Le Bundestag adopte un controversé paquet d'économies : hausse des participations et coupes dans les prestations pour 75 millions d'assurés
Berlin, 10 juillet 2026
Prométhée / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0
Summary
Le Bundestag a adopté le paquet d'économies à plusieurs milliards destiné à stabiliser l'assurance maladie légale. Les assurés doivent s'attendre à des participations plus élevées, à des forfaits fixes réduits pour les prothèses dentaires et à des coupes dans l'homéopathie, tandis que les associations mettent en garde contre des goulets d'étranglement dans les soins.
Berlin, 10 juillet 2026
Le Bundestag a adopté le 10 juillet 2026, par 318 voix pour, 284 voix contre et quatre abstentions, la loi dite de stabilisation des taux de cotisation, qui doit alléger en 2027 les caisses légales d'assurance maladie de 18,8 milliards d'euros et empêcher les hausses de cotisations.
Contexte : un objectif d'économies de 18,8 milliards d'euros
Avec ce paquet législatif, la coalition noir-rouge réagit à la hausse fulgurante des dépenses de l'assurance maladie légale (GKV). Au seul premier trimestre 2026, les dépenses ont augmenté de huit pour cent ; l'année dernière, les caisses ont dépensé au total quelque 336 milliards d'euros. La ministre fédérale de la Santé, Nina Warken (CDU), n'avait relevé l'objectif d'économies que quatre semaines plus tôt, de 16,3 à 18,8 milliards d'euros, parce que la dynamique des hausses de dépenses dépassait toutes les hypothèses précédentes. Warken a averti que l'évolution actuelle mènerait à plus ou moins brève échéance à un « Systemkollaps ».
Le chancelier fédéral Friedrich Merz (CDU) a qualifié la réforme sur la plateforme X de « Meilenstein für mehr Verlässlichkeit im System ». La santé devait rester abordable. Selon la ministre, « alle Beteiligten im Gesundheitswesen einen Beitrag » fournissent, car les assurés et les employeurs ne veulent pas de cotisations en hausse. Sans la réforme, les calculs du ministère menacent d'entraîner en 2027 une hausse du taux de cotisation d'un point entier.
Coupes pour les assurés : participations et prothèses dentaires
Pour les assurés, la loi apporte des coupes sensibles. Les participations inchangées depuis 22 ans, comprises entre 5 et 10 euros — par exemple lors du retrait en pharmacie de médicaments prescrits — sont relevées à 7,50 à 15 euros. Le forfait fixe pour les prothèses dentaires passe de 60 à 50 pour cent des coûts, les règles pour les cas de rigueur restant toutefois en vigueur. Sont supprimées notamment les prestations d'homéopathie prises en charge par les caisses. Le plafond de l'assiette des cotisations, qui augmente de toute façon chaque année, doit être relevé en 2027 une fois supplémentaire de 300 euros, pour atteindre 6 112,50 euros, afin de faire davantage contribuer les hauts revenus.
Pour les partenaires jusqu'ici couverts gratuitement par les membres des caisses, un supplément de cotisation de 2,5 pour cent est prévu à partir de 2028. Par ailleurs, la subvention fédérale ordinaire versée aux caisses d'assurance maladie, qui s'élève à 14,5 milliards d'euros par an, doit diminuer l'an prochain de 1,35 milliard d'euros ; le projet initial prévoyait une coupe de deux milliards. Dans le même temps, les caisses reçoivent pour 2027 un milliard d'euros supplémentaire du budget fédéral pour couvrir les coûts de santé des bénéficiaires de l'aide sociale, au lieu des 250 millions d'euros initialement prévus.
Critiques venues du secteur de la santé
Le ministre-président de Bavière, Markus Söder (CSU), a défendu le paquet comme étant « mit Schmerzen, aber doch zustimmungsfähig ». La Deutsche Krankenhausgesellschaft a toutefois qualifié les 550 millions d'euros désormais promis aux cliniques et aux centres hospitaliers universitaires de « ein paar Tropfen auf den heißen Stein ». La Hausärztinnen- und Hausärzteverband a parlé de « wahllosen Kürzungen » et mis en garde contre des délais d'attente plus longs pour les patients.
Point de discorde : la psychothérapie
Des critiques particulièrement vives sont venues du secteur de la psychothérapie. La Kassenärztliche Vereinigung et la Deutsche Psychotherapeuten Vereinigung (DptV) se sont élevées contre la suppression prévue du contrôle dit d'adéquation pour les prestations de psychothérapie. Le membre du directoire de la KV, Peter Andreas Staub, a critiqué que le législateur supprime des dispositions par lesquelles il avait transposé la jurisprudence de la Cour sociale fédérale, qui protège constitutionnellement les particularités des prestations de psychothérapie.
