Sommet UE-Balkans à Tivat : Merz plaide pour un | actualites360
Sommet UE-Balkans occidentaux à Tivat : Merz et Macron proposent un nouveau souffle pour l'élargissement
Tivat, 05 juin 2026
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Summary
Le chancelier allemand Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont présenté à Tivat, au Monténégro, une initiative conjointe visant à relancer le processus d'adhésion des Balkans occidentaux à l'Union européenne. Devant 23 chefs d'État et de gouvernement européens et les six pays candidats, ils ont appelé l'UE à démontrer sa capacité et sa volonté d'élargissement.
Tivat, 05 juin 2026
Le chancelier allemand Friedrich Merz (CDU) et Emmanuel Macron ont appelé vendredi à Tivat, au Monténégro, l'Union européenne à démontrer qu'elle est capable et désireuse de s'élargir, en présentant un concept commun destiné à accélérer le rapprochement avec les six pays candidats des Balkans occidentaux.
Un sommet inédit au Monténégro
Le sommet UE-Balkans occidentaux s'est tenu vendredi sur la côte adriatique, à Tivat, une première pour le Monténégro depuis son indépendance il y a vingt ans, à en croire Jakov Devčić, responsable des bureaux extérieurs de la Fondation Konrad-Adenauer en Serbie et au Monténégro. Vingt-trois chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ainsi que les représentants des six pays aspirant à rejoindre l'UE y ont participé, avec pour objectif affiché de donner un nouvel élan à un processus d'adhésion enlisé depuis plus d'une décennie.
Le chancelier Merz a livré un diagnostic sévère de la situation. « Die Europäische Union muss zeigen, dass sie erweiterungsfähig und erweiterungswillig ist », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité pour Bruxelles de prouver sa capacité d'élargissement. Il a rappelé qu'aucun nouvel État membre n'a été admis dans l'Union depuis treize ans, ce qui constitue, selon ses mots, un aveu d'échec partagé : « Wenn wir jetzt seit 13 Jahren keine neuen Mitglieder mehr aufgenommen haben, zeigt das, dass die Versäumnisse auch auf der Seite der Europäischen Union liegen. Und die wollen wir heute überwinden. »
Une initiative franco-allemande pour relancer la machine
À ses côtés, Emmanuel Macron a souligné l'importance géopolitique de la région. Selon lui, l'indépendance même de l'Europe se joue dans les Balkans occidentaux, qu'il s'agisse de l'énergie, de la sécurité ou des routes migratoires. Les deux dirigeants sont arrivés à Tivat avec un document conjoint, fruit d'un travail de fond mené par leurs administrations, qu'ils ont fait circuler la veille du sommet, dans lequel ils appellent à un sursaut en faveur de l'élargissement.
Le texte franco-allemand propose de profondes modifications de la procédure d'adhésion. Il recommande notamment d'introduire des « zusätzliche Anreize im Rahmen eines auf Leistung beruhenden, schrittweisen Integrationsprozesses », autrement dit des incitations supplémentaires au sein d'un processus d'intégration graduel fondé sur les mérites. L'idée centrale est de permettre aux pays candidats d'accéder, sous certaines conditions, au marché intérieur européen avant même l'achèvement complet des négociations d'adhésion.
Une approche par étapes et par mérites
Le représentant spécial des Nations Unies pour la Bosnie-Herzégovine, Christian Schmidt, a salué cette approche progressive. Il a qualifié de « 100 Prozent oder gar nichts » le principe « tout ou rien » qui aurait prévalu jusqu'ici, en plaidant pour une avancée par étapes, par exemple en ouvrant le marché intérieur aux jeunes start-ups issues des pays candidats. Le document suggère aussi d'accorder aux candidats un statut d'observateur dans les institutions européennes en récompense de l'accomplissement de certains critères, et d'ouvrir en bloc les chapitres pertinents lorsque la Commission européenne jugera le moment venu.
L'initiative vise explicitement à simplifier ce que le document qualifie de « überformalistische, bürokratische Verfahren ». À l'heure actuelle, plus de 100 étapes procédurales jalonnent les négociations d'adhésion, réparties en plus de 30 chapitres, dont l'ouverture exige l'unanimité des États membres. Pour Merz, ce formalisme excessif a contribué à décourager les candidats et à entretenir l'impression que la porte de l'Union reste fermée.
Le Monténégro en fer de lance
Malgré ce constat lucide, le chancelier s'est dit « ermuntert durch die Gespräche heute Morgen » et a estimé que « Die Arbeit sei jedoch lösbar ». Il a exprimé l'espoir que le sommet débouche sur des conclusions communes applicables à Bruxelles, gage d'un suivi concret au-delà de la seule photographie de Tivat.
Le Monténégro occupe une place centrale dans cette dynamique. Devčić confirme qu'il s'agit de l'État le plus avancé dans le processus d'adhésion, parmi les six pays candidats : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro et Serbie. Tous ont déposé leur candidature depuis de nombreuses années. Podgorica nourrit l'ambition de boucler ses négociations d'adhésion d'ici la fin de l'année 2026, afin d'adhérer à l'horizon 2028, et doit remplir pour cela plusieurs critères dans les mois qui viennent, ce que Devčić qualifie d'« ambitieux » au regard des chapitres encore ouverts.
