Environ 100 000 personnes arrivent chaque année en Suisse, en provenance de l'UE, d'États tiers et en tant que requérants d'asile, selon l'UDC. Le magazine d'information allemand Der Spiegel a consacré à la votation suisse un article de couverture et montré un bulletin de vote suisse portant l'inscription « Les Allemands dehors ». À travers l'Europe, les partis de droite s'emparent des craintes liées à l'immigration, comme on peut l'observer avec l'ascension de l'AfD en Allemagne, du Rassemblement National en France ou du FPÖ en Autriche.
Contexte historique : une tradition suisse de débats sur l'immigration
L'initiative s'inscrit dans une longue série de tentatives similaires. En 1965, les Démocrates zurichois ont déposé la première « initiative sur l'emprise étrangère », retirée en 1968. L'initiative dite Schwarzenbach de 1970 a échoué avec 54 % de non, une autre initiative en
Suisse : rejet de l'initiative de l'UDC sur le plafond | actualites360