Vienne, 03 juillet 2026
La plus haute juridiction autrichienne a confirmé jeudi la peine de deux ans de prison infligée en première instance à René Benko pour insolvabilité frauduleuse, tout en ordonnant un nouveau procès sur un point distinct du dossier lié à un loyer versé à l'avance.
Mise à jour du 3 juillet 2026 : l'Oberster Gerichtshof (OGH) a rendu jeudi son arrêt dans le dossier pénal visant le fondateur du groupe immobilier Signa, René Benko, confirmant partiellement la condamnation de première instance prononcée en octobre 2025 à Innsbruck.
L'OGH a jugé établi que René Benko avait fait don de 300.000 euros à sa mère à l'automne 2023, privant ainsi ses créanciers d'une partie de son patrimoine. La sénatrice présidente Christa Hetlinger a résumé la position du tribunal en trois mots : « Schenkung bleibt Schenkung. » Selon elle, il n'existait pas de « Gegenwert », c'est-à-dire de contrepartie exécutable, pour les créanciers. La condamnation à deux ans de prison prononcée en première instance est donc maintenue.
Le volet du dossier relatif à une avance de loyer de 360.000 euros, versée pour une villa située dans le quartier de Hungerburg à Innsbruck, devra en revanche être rejugé. La défense, conduite par l'avocat Norbert Wess, s'opposait à la condamnation, tandis que le parquet anticorruption (WKStA) contestait l'acquittement sur ce point. L'OGH a estimé que la première instance était « am falschen Dampfer » – sur la mauvaise voie – concernant l'appréciation de cette avance.
Reprenant une formulation utilisée par le quotidien « Kurier », la représentante de la Generalprokuratur a qualifié le montage financier de « ausgefeiltes Konstrukt », tout en soulignant : « Es ist ausgefeilt, aber es bleibt halt auch nur ein Konstrukt. » Selon elle, l'argent transféré à la mère de l'accusé aurait simplement été « zwischengeparkt » – stationné temporairement – hors de portée des créanciers. Le ministère public a également relevé l'absence de « tätige Reue » – repentir actif – invoquée par la défense.
Du côté de la défense, on a fait valoir que les virements entre René Benko et sa mère répondaient à des besoins concrets et qu'en l'absence de cette rétrocession, l'accusé aurait simplement reçu moins d'argent lors de la prochaine aide maternelle. L'avocat Norbert Wess a bataillé sur l'ensemble du dossier devant la formation présidée par Christa Hetlinger, dans la Grande Salle du Palais de justice de Vienne, entre 10 heures et midi.
L'audience s'inscrit dans un parcours judiciaire déjà chargé pour le fondateur de Signa. En décembre 2025, René Benko avait déjà été condamné à quinze mois de prison avec sursis pour des faits analogues d'insolvabilité frauduleuse, dans le cadre d'un dossier distinct. Quelques années plus tôt, en 2012, il avait également reçu douze mois de prison avec sursis pour « verbotene Intervention » – intervention prohibée – dans une affaire fiscale italienne.
L'OGH étant la plus haute juridiction civile et pénale du pays, sa décision est définitive sur les points qu'elle tranche. Toutefois, le renvoi partiel devant une autre juridiction signifie qu'un nouveau procès devra se tenir concernant l'avance de loyer. Une décision distincte sur la peine d'emprisonnement était par ailleurs attendue jeudi.
Ce qui est nouveau depuis le 2 juillet
Ce qui est nouveau depuis le 2 juillet
Par rapport à la version précédente de cet article, l'élément central à retenir est la décision rendue jeudi par l'OGH : la condamnation à deux ans de prison est confirmée pour le don de 300.000 euros à la mère de René Benko, considéré comme un acte d'insolvabilité frauduleuse. La cour a en revanche invalidé le raisonnement de première instance sur l'avance de loyer de 360.000 euros, ordonnant un nouveau procès sur ce volet.
Plusieurs passages-clés de l'arrêt éclairent la position des juges. La sénatrice présidente Hetlinger a insisté sur l'absence de contrepartie réelle pour les créanciers, tant pour la donation que pour l'avance de loyer. La Generalprokuratur a, pour sa part, rejeté la thèse du « montage élaboré » défendue par la défense et exigé l'annulation de l'acquittement sur l'avance locative.
Sur le terrain procédural, l'arrêt précise également que la défense avait soutenu, sans succès, que les sommes rétrocédées par la mère de René Benko compensaient ultérieurement le don initial. La cour a estimé qu'aucun élément ne venait corroborer l'existence d'un repentir actif de l'accusé.
Le calendrier institutionnel est également un élément nouveau : la formation de l'OGH a siégé dans la Grande Salle du Palais de justice de Vienne, de 10 heures à midi, jeudi, pour entendre les plaidoiries et rendre sa décision. René Benko n'était pas présent dans la salle d'audience.
Le parcours d'un empire immobilier
Le parcours d'un empire immobilier
René Benko avait bâti en un peu moins d'un quart de siècle un patrimoine estimé à plusieurs milliards d'euros, à la faveur de la baisse des taux d'intérêt et de la hausse des prix de l'immobilier. Son empire se composait de plus de 1.000 sociétés, filiales et biens immobiliers imbriqués les uns dans les autres.