Devčić voit dans une adhésion réussie du Monténégro un signal positif pour l'ensemble de la région, susceptible de relancer la dynamique d'élargissement. Selon lui, l'Allemagne, qui a co-signé le document avec la France, a un intérêt marqué à intégrer plus rapidement et plus résolument les Balkans occidentaux. Cet intérêt n'est pas seulement politique : il est aussi économique, l'instabilité persistante dans la zone constituant une menace pour la stabilité du continent européen.
Le poids de l'ombre ukrainienne
L'analyste souligne par ailleurs que les Balkans occidentaux sont devenus un partenaire particulièrement important dans une période d'incertitude géopolitique accrue. Le débat sur une éventuelle accélération du rapprochement de l'Ukraine avec l'Union est suivi de très près dans la région, et certaines capitales craignent d'être éclipsées par l'attention portée à Kyiv. Ces préoccupations, ajoute Devčić, expliquent la nervosité palpable autour du sommet de Tivat.
Le cas de la Serbie illustre les difficultés d'un processus qui ne se limite pas à la technique juridique. D'après Devčić, la route serbe vers l'adhésion est nettement plus ardue, notamment en raison de la question du Kosovo et de la posture jugée prorusse du président Aleksandar Vučić. Le soutien populaire à l'adhésion en Serbie n'atteint actuellement que 35 à 40 %, reflet, selon lui, d'un rapport ambivalent nourri par les expériences historiques des guerres balkaniques et par une attitude anti-occidentale encore très présente dans une partie de la société.
Le cas épineux de la Serbie
Devčić rappelle cependant que l'exemple croate montre que les opinions sur l'adhésion peuvent évoluer rapidement lorsque la direction politique est clairement assumée. Il en appelle à l'Europe pour qu'elle envoie un message fort aux États de la région : la porte de l'Union reste ouverte. Le sommet de Tivat, conclut-il, peut poser des signaux politiques importants et accroître la pression réformatrice sur les gouvernements locaux, à condition que les promesses de Bruxelles soient suivies d'effets tangibles.
Au-delà des seuls Balkans occidentaux, l'enjeu se veut également européen. En cherchant à démontrer qu'elle reste capable d'intégrer de nouveaux membres, l'Union vise à renforcer sa crédibilité face à une Russie toujours active dans la région et à répondre aux attentes d'une partie de ses opinions publiques qui appellent à une politique étrangère plus ambitieuse. La réussite du sommet se mesurera donc autant à Bruxelles qu'à Belgrade, Podgorica ou Sarajevo.
Un test de crédibilité pour l'Union
Le compte à rebours est désormais lancé pour le Monténégro, qui doit concrétiser sa trajectoire de référence d'ici la fin de l'année. Pour les cinq autres pays candidats, le rendez-vous de Tivat a au moins permis de remettre le sujet de l'élargissement au cœur de l'agenda européen, après des années d'atermoiements. Reste à savoir si les conclusions du sommet se traduiront rapidement en décisions opérationnelles ou si elles resteront, comme par le passé, au rang des bonnes intentions.
Pour la chancelellerie allemande comme pour l'Élysée, l'enjeu est désormais d'entretenir la dynamique. Le document conjoint propose un calendrier et des étapes, mais c'est l'unanimité des Vingt-Sept qui décidera, in fine, du rythme d'avancement. Plusieurs États membres, en particulier aux côtés de la France et de l'Allemagne, devront se prononcer ouvertement sur les modifications procédurales envisagées. Les prochains mois, et notamment les conseils européens à venir, seront scrutés de près par les capitales balkaniques, qui attendent des actes concrets pour mesurer la portée réelle de l'engagement pris à Tivat.
Questions & Réponses
Que proposent concrètement la France et l'Allemagne aux Balkans occidentaux à Tivat ?
Le document conjoint, présenté la veille du sommet, propose des « zusätzliche Anreize im Rahmen eines auf Leistung beruhenden, schrittweisen Integrationsprozesses » et envisage d'accorder aux candidats un accès au marché intérieur, voire un statut d'observateur dans les institutions européennes, avant l'adhésion complète.
Pourquoi le chancelier Merz évoque-t-il des « Versäumnisse » du côté de l'Union européenne ?
Friedrich Merz rappelle qu'aucun nouvel État membre n'a été admis dans l'UE depuis treize ans et dénonce le caractère « überformalistische, bürokratische Verfahren » de la procédure, avec plus de 100 étapes et plus de 30 chapitres soumis à la règle de l'unanimité.
Quelle est la situation respective du Monténégro et de la Serbie dans le processus d'adhésion ?
Le Monténégro est, selon Jakov Devčić, le pays le plus avancé et ambitionne de conclure ses négociations d'ici fin 2026 pour adhérer en 2028, tandis que la Serbie, freinée par la question du Kosovo et la posture prorusse de son président Aleksandar Vučić, ne rassemble que 35 à 40 % de soutien populaire à l'adhésion.