Le procureur de la CPI, Karim Khan, suspendu pour suspicion d'agressions sexuelles
La Haye, 09 juin 2026
Laurens R. Krol / Wikimedia Commons / CC BY 4.0
Summary
Le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a été suspendu de ses fonctions avec effet immédiat en raison de soupçons d'agressions sexuelles. Le Bureau de l'Assemblée des États Parties a annoncé qu'il transmettrait l'affaire à une session extraordinaire de l'Assemblée plénière, qui devra décider d'une éventuelle destitution.
La Haye, 09 juin 2026
Le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a été suspendu de ses fonctions avec effet immédiat en raison de soupçons d'agressions sexuelles.
La Cour pénale internationale (CPI) à La Haye est confrontée à une crise de personnel sans précédent : le Bureau de l'Assemblée des États Parties (AEP) a suspendu le procureur Karim Khan avec effet immédiat. Selon l'organe de surveillance compétent, la décision a été prise à la majorité qualifiée. Elle s'applique jusqu'à ce que l'Assemblée des États Parties, en tant qu'organe de décision compétent, rende une décision définitive.
Le Bureau, composé de 21 membres, a annoncé la décision à la veille de sa publication. C'est hier soir que le Bureau de l'Assemblée des États Parties (AEP) a rendu publique cette décision. Les États Parties doivent prendre une décision définitive sur une éventuelle destitution lors d'une session extraordinaire. La session devrait avoir lieu dès que possible.
Contexte : les accusations contre le procureur
La suspension fait suite à une plainte pénale déposée par l'entourage proche de Khan. Selon des informations parues dans les médias, Khan est accusé de comportement sexuel inapproprié envers une collaboratrice de son bureau. Selon le « Wall Street Journal », une assistante avait informé des responsables de l'ONU que Khan l'avait harcelée sexuellement pendant plusieurs mois avant de finalement la contraindre à avoir un rapport sexuel. Il aurait, à plusieurs reprises et sur une période prolongée, fait pression sur elle et l'aurait contrainte à des actes sexuels.
Khan rejette les accusations. Khan avait rejeté les accusations et s'était déclaré prêt à coopérer avec les enquêteurs. Il avait également déclaré vouloir reprendre ses fonctions une fois les accusations clarifiées. Le Britannique de 56 ans avait provisoirement mis ses fonctions entre parenthèses depuis un peu plus d'un an et souhaitait revenir une fois les accusations tirées au clair. Dès mai de l'année dernière, Khan s'était déjà retiré provisoirement de ses fonctions en raison des accusations.
Les accusations avaient été formulées en 2024 par une proche collaboratrice, qui accusait le juriste britannique d'agressions sexuelles. Une commission des Nations unies avait enquêté sur ces allégations. Le rapport de cette commission onusienne, présenté en décembre 2025, n'a pas encore été rendu public par la Cour. Un avis juridique, présenté par trois juges de la Cour pénale internationale sur la base de l'enquête, n'est pas non plus public. Lui non plus n'a pas été publié.
La suite de la procédure
La suite de la procédure est clairement définie : l'affaire doit être renvoyée devant l'Assemblée plénière, qui regroupe tous les États membres de la Cour. 125 États ont signé le traité fondateur de la Cour pénale internationale, dont tous les États de l'UE. C'est au sein de cette Assemblée plénière que sera finalement tranchée la question de savoir si Khan perd définitivement ses fonctions – une destitution le menace.
La Cour pénale internationale de La Haye pourrait perdre son procureur. La portée de cette étape découle de l'importance politique de la fonction : en tant que procureur, Khan a obtenu des mandats d'arrêt contre le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahou et le président russe Vladimir Poutine. Ces deux pays – Israël, la Russie ainsi que les États-Unis – ne sont pas parties à la Cour pénale internationale.
Contexte politique : la pression de Washington
Le gouvernement américain a exercé à plusieurs reprises des pressions sur la CPI, notamment en raison du mandat d'arrêt contre Netanyahou. Les États-Unis ont imposé des sanctions à des collaborateurs et à des juges de la Cour pénale internationale. Ces tensions entre Washington et La Haye constituent le cadre politique dans lequel la suspension de Khan a été annoncée.
Khan dirige le parquet de la CPI depuis 2021. Dans cette fonction, il est notamment responsable des mandats d'arrêt contre de hauts représentants étatiques. La suspension signifie que Khan ne peut exercer aucune fonction officielle jusqu'à la décision de l'Assemblée plénière. Le parquet de la Cour pénale internationale perd ainsi temporairement sa direction à un moment où plusieurs procédures politiquement explosives sont en cours.
On ne sait pas encore avec quelle rapidité la session extraordinaire des États Parties se tiendra. La session doit avoir lieu dès que possible, a-t-on indiqué du côté du Bureau. D'ici là, la direction du parquet est assurée par intérim par d'autres juristes de l'institution. Les États Parties doivent prendre une décision définitive sur une éventuelle destitution lors d'une session extraordinaire.
Questions ouvertes sur la session extraordinaire
Le parquet de la CPI n'a dans un premier temps pas souhaité s'exprimer davantage sur la suspension. Le rapport de la commission de l'ONU, disponible depuis décembre 2025, reste également non publié. Des observateurs à La Haye jugent la démarche du Bureau exceptionnellement claire : elle montre que les États Parties entendent tirer rapidement des conséquences institutionnelles des accusations, indépendamment de l'issue des enquêtes internes.
Dans les semaines à venir, on verra quelles conséquences la suspension aura sur les procédures en cours. En particulier les procédures pour crimes de guerre présumés en Ukraine et au Moyen-Orient, largement portées par le parquet de Khan, pourraient pâtir de la vacance à sa tête. La Cour pénale internationale de La Haye pourrait perdre son procureur – et, avec lui, temporairement une partie de sa portée politique.
Khan lui-même n'a pas pris position jusqu'à présent sur la suspension formelle. Il avait récemment déclaré vouloir revenir une fois les accusations clarifiées. Le Bureau de l'Assemblée des États Parties vient désormais retirer ce délai de clarification à l'Assemblée plénière et le devance de fait : la session extraordinaire devra décider si le procureur doit définitivement partir.
Signification pour la CPI
Une chose est sûre : la suspension de Khan marque la plus grande crise de personnel de la CPI depuis sa création. L'affaire montre en même temps que les États Parties – dont tous les États de l'UE – sont disposés à juger les hauts responsables de la Cour selon des procédures claires. Les États Parties doivent prendre une décision définitive sur une éventuelle destitution lors d'une session extraordinaire.
CPI : le procureur Khan suspendu – contexte | actualites360