Deutscher Filmpreis 2026 : Wim Wenders et le cas Nastassja | actualites360
Wim Wenders ébranle le cinéma allemand en posant la question d’une coupe rétroactive dans « Fausse Mouvement »
Berlin, 30 mai 2026
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Summary
Lors de la cérémonie du Prix du cinéma allemand à Berlin, Wim Wenders a reçu un prix d’honneur et a publiquement remis en question l’intégrité de son film « Fausse Mouvement » de 1975. Le réalisateur a demandé à l’industrie s’il était permis de couper une scène montrant Nastassja Kinski, alors âgée de 13 ans, torse nu, une séquence que l’actrice tente de faire retirer depuis des années.
Berlin, 30 mai 2026
Le réalisateur Wim Wenders, honoré pour l’ensemble de sa carrière lors de la cérémonie du Prix du cinéma allemand à Berlin vendredi soir, a saisi cette tribune pour lancer un débat public sur la possibilité de modifier un film a posteriori, évoquant le cas de la scène controversée de « Fausse Mouvement » tournée avec Nastassja Kinski en 1975.
Devant près de 1 900 invités réunis pour la grand-messe du cinéma allemand, le cinéaste de 80 ans, célèbre pour « Paris, Texas », « Les Ailes du désir » ou encore « Perfect Days », a été accueilli par une standing ovation. L’Académie du cinéma allemand lui a décerné son prix d’honneur, une distinction saluée par son président Florian Gallenberger, qui a décrit l’œuvre de Wenders comme « sans limites et en même temps si inimitable ». Mais au lieu d’un simple discours de gratitude, Wenders a choisi de confronter l’assemblée à une question éthique profonde qui le hante.
Une question qui fige l’auditoire
Après avoir reçu son trophée, le réalisateur s’est adressé directement aux professionnels du cinéma présents dans la salle. Il a évoqué le tournage de « Fausse Mouvement » en 1975, un film dans lequel il a dirigé Nastassja Kinski. L’actrice, alors âgée de seulement 13 ans, apparaît dans une scène où elle est filmée torse nu. Wenders a reconnu publiquement que cette séquence posait aujourd’hui un grave problème.
« Comment gère-t-on le patrimoine cinématographique ? » a-t-il lancé à l’auditoire, selon des propos corroborés par plusieurs sources. Il a poursuivi en demandant s’il était permis, voire obligatoire, de couper une scène lorsqu’elle blesse une actrice qu’il a, selon ses mots, « beaucoup admirée et que j’admire encore ». Le réalisateur a confessé son désarroi face à ce dilemme. « Peut-on raccourcir un film après coup ? » a-t-il interrogé, ajoutant qu’il était « assez seul avec cette question et aussi désemparé ».
Le combat de Nastassja Kinski
La prise de parole de Wenders ne survient pas dans le vide. Elle fait écho aux déclarations récentes de Nastassja Kinski elle-même. L’actrice s’est confiée au journal « Süddeutsche Zeitung » sur cette expérience douloureuse. « Même si à 13 ans je ne savais pas encore grand-chose, j’ai bien senti que ce n’était pas normal », a-t-elle déclaré au quotidien allemand. Selon le journal, Kinski tente depuis des années d’obtenir le retrait de cette scène du film.
Le cinéaste a semblé prendre la pleine mesure de la douleur exprimée par son ancienne actrice. Il a déclaré à Berlin qu’il ne tournerait plus jamais une telle scène de nos jours. « Il y a d’autres sensibilités, on vit dans un monde totalement différent d’il y a 50 ans », a-t-il affirmé, reconnaissant implicitement que les pratiques de l’époque ne sont plus acceptables selon les standards contemporains.
Un appel à la responsabilité collective
Refusant de porter seul le poids de cette décision, Wim Wenders a transformé son cas de conscience personnel en un défi pour l’ensemble de la profession. Il a clairement signifié qu’une éventuelle modification de « Fausse Mouvement » créerait un précédent aux conséquences considérables pour le septième art.
« Je ne veux pas porter cela tout seul », a-t-il insisté. Il a prévenu que s’il décidait de couper son film, cela constituerait un précédent qui « vous concerne tous ». « Alors ce sera possible plus tard pour tous les autres films », a-t-il mis en garde. Le réalisateur a conclu son intervention par un vibrant appel au dialogue : « Je veux en discuter et je ne veux pas rester seul là-dedans. »
Le triomphe d’« In die Sonne schauen »
Si le discours de Wenders a marqué les esprits, la soirée a également été dominée par le raz-de-marée du film « In die Sonne schauen » (Regarder le soleil en face). Le long-métrage a remporté pas moins de dix prix lors de cette cérémonie, confirmant son statut de phénomène critique de l’année. Le film, qui traite de quatre femmes de différentes époques liées par des traumatismes refoulés, a déjà été récompensé à de multiples reprises, notamment au Festival de Cannes.
L’histoire de ce succès est profondément ancrée dans la région de l’Altmark, en Saxe-Anhalt. Le tournage s’est déroulé en 2023 dans une ferme à cour carrée située à Neulingen, près d’Arendsee. La fierté locale a été immense lorsque le film a décroché une nomination aux Oscars fin 2025. Le ministre de la Culture de Saxe-Anhalt, Rainer Robra, a adressé ses félicitations aux lauréats : « Cet immense succès est une reconnaissance exceptionnelle pour toute l’équipe devant et derrière la caméra. » Il a souligné que le tournage avait démontré le potentiel du Land en tant que lieu de production cinématographique.
Une cérémonie sous le signe de l’engagement politique
La remise des prix a été ponctuée de plusieurs moments politiques et de légères controverses. Le producteur Ingo Fliess, venu chercher la Lola d’argent pour le thriller politique « Gelbe Briefe » (Lettres jaunes) d’İlker Çatak, a livré un discours remarqué. Il a déclaré aimer la manière dont on peut vivre et travailler dans ce pays, avant d’ajouter, en présence du ministre d’État à la Culture : « Je peux par exemple, en présence du ministre d’État à la Culture, exprimer ma stupéfaction et ma consternation face aux événements autour du Prix des librairies, sans avoir à craindre de sanctions. » La salle a applaudi.
Le film « Gelbe Briefe » avait valu à İlker Çatak de remporter l’Ours d’or à la Berlinale en février dernier, une première pour un réalisateur allemand depuis plus de vingt ans. La soirée a toutefois connu un léger couac lorsque le réalisateur Leander Haußmann, chargé d’un éloge, a écorché le nom d’İlker Çatak, commentant son erreur par une remarque sur « la peur de l’Allemand face à la prononciation des noms turcs », suscitant l’irritation d’une partie du public.
L’actrice Senta Berger a également été récompensée, recevant un prix pour son rôle principal dans l’adaptation cinématographique « Ach, diese Lücke, diese entsetzliche Lücke » réalisée par son fils Simon Verhoeven. Ce dernier a évoqué avec humour la difficulté de diriger sa propre mère : « Quand on tourne un film avec sa mère, cela conduit naturellement à ce qu’en tant que réalisateur, on dise constamment ‘Maman’ sur le plateau. Ce qui n’est pas forcément idéal ni favorable à l’autorité, mais dans ce cas, c’était tout à fait merveilleux. »
La soirée, animée avec beaucoup de chansons par l’humoriste Friedel, a été brièvement interrompue par un problème technique. L’animateur a ironisé sur la situation, lançant au public : « Celui qui a déjà été ivre sait à quel point on se sent mal le lendemain matin. »