Trump évoque un accord imminent avec l'Iran et annule des frappes prévues
Washington/Téhéran, 11 juin 2026
Hamed Saber / Wikimedia Commons / CC BY-SA 2.0
Summary
Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi l'annulation de frappes contre l'Iran prévues pour la nuit suivante, évoquant un accord de paix « grandiose » susceptible d'être signé ce week-end en Europe. L'annonce a fait chuter les cours du pétrole et propulsé les Bourses, mais Téhéran se montre prudent et n'a confirmé aucun texte.
Washington/Téhéran, 11 juin 2026
Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi l'annulation d'attaques massives contre l'Iran qui avaient été promises pour la nuit suivante, évoquant un « grand accord » susceptible d'être paraphé dès le week-end, possiblement en Europe.
Une annonce surprise sur Truth Social
Trump a justifié cette volte-face par l'avancement de négociations directes avec « le plus haut niveau de la direction iranienne », selon un message publié sur sa plateforme Truth Social. Le président américain a précisé que les documents nécessaires étaient en cours de finalisation et que la signature pourrait avoir lieu « dans les jours à venir ». Il n'a pas précisé de pays européen, ni de lieu exact, se contentant d'indiquer qu'il ne serait pas lui-même présent et que le vice-président JD Vance le représenterait, selon ses propres déclarations à la presse dans le Bureau ovale.
L'annonce a immédiatement eu des répercussions sur les marchés financiers. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord est passé sous la barre des 90 dollars, atteignant son plus bas niveau depuis la mi-avril. À l'inverse, les indices boursiers de Wall Street ont prolongé leur hausse et l'euro s'est apprécié face au dollar. Ces mouvements traduisent l'espoir d'une désescalade dans un conflit qui dure depuis trois mois et a déjà coûté la vie à des milliers de personnes, tout en faisant grimper les prix mondiaux de l'énergie.
Sur le fond, Trump a déclaré qu'il supposait que le nouveau Guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, avait personnellement approuvé l'accord. « So wie ich es verstehe, ist die Antwort ja. » (« Tel que je le comprends, la réponse est oui »), a-t-il lancé devant la presse, évoquant la position de Téhéran. Il a ajouté que l'accord garantirait que l'Iran « niemals eine Atomwaffe » (« n'aura jamais d'arme atomique »), sans entrer dans les détails.
Réactions des marchés : le pétrole chute, Wall Street bondit
Dans le détail du cadre négocié, Trump a affirmé que les pourparlers et les points finaux avaient été approuvés par l'ensemble des parties impliquées, dont les États-Unis, Israël, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, la Turquie, le Pakistan, Bahreïn, le Koweït, la Jordanie, l'Égypte et d'autres pays encore. Le président américain a précisé qu'il s'agirait d'un protocole d'accord (Memorandum of Understanding). Il a également indiqué que le détroit d'Ormuz serait rouvert dans le cadre de l'accord et que le blocus naval américain serait levé.
Le contenu exact reste toutefois en discussion. Un point central de désaccord demeure le déblocage de revenus pétroliers iraniens gelés à l'étranger, dont Téhéran exige le versement en une fois — entre six et douze milliards de dollars — alors que Washington souhaite une libération échelonnée et exclusivement destinée à des biens humanitaires. L'Iran réclame par ailleurs la fin des attaques israéliennes au Liban, la levée des sanctions et la reconnaissance de son contrôle sur le détroit d'Ormuz. En contrepartie, les États-Unis exigent la fin du blocus iranien de fait sur ce même détroit et des garanties que l'Iran ne développera pas d'arme nucléaire.
Kharg, l'île stratégique au cœur des tensions
Quelques heures plus tôt, le ton était pourtant à l'escalade. Dans la nuit de mercredi à jeudi, l'armée américaine a indiqué avoir frappé des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des positions de défense antiaérienne en Iran. « Das US-Militär werde die Islamische Republik in der Nacht zum Freitag » (« L'armée américaine va frapper très durement la République islamique dans la nuit de vendredi »), avait écrit Trump sur Truth Social, annonçant des bombardements d'une ampleur « größeren » (« plus grande »). Il avait ajouté, sur la même plateforme, que les États-Unis « werden wir auch die Insel Charg übernehmen » (« prendront également le contrôle de l'île de Kharg ») et finiraient par exercer une « totalen Kontrolle über ihre Öl- und Gasmärkte » (« contrôle total sur leurs marchés pétrolier et gazier »), à la manière de l'approche utilisée au Venezuela.
L'île de Kharg, située dans le golfe Persique, accueille le plus important port pétrolier de l'Iran : près de 90 % des exportations de brut de la République islamique y transitent. La prise de contrôle de cette infrastructure aurait constitué une escalade majeure dans le conflit. Selon des informations relayées par Reuters, une éventuelle saisie américaine de Kharg était évoquée depuis un certain temps. Finalement, Trump a fait machine arrière, évoquant au contraire un futur où « in nicht allzu ferner Zukunft werde man die für Irans Ölindustrie wichtige Insel Kharg und andere Öl-Infrastruktur übernehmen » (« dans un avenir pas si lointain, on prendra le contrôle de l'île de Kharg, importante pour l'industrie pétrolière iranienne, ainsi que d'autres infrastructures pétrolières »), tout en assurant la « vollständige Kontrolle » (« contrôle total ») sur le pétrole et le gaz iraniens.