Dès l'âge de 17 ans, le natif d'Innsbruck organisait pour un ami entrepreneur du bâtiment des travaux d'aménagement de combles dans des emplacements recherchés de la ville. Au milieu des années 1990, il attirait déjà l'attention sur lui, alors qu'il était lycéen, par un style remarqué – chaînes en or et Ferrari en leasing, selon les souvenirs publiés dans le journal « Falter ». L'intéressé avait lui-même reconnu dans un entretien à l'ORF ne pas avoir été autorisé à se présenter à la maturité en raison de ses absences.
La chute de l'empire Signa
Sa première opération d'envergure remonte à 2004, avec la reprise du Kaufhaus Tyrol à Innsbruck. En 2012, il acquiert avec le diamantaire israélien Beny Steinmetz le prestigieux KaDeWe à Berlin. Il met ensuite la main sur de nombreux actifs emblématiques : le « Goldene Quartier » avec l'hôtel Park Hyatt à Vienne, le Bank Austria Kunstforum, la Caisse d'épargne postale autrichienne conçue par Otto Wagner, le siège de la Deutsche Börse à Eschborn, l'hôtel Bauer Palazzo à Venise, le Chrysler Building à New York, le grand magasin Selfridges à Londres, les magasins Globus en Suisse, ou encore la tour Elbtower à Hambourg – dont le chantier a été stoppé, comme celui du Kaufhaus Lamarr à Vienne.
En Autriche, il s'était également brièvement lancé dans le commerce de meubles avec Kika/Leiner et avait pris des participations dans la « Kronen Zeitung » et le « Kurier ». Après le rachat en 2019 du concurrent Karstadt, il avait fusionné les deux enseignes sous la bannière « Galeria Karstadt Kaufhof GmbH ». L'homme, élu « Tiroler des Jahres 2011 », était décrit par son entourage comme un « Blitzgneißer » – esprit vif – doté d'un excellent instinct commercial et d'un sens aigu du réseau, travaillant selon ses propres dires de 4 h 30 du matin jusqu'à peu avant minuit.
Enquêtes et procédures parallèles
La chute de l'empire Signa
À partir de 2023, les difficultés se sont accumulées pour René Benko et son groupe Signa. Sous la pression croissante des associés, il annonce en novembre 2023 son retrait de la tête du conseil consultatif de Signa Holding. Fin novembre 2023, la société holding dépose le bilan.
En 2024, l'ancien milliardaire – aujourd'hui âgé de 49 ans selon les éléments du dossier – ne connaît pas d'amélioration : un plan de redressement fiduciaire pour la SPS échoue à l'automne. Selon le créancier-protecteur KSV, le passif total atteint 2,43 milliards d'euros, ce qui place l'affaire au deuxième rang des plus grandes faillites autrichiennes de 2024.
Enquêtes et procédures parallèles
Une défense qui conteste toujours
En Autriche, la WKStA mène désormais 17 volets d'enquête distincts contre l'ancien chef d'entreprise. À l'automne 2022, des perquisitions avaient été menées au sein du groupe Signa. En janvier 2025, René Benko est placé en détention provisoire à Innsbruck en raison d'un risque de dissimulation de preuves et de récidive ; il y est toujours incarcéré.
Mi-juin 2026, le parquet anticorruption a déposé une troisième mise en accusation contre René Benko pour escroquerie aggravée et insolvabilité frauduleuse. En Allemagne, le parquet de Munich a récemment ouvert une nouvelle procédure pour soupçon d'abus de confiance et d'escroquerie portant sur des montants à trois chiffres en millions d'euros.
Un autre épisode alimente la pression judiciaire : l'ancien patron de l'ÖBAG Thomas Schmid aurait affirmé que René Benko lui aurait proposé un poste au sein du groupe Signa en échange de son intervention pour « auf Schiene bringen » – faire aboutir – des dossiers fiscaux portant sur plusieurs millions d'euros.
Une défense qui conteste toujours
René Benko conteste l'ensemble des accusations portées contre lui. Dans le volet tranché jeudi, son conseil avait déjà soutenu, dès la première instance, que les virements entre l'accusé et sa mère répondaient à des besoins concrets, gérés au cas par cas. L'avocat Thomas Pillichshammer avait défendu l'idée que la rétrocession ultérieure compensait largement le don initial, rendant nul le préjudice pour les créanciers.
La Generalprokuratur et, finalement, l'OGH ont écarté cette argumentation. Pour la cour, l'argent a bien été soustrait, fût-ce temporairement, au patrimoine saisissable de l'accusé, et aucun élément matériel ne vient établir l'existence d'un repentir actif.
L'arrêt rendu jeudi ne met pas un terme définitif à l'ensemble des procédures : le nouveau procès ordonné sur l'avance de loyer de 360.000 euros, ainsi que les nombreux volets encore en instruction, continueront de mobiliser la justice autrichienne, et désormais aussi la justice allemande, dans les mois à venir.
