Les députés français abrogent à l’unanimité le Code noir, 178 ans après l’abolition de l’esclavage
Paris, 28 mai 2026
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Summary
L’Assemblée nationale a voté jeudi à l’unanimité l’abrogation formelle du Code noir et de tous les textes régissant l’esclavage dans les colonies françaises. Ce vote historique, intervenu 178 ans après l’abolition définitive de l’esclavage, vise à effacer de l’ordre juridique un ensemble de lois jamais formellement abrogées.
Paris, 28 mai 2026
Les députés français ont voté à l’unanimité, le jeudi 28 mai, l’abrogation du Code noir et de l’ensemble des textes qui réglementaient l’esclavage dans les colonies françaises, mettant ainsi fin à une anomalie juridique qui perdurait depuis 1848.
Le texte, porté par le député de Guadeloupe Max Mathiasin, a été adopté par tous les groupes politiques présents au Palais Bourbon. Il doit désormais être approuvé par le Sénat pour entrer définitivement en vigueur. Le président Emmanuel Macron soutient cette abrogation.
Un « fossile législatif » jamais formellement aboli
Le Code noir, ordonnance royale promulguée par le roi Louis XIV, visait à réglementer le statut juridique des esclaves dans les Antilles françaises, bien qu’environ 80 % de ses règles aient déjà été appliquées localement. Il autorisait par exception dans les colonies une pratique — l’esclavage — qui était prohibée sur le sol français depuis l’édit royal du 3 juillet 1315. D’autres versions du Code noir furent publiées pour la Guyane, la Louisiane, La Réunion et l’île Maurice.
Ce texte classait les personnes esclavisées comme des « êtres meubles », pouvant être acquis par un maître comme n’importe quel bien. Il instituait des sanctions d’une extrême cruauté pour les esclaves fugitifs. L’article 38 prescrivait notamment :
« L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule ; s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort. »
Si une première abolition de l’esclavage fut décidée par la Révolution française le 4 février 1794, abrogeant de fait le Code noir, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage en 1802, restaurant la pleine application du texte en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et à La Réunion jusqu’à l’abolition définitive de 1848. Pourtant, comme l’a souligné le député Laurent Panifous, président du groupe Liot, qui avait officiellement demandé cette abrogation le 13 mai 2025, aucun texte n’avait formellement aboli le Code noir depuis lors.
« Si l'on peut croire que le décret de l'abolition de l'esclavage de 1848 a abrogé le Code noir, il n'en est rien. Aucun texte ne l'a formellement aboli. »
Le Code noir est ainsi resté classé parmi les lois obsolètes, qualifiées de « fossiles législatifs », que des missions parlementaires successives s’emploient à retirer de l’ordre juridique. Une mission du Sénat baptisée « Balai » (Bureau d’abrogation des lois anciennes et inutiles) a déjà permis l’adoption d’une première loi en 2019 et d’une seconde en 2022, abrogeant 163 lois adoptées entre 1800 et 1980.
Une portée symbolique et des mémoires douloureuses
Au-delà de la technique juridique, le vote de l’Assemblée revêt une forte charge symbolique. La France a reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité en 2001 par la loi dite Taubira. Le député Laurent Panifous a justifié sa démarche en invoquant la justice réparatrice.
« L'heure est venue de se laver de cette ignominie qu'est le Code noir au nom de la justice réparatrice. »
Pour Max Mathiasin, cette abrogation constitue une « bedeutende symbolische und politische Geste ». Il a également estimé que ce vote pourrait ouvrir la voie à des réparations financières. Emmanuel Macron a récemment évoqué la question ouverte des réparations, sans faire d’annonce concrète et en mettant en garde contre les fausses promesses.
Le député écologiste Steevy Gustave, descendant d’une famille d’esclaves, a témoigné de l’impact intime de cette histoire.
« Meine Urgroßmutter Bébelle war die Enkelin von Ambroise Zerambe, der als Sklave Nummer 336 registriert war. »
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a rappelé que si le Code noir n’est plus en vigueur depuis longtemps, « aber seine Auswirkungen sind bis heute spürbar ». Des résidents des anciennes colonies et des personnes noires en France continuent de dénoncer des traitements discriminatoires.
L’ombre de Colbert au Palais Bourbon
L’initiative et la rédaction du Code noir sont attribuées à Jean-Baptiste Colbert, ministre des Finances de Louis XIV. L’historien Frédéric Régent, maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a détaillé la genèse du texte.
« C'est lui qui a commencé à en entreprendre la rédaction. Il a envoyé des lettres aux intendants et gouverneurs des colonies en leur posant des questions. L'esclavage était alors une matière nouvelle et inconnue en France. »
Colbert mourut en 1683, deux ans avant la signature de la version définitive.
« Mais il est mort en 1683. C'est son fils, le marquis de Seignelay, qui a signé la version définitive en 1685. »
La figure de Colbert reste physiquement présente au cœur du pouvoir législatif : une statue du ministre trône sur le parvis du Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale. Début mai 2025, le militant Franco Lollia a été condamné par la cour d’appel de Paris à une amende de 500 euros avec sursis pour avoir tagué cette statue en 2020.
Un trafic d’ampleur historique
Le vote des députés intervient alors que la mémoire de la traite négrière continue de peser sur les relations entre la France et ses territoires ultramarins. Selon les estimations, la France se classe au troisième rang des nations négrières, derrière la Grande-Bretagne et le Portugal. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, les navires français ont déporté environ un million de personnes d’Afrique vers l’esclavage, principalement vers les plantations des Caraïbes.
Le Code noir, composé de 60 articles datant des XVIIe et XVIIIe siècles, stipulait que les maîtres pouvaient enchaîner et battre leurs esclaves, sans toutefois les torturer. Il prévoyait que les enfants d’esclaves appartenaient automatiquement au maître de la mère. Le texte, dont l’abrogation formelle est désormais en bonne voie, reste un témoignage de l’institutionnalisation de la déshumanisation.
Questions & Réponses
Pourquoi le Code noir n’avait-il jamais été formellement abrogé avant 2026 ?
Le décret d’abolition de l’esclavage de 1848 n’a pas explicitement abrogé le Code noir, ce qui l’a maintenu parmi les « fossiles législatifs » jamais formellement retirés de l’ordre juridique français.
Qui est à l’origine de la proposition de loi visant à abroger le Code noir ?
Le député Laurent Panifous, président du groupe Liot, a officiellement demandé l’abrogation le 13 mai 2025, et le texte a été porté à l’Assemblée par le député de Guadeloupe Max Mathiasin.
Code noir abrogé : vote unanime des députés français en 2026 | actualites360