Téhéran prudent face à l'optimisme américain
Côté iranien, la réaction est nettement plus réservée. Le ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié la trêve en vigueur depuis avril — « der seit April geltenden Waffenruhe » — de « praktisch bedeutungslos » (« pratiquement dénuée de sens ») au vu des récentes frappes américaines, tout en soulignant que l'Iran « habe ein Recht auf Selbstverteidigung » (« a un droit de légitime défense »). Le ministère n'a toutefois pas formellement dénoncé le cessez-le-feu. L'agence de presse iranienne Fars a par ailleurs rapporté, citant des cercles de négociation, que « Es wurde kein Text für eine Vereinbarung gebilligt » (« aucun texte d'accord n'a été approuvé »), contredisant ainsi les affirmations de Trump.
La réalité militaire du terrain demeure contrastée. Selon des informations en provenance de Téhéran, au moins trois personnes ont été blessées dans des attaques dans la province de Téhéran. Le portail iranien Mehr a rapporté, en citant des sources officielles, qu'un bateau chargé de denrées alimentaires avait été touché par un projectile américain dans le détroit d'Ormuz aux petites heures du matin (heure locale) ; l'équipage a été secouru. L'Inde a, pour sa part, annoncé que trois membres indiens d'équipage avaient péri lors d'une attaque contre un pétrolier. Les Gardiens de la révolution iraniens ont riposté par des contre-attaques contre des bases américaines en Jordanie, à Bahreïn et au Koweït.
La pression régionale reste vive. En Jordanie, vingt missiles iraniens ont été interceptés dans la nuit, selon les autorités du pays, où les États-Unis ont stationné des avions de chasse et d'autres équipements. À Bahreïn, une fillette de onze ans a été blessée, et des débris de drones iraniens repoussés ont provoqué des incendies de véhicules et des dommages à des bâtiments résidentiels à Manama et dans la ville de Hammad. En représailles, l'état-major iranien a menacé, via la radio d'État, d'attaquer tout navire tentant de traverser le détroit d'Ormuz. L'US Central Command (Centcom) a néanmoins indiqué sur X : « Handelsschiffe fahren weiterhin heute Nacht in die Straße von Hormus ein und heraus. » (« Les navires commerciaux continuent d'entrer et de sortir du détroit d'Ormuz cette nuit »).
Un conflit régional qui s'étend
Sur d'autres fronts secondaires, Israël et l'Iran ont échangé des tirs le week-end précédent, et six personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban ; dix autres ont été blessées près d'un hôpital. Trois personnes ont en outre été tuées dans la bande de Gaza lors d'attaques israéliennes. La Slovénie a, par ailleurs, levé son embargo sur les armes à destination d'Israël, ainsi que son interdiction d'entrée visant le Premier ministre israélien, selon l'agence STA.
Trump, qui fêtera dimanche son 80e anniversaire à Washington, a prévu de se rendre en France à l'issue de cette date pour participer au sommet du G7, qui se tient du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains, sur les rives du lac Léman. Le G7 regroupe les États-Unis, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie, le Canada, le Japon et l'Union européenne. Le président américain a également indiqué qu'il s'entretiendrait avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Le président américain a précisé qu'il ne souhaitait pas envoyer de troupes au sol en Iran, tout en concédant qu'on pourrait, en théorie, y détacher un petit groupe. Il a par ailleurs réaffirmé qu'il évoquait un accord de paix susceptible d'être conclu dès le week-end, et que la trêve en vigueur depuis deux mois serait formellement respectée. Il a enfin précisé que le blocus naval américain resterait pleinement en vigueur jusqu'à la conclusion d'un accord définitif.
Le G7 en ligne de mire
Reste qu'au vu des déclarations contradictoires entre Washington et Téhéran, l'optimisme reste mesuré. Comme le résument des sources iraniennes et occidentales, les deux parties ont échangé des projets de déclaration d'intention, mais aucun texte n'a encore été formellement approuvé du côté iranien. La perspective d'une signature dès ce week-end en Europe, évoquée par Trump, n'est donc, à ce stade, ni confirmée ni exclue.
Plusieurs sources ont confirmé cette intensification des discussions, malgré la poursuite des frappes mutuelles. Selon la correspondante de la ZDF Phoebe Gaa, le conflit irano-américain a connu une nouvelle escalade dans la nuit de jeudi. L'annonce simultanée par Trump de l'annulation des frappes et de l'imminence d'un accord illustre le caractère profondément erratique d'un conflit où les déclarations présidentielles se multiplient depuis la mi-mars sans qu'aucun texte n'ait, pour l'heure, été officiellement conclu.
L'enjeu économique reste considérable : en reprenant le contrôle de l'île de Kharg et des principales infrastructures pétrolières iraniennes, les États-Unis s'assureraient une influence directe sur environ 90 % des exportations de brut de la République islamique. À l'inverse, le déblocage des fonds iraniens gelés et la réouverture du détroit d'Ormuz constitueraient un soulagement pour les marchés mondiaux de l'énergie, déjà sous tension depuis trois mois de conflit.
Questions & Réponses
Que signifie l'annonce de Trump sur l'annulation des frappes contre l'Iran ?
Le président américain a annoncé jeudi sur Truth Social qu'il annulait les attaques massives prévues contre l'Iran pour la nuit suivante, évoquant l'avancement de négociations avec « le plus haut niveau de la direction iranienne » et la perspective d'un accord de paix signé « peut-être en Europe » dès le week-end.
Quel est le statut réel des négociations entre Washington et Téhéran ?
Les deux camps ont échangé des projets de déclaration d'intention, selon Reuters, mais l'agence iranienne Fars a précisé, en citant des cercles de négociation, qu'« aucun texte d'accord n'a été approuvé » du côté iranien, contredisant les affirmations de Trump.
Pourquoi l'île de Kharg est-elle au centre des discussions ?
Située dans le golfe Persique, l'île de Kharg accueille le port pétrolier le plus important d'Iran, par lequel transitent environ 90 % des exportations de brut de la République islamique, ce qui en fait un enjeu stratégique et économique majeur dans les négociations.