Lisa Marie Hubbe, présidente régionale de la DptV en Saxe-Anhalt, a fait état d'un sentiment d'« Ohnmacht, Besorgnis und großer Unsicherheit » parmi les collègues. Le porte-parole en politique sociale du groupe CDU en Saxe-Anhalt, Tobias Krull, a averti que les futurs psychothérapeutes pourraient renoncer à une carrière en exercice libéral ou se concentrer uniquement sur les patients privés. Cela pourrait encore aggraver la situation de l'offre de soins. Les patients attendent actuellement en moyenne six à douze mois le début d'un traitement.
La psychothérapeute Kristin Ackermann, qui dirige depuis 2015 un cabinet à Gardelegen en Saxe-Anhalt, a décrit les conséquences personnelles : « Meine Praxis wird damit weiter unter Druck geraten, und Druck ist keine gute Voraussetzung, um zu arbeiten. » Ackermann venait tout juste d'achever sa formation et déclare : « Ich dachte eigentlich, nach der Ausbildung gibt es endlich Sicherheit, und darauf habe ich mich auch gefreut. » Elle envisage désormais de ne pas ouvrir son propre cabinet.
L'industrie pharmaceutique annonce des réductions d'investissement
Du côté de l'industrie pharmaceutique, des signaux d'une baisse de la propension à investir sont apparus. Le groupe américain Eli Lilly a confirmé qu'il réduirait son investissement prévu sur le site d'Alzey en Rhénanie-Palatinat. Au lieu des 2,3 milliards d'euros initialement prévus, seule environ la moitié sera investie dans l'usine. Le groupe pharmaceutique Boehringer Ingelheim renonce également, selon ses propres indications, à des investissements prévus de 900 millions d'euros. La réforme a suscité une avalanche de protestations : « Diese Reform wird zum Todesstoß für viele weitere werden! », a-t-on déclaré dans les milieux industriels.
Les hôpitaux se trouvent eux aussi, selon le syndicat Verdi, face à d'énormes charges. La responsable régionale Verdi, Marion Paul, a déclaré qu'outre les « Fürchterlichkeiten in der GKV-Reform », la pression financière accrue sur les cliniques frappe particulièrement durement la Rhénanie-Palatinat et la Sarre. Au cours des dernières années, de nombreuses cliniques en zone rurale ont déjà dû fermer. La présidente du groupe Die Linke, Heidi Reichinnek, a déclaré au Bundestag : « Sie gefährden mit diesem Gesetz Menschenleben. » Nicole Hess, de l'AfD, a qualifié le projet de « keine Reform, sondern eine Einladung zum Rückzug aus der Versorgung ».
La ministre-présidente de Rhénanie-Palatinat, Anke Rehlinger (SPD), a signalé son accord, tandis que le ministre-président de la Sarre, Gordon Schnieder (CDU), a déclaré : « Reformen sind selten bequem, gerade im Gesundheitswesen wissen wir seit Jahren, dass die bestehenden Strukturen unter enormem Druck stehen und nicht länger tragfähig sind. » La vice-présidente du groupe SPD, Dagmar Schmidt, a tempéré les attentes : « Das ist alles andere als eine Nullrunde. » Son camarade de parti, le ministre de la Santé de Rhénanie-Palatinat, Clemens Hoch, a estimé que la loi rendait plus difficile le succès de la réforme hospitalière.
Évaluation de l'opposition
L'expert santé des Verts, Janosch Dahmen, table également sur des cotisations plus élevées en GKV en 2027. « In allen Folgejahren wird das Defizit der GKV noch höher ausfallen », a-t-il déclaré. « In Kombination dieser Effekte hält das Gesetz nicht, was es verspricht. » Les critiques contre la subvention croisée des coûts de santé des bénéficiaires de l'aide sociale par les cotisations ne se sont pas non plus tues. Le responsable SPD Hoch a regretté : « Das nun verabschiedete Gesetz droht, die medizinische Versorgung im Land erheblich zu erschweren. »
Perspective : d'autres réformes annoncées
Parallèlement, le Bundestag et le Bundesrat ont adopté la nouvelle loi sur la modernisation des bâtiments (GModG), souvent qualifiée de « nouvelle loi sur le chauffage ». La coalition noir-rouge a ainsi fait machine arrière sur les prescriptions du précédent gouvernement « feu tricolore », qui prévoyaient une part minimale de 65 pour cent d'énergies renouvelables lors de l'installation de nouveaux chauffages. L'enjeu central portait sur les « Anforderungen an eine Heizungsanlage », a-t-on indiqué dans les cercles de la coalition. Une réduction dynamique de prix initialement prévue pour les fabricants de médicaments, qui aurait dû être relevée chaque année, a été abandonnée au cours de la procédure parlementaire.
Avec ces deux réformes, la coalition CDU/CSU et SPD au
Réforme de la santé 2026 : le Bundestag adopte un paquet | actualites360