Le pape Léon XIV en visite à Lampedusa : un hommage aux migrants sur les traces de François
Lampedusa, 03 juillet 2026
Ricardo Stuckert / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0
Summary
Le pape Léon XIV s'est rendu à Lampedusa, première visite d'un pape sur cette île depuis celle de François en 2013. Il y a honoré la mémoire des migrants morts en Méditerranée et béni une plaque commémorative.
Lampedusa, 03 juillet 2026
Le pape Léon XIV, premier souverain pontife originaire des États-Unis, s'est rendu lundi 3 juillet 2026 sur l'île italienne de Lampedusa, où il a rendu hommage aux migrants décédés en Méditerranée et béni une plaque commémorative en l'honneur de son prédécesseur François, qui avait effectué la même visite en 2013.
Une visite dans la lignée de celle de François en 2013
Selon les informations diffusées par Deutschlandfunk le 4 juillet 2026, Léon XIV est devenu le premier pape issu des États-Unis à se rendre sur cette petite île située entre la Sicile et la Tunisie. Sa visite, qui constitue également le premier voyage d'un pape à Lampedusa depuis près de treize ans, s'inscrit explicitement dans la continuité de celle effectuée par François en juillet 2013, peu après le début de son pontificat.
L'île de Lampedusa, qui compte environ 6 000 habitants, était devenue le symbole de la crise migratoire en Europe après le naufrage du 3 octobre 2013, au cours duquel au moins 368 migrants avaient péri au large de ses côtes. Ce drame avait marqué l'opinion publique européenne et avait conduit François à choisir Lampedusa comme première destination officielle de son pontificat.
Un hommage aux victimes du naufrage de 2013
Le souverain pontife a déposé des fleurs sur les tombes de migrants au cimetière de l'île, où reposent également des habitants décédés ainsi que de nombreux réfugiés noyés, souvent enterrés anonymement. Parmi les sépultures figurent notamment celles d'enfants, dont celle de Youssef Ali Kanneh, un bébé de six mois mort dans un accident en Méditerranée en 2020.
Au port, Léon XIV a béni une plaque commémorative en l'honneur de François, décédé en avril 2025. Cette plaque est installée près du « Molo Papa Francesco », un débarcadère d'environ 150 mètres où accostent régulièrement des personnes ayant survécu à la traversée périlleuse de la Méditerranée. Une colonne de calcaire en forme de vague porte l'inscription : « Pier Papst Franziskus : Ort der Ankunft, der Hoffnung und der Menschlichkeit » (« Quai pape François : lieu d'arrivée, d'espoir et d'humanité »).
Le « Molo Papa Francesco », lieu de mémoire
Le pape s'est ensuite rendu au monument de la « Porta d'Europa » (« Porte de l'Europe »), qui commémore les migrants ayant trouvé la mort ou un nouveau départ sur cette route maritime. Léon XIV y a brièvement échangé avec une famille de migrants avant de célébrer une messe avant son retour à Rome.
Lors de cette visite, le pape a rencontré un groupe de quinze migrants hébergés dans le centre d'accueil géré par la Croix-Rouge sur l'île. Il s'est entretenu avec un jeune garçon qui lui a remis un ballon, accompagnant son geste d'un témoignage poignant : « Vor zehn Jahren hat meine Geschichte hier in Lampedusa begonnen. Ich war allein und hatte alles verloren - besonders meine Mama » (« Il y a dix ans, mon histoire a commencé ici à Lampedusa. J'étais seul et j'avais tout perdu - surtout ma maman »).
Dans sa lettre au pape, l'enfant avait écrit : « Ich hoffe so sehr, dass dieser Ball, den ich dir jetzt schenke, ein anderes Kind erreicht und es genauso glücklich macht wie mich » (« J'espère tellement que ce ballon que je t'offre maintenant atteindra un autre enfant et le rendra aussi heureux que moi »), ajoutant : « Seitdem ist der Ball in meinem Herzen geblieben und ich habe nie wieder aufgehört zu spielen » (« Depuis, le ballon est resté dans mon cœur et je n'ai jamais cessé de jouer »).
La rencontre avec les migrants
S'adressant directement aux migrants présents, Léon XIV a déclaré : « Ich grüße die Migranten, die hier sind: Sie selbst haben auf ihrem Weg nicht nur Solidarität erlebt, sondern sie oft auch selbst gepflegt, als Arme, die den noch Ärmeren helfen » (« Je salue les migrants qui sont ici : sur votre chemin, vous n'avez pas seulement reçu de la solidarité, mais vous l'avez aussi souvent pratiquée vous-mêmes, en tant que pauvres aidant les plus pauvres »). Il a ajouté : « Danke, Brüder und Schwestern, denn es ist keineswegs selbstverständlich, dass ihr euch dem Nächsten zuwendet - das geschieht nicht automatisch » (« Merci, frères et sœurs, car il n'est absolument pas évident que vous vous tourniez vers le prochain - cela ne se fait pas automatiquement »).
