UE : exclusion des hommes ukrainiens du statut de protection | actualites360
Les ministres de l'Intérieur de l'UE discutent de l'exclusion des hommes ukrainiens en âge de servir du statut de protection
Luxembourg, 04 juin 2026
AI-generated image (flux-2/pro-text-to-image via Kie.ai)
Summary
Les ministres de l'Intérieur de l'UE ont discuté à Luxembourg de l'exclusion potentielle des hommes ukrainiens âgés de 23 à 60 ans du statut de protection temporaire. Le ministre allemand Alexander Dobrindt soutient cette proposition, et une majorité de ses homologues y seraient favorables selon la dpa.
Luxembourg, 04 juin 2026
Les vingt-sept ministres de l'Intérieur de l'Union européenne réunis à Luxembourg ont discuté de la possibilité d'exclure à l'avenir les hommes ukrainiens en âge de conscription, soit entre 23 et 60 ans, du statut de protection temporaire accordé aux réfugiés de la guerre en Ukraine.
Un statut de protection temporaire sous condition
Cette rencontre, qui s'est tenue le 4 juin 2026, intervient alors que la protection temporaire actuellement en vigueur pour les Ukrainiens dans l'UE reste valable jusqu'au début du mois de mars 2027. Les ministres devaient échanger sur les conditions d'un éventuel renouvellement, alors que Kyiv, confrontée à des difficultés de recrutement, a demandé à ses partenaires européens de limiter la protection accordée aux hommes en âge de combattre à l'étranger.
Le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, membre de la CSU, a apporté son soutien à une proposition visant à exclure certaines tranches d'âge de la directive européenne sur l'accueil des réfugiés ukrainiens. Avant la réunion, il avait déclaré qu'il existait « es gebe von den Mitgliedstaaten unterschiedliche Diskussionsbeiträge zu dem Thema », tout en se disant convaincu qu'un compromis restait possible : « Er sei aber zuversichtlich, dass eine Regelung erreicht werden könne ».
Selon l'agence de presse Deutsche Presse-Agentur, une majorité des ministres présents à Luxembourg se sont prononcés en faveur de cette orientation. Le ministre autrichien de l'Intérieur, Gerhard Karner, s'est dit « sehr stark » favorable à la fin de la protection automatique pour les hommes aptes au service militaire. De son côté, le commissaire européen aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, a affirmé après la réunion que « Grundsätzlich solle der Schutzstatus für die Ukrainer erhalten bleiben », tout en reconnaissant que « Allerdings könnten neue Bedingungen daran geknüpft werden ».
Kyiv favorable au retour des conscrits
Le commissaire Brunner a par ailleurs souligné que « Das würde sich auch die Ukraine wünschen », rappelant que le gouvernement de Volodymyr Zelenskyy avait lui-même sollicité une telle mesure afin de faciliter le retour des conscrits. Selon les données d'Eurostat, un peu plus d'un quart des Ukrainiens bénéficiant du statut de protection dans l'UE sont des hommes adultes, et M. Dobrindt a indiqué que « in den vergangenen Monaten auch der Zuzug von Personen im wehrpflichtigen Alter gestiegen ».
Le ministre estonien de l'Intérieur, Igor Taro, s'est en revanche montré sceptique, estimant que la prorogation de la directive dans sa forme actuelle, sans exception, demeurait la meilleure solution. Il a plaidé en faveur de discussions directes avec Kyiv. M. Brunner a confirmé cette intention : « Außerdem wolle man sich auch mit der Ukraine dazu austauschen », ajoutant que la Commission entendait écouter particulièrement les pays les plus concernés, à savoir la Pologne, la Tchéquie, l'Allemagne, l'Autriche et les États baltes.
Une éventuelle réforme suppose une proposition de la Commission européenne, qui serait ensuite soumise à l'approbation des États membres à la majorité qualifiée — et non à l'unanimité — ainsi qu'à celle du Parlement européen. M. Brunner a indiqué que la Commission préparerait un texte « assez rapidement », vraisemblablement avant le mois d'août, sans s'engager sur l'option retenue. Une piste envisagée consisterait à exclure du statut de protection les UkrainiensOriginaires de certaines régions.
Les effets attendus sur la Pologne et les principaux pays d'accueil
D'après Eurostat, quelque 4,33 millions d'Ukrainiens bénéficiaient du statut de protection spéciale dans l'UE au 31 mars dernier, dont plus de 950 000 en Pologne, ce qui représente 22,2 % du total européen. Les personnes déjà présentes dans les pays d'accueil ne seraient pas concernées par la restriction envisagée et pourraient toujours déposer une demande d'asile individuelle, a précisé M. Dobrindt.
Au-delà des frontières de l'UE, la Suisse, qui a activé pour la première fois son statut de protection S dans le contexte de la guerre en Ukraine, se prépare à appliquer la décision européenne si elle était adoptée. Le conseiller fédéral Beat Jans a estimé qu'« Es ist relativ klar, dass wir den Beschluss, wenn er so kommt, auch übernehmen müssen », soulignant que la Suisse ne pouvait rester le seul pays à offrir un tel accueil au risque de créer « Das gäbe einen richtigen Pull-Faktor » pour les hommes en âge de servir.
La Suisse contrainte de s'aligner
Dobřindt a par ailleurs déclaré « sehr sinnvoll wäre, die enge Partnerschaft zwischen der Schweiz und der EU aufrechtzuerhalten », tout en refusant de commenter les débats internes helvétiques. Son homologue luxembourgeois Léon Gloden a également renvoyé à une politique migratoire menée « mit Herz und Verstand », tandis que M. Karner a réaffirmé qu'il ne s'ingérait pas dans les votations suisses, estimant « Ich habe es bisher so gehalten, dass ich mich in Schweizer Abstimmungen nicht einmische. Das werde ich auch in diesem Fall so tun ».
La votation suisse dite « initiative des dix millions » est agendée au 14 juin. Si elle était acceptée et que l'immigration ne pouvait être limitée par d'autres moyens, l'accord sur la libre circulation des personnes devrait être dénoncé, ce qui entraînerait l'extinction de l'ensemble des accords bilatéraux I. Un scrutin plus important sur le nouveau paquet bilatéral entre Berne et Bruxelles est attendu au printemps 2028.
Indépendamment de ces discussions, les Ukrainiens de 18 à 23 ans peuvent quitter leur pays depuis l'été dernier, une mesure qui avait temporairement fait gonfler les flux de départ. Les hommes restent toutefois soumis à une interdiction de sortie entre 23 et 60 ans, sauf exceptions accordées notamment aux athlètes et aux journalistes. Le chancelier allemand Friedrich Merz a appelé à plusieurs reprises Kyiv à ne pas laisser partir les jeunes hommes aptes au service militaire, tandis que M. Zelenskyy a qualifié en avril à Berlin le retour des conscrits de « Frage der Fairness ».
La protection temporaire, activée pour la première fois en mars 2022 dans le cadre de la guerre d'agression russe, diffère de la procédure d'asile classique par l'absence d'examen individuel des dossiers et par son caractère provisoire. La Commission européenne devra dans les semaines à venir formellement présenter sa proposition, dont l'adoption définitive dépendra d'une majorité qualifiée d'États membres.
Le commissaire Brunner a conclu en rappelant que la directive sur les flux massifs de réfugiés — la « Massenzustrom-Richtlinie » — avait été activée pour la première fois à la faveur du conflit ukrainien, tout comme le statut S suisse. La Norvège, qui n'est pas membre de l'UE, a déjà introduit une règle similaire.
Questions & Réponses
Quel sujet ont abordé les ministres de l'Intérieur de l'UE réunis à Luxembourg le 4 juin 2026 ?
Ils ont discuté de la possibilité d'exclure les hommes ukrainiens en âge de conscription, soit entre 23 et 60 ans, du statut de protection temporaire accordé depuis 2022 aux réfugiés de la guerre en Ukraine.
Quelle est la position de l'Allemagne et de l'Autriche sur cette exclusion ?
Le ministre allemand Alexander Dobrindt et son homologue autrichien Gerhard Karner soutiennent l'exclusion des hommes en âge de servir du statut automatique, proposition qui, selon la dpa, recueille une majorité de ministres.
Comment la Suisse pourrait-elle être concernée par cette décision européenne ?
Le conseiller fédéral Beat Jans a déclaré que la Suisse devrait vraisemblablement reprendre la décision européenne en raison de son association à Schengen, la votation suisse dite « initiative des dix millions » étant agendée au 14 juin.