Le pape a réaffirmé son engagement en faveur d'un accueil digne des migrants, une position qu'il avait déjà exprimée lors de sa visite dans un centre d'accueil pour réfugiés sur l'île espagnole de Tenerife, dans les Canaries, à la mi-juin. Il y avait déclaré : « In gewisser Weise sind wir alle Migranten » (« D'une certaine manière, nous sommes tous des migrants »). À Lampedusa, il a lancé : « Heute bin ich hier, um Ihnen zu sagen: Der Papst steht Ihnen weiterhin nahe, unterstützt Sie und ermutigt Sie » (« Aujourd'hui, je suis ici pour vous dire : le pape reste proche de vous, vous soutient et vous encourage »).
Lors de son discours, le souverain pontife a qualifié la migration de « historische Herausforderung für die europäischen Gesellschaften » (« défi historique pour les sociétés européennes »). Il a appelé l'Europe à intégrer l'aide d'urgence dans un plan stratégique à long terme : « einen langfristigen strategischen Plan einzubinden, der Migranten aufnimmt, schützt, fördert und integriert und gleichzeitig auf Entwicklung hinarbeitet, damit niemand zur Auswanderung gezwungen wird » (« intégrer un plan stratégique à long terme qui accueille, protège, promeut et intègre les migrants, tout en œuvrant au développement afin que personne ne soit contraint d'émigrer »).
Un appel à une politique migratoire européenne
Le pape a souligné le potentiel spécifique de l'Europe en la matière : « Aufgrund seiner geografischen Lage und seiner institutionellen Rahmenbedingungen ist Europa in der Lage, die Krise in diesem Bereich ganzheitlich anzugehen » (« En raison de sa situation géographique et de son cadre institutionnel, l'Europe est en mesure d'aborder cette crise de manière globale »). Il a ajouté : « Auch in dieser Hinsicht - ebenso wie beim ökologischen Wandel und bei der Förderung des Friedens - verfügt Europa über ein einartiges Potenzial, das sich aus seiner Geschichte und Kultur ergibt, und trägt somit eine entsprechende Verantwortung » (« À cet égard aussi - comme pour la transition écologique et la promotion de la paix - l'Europe dispose d'un potentiel unique, qui découle de son histoire et de sa culture, et porte donc une responsabilité correspondante »).
Cette visite s'inscrit dans une démarche clairement définie : honorer l'engagement de François, décédé en avril 2025, qui avait placé les victimes de l'exode et de la migration au cœur de son action. François avait parlé à Lampedusa d'une « Globalisierung der Gleichgültigkeit » (« mondialisation de l'indifférence »), une formule qui avait marqué ses quelque douze années de pontificat.
Le contexte de la visite reste marqué par les drames migratoires en Méditerranée. Selon le projet « Missing Migrants » de l'Organisation internationale pour les migrations, au 4 juillet 2025, 35 070 personnes étaient mortes ou avaient disparu en Méditerranée depuis 2014. Lampedusa, située à environ 140 kilomètres des côtes tunisiennes, reste un point d'arrivée emblématique pour les migrants tentant la traversée depuis l'Afrique.
Un message politique implicite adressé aux États-Unis
Par ailleurs, la visite papale à Lampedusa a été lue par certains commentateurs comme un message politique implicite adressé aux États-Unis. En mai 2025, lors d'une audience au Vatican, Léon XIV avait reçu un pli du vice-président américain James David Vance qu'il avait posé, non ouvert, sur son bureau. L'enveloppe contiendrait une invitation du président Donald Trump aux festivités prévues aux États-Unis pour le 250e anniversaire de l'indépendance américaine. En se rendant à Lampedusa plutôt qu'aux célébrations américaines, le pape aurait choisi de privilégier un message en faveur des migrants.
Né à Chicago, Léon XIV est le premier pape originaire des États-Unis, ce qui donne une résonance particulière à sa décision de ne pas participer aux festivités américaines et de privilégier un déplacement sur cette île symbole de la crise migratoire. Cette visite de deux jours confirme la place centrale qu'occupent les questions migratoires dans la continuité de l'action pontificale entre François et Léon XIV.
Les autorités italiennes et les organisations humanitaires présentes sur l'île ont souligné l'importance symbolique de cette visite, qui rappelle que Lampedusa reste un lieu de mémoire et de vigilance face aux drames humains qui se poursuivent en Méditerranée. À l'issue de sa messe, le pape est retourné à Rome, laissant sur l'île un message d'espérance et de solidarité avec les migrants.
Questions & Réponses
Pourquoi le pape Léon XIV s'est-il rendu à Lampedusa ?
Le pape Léon XIV s'est rendu à Lampedusa pour rendre hommage aux migrants morts en Méditerranée et honorer la mémoire de son prédécesseur François, qui avait visité l'île en 2013 comme première destination de son pontificat.
Quel est le lien entre cette visite et le naufrage de 2013 ?
Lampedusa avait été au cœur de l'actualité en octobre 2013 lorsqu'un naufrage avait causé la mort d'au moins 368 migrants au large de l'île, un drame qui avait conduit François à en faire sa première visite pontificale.
Que s'est-il passé concernant l'invitation américaine ?
En mai 2025, le pape avait reçu une enveloppe du vice-président américain James David Vance contenant une invitation aux festivités du 250e anniversaire des États-Unis, qu'il avait posée non ouverte sur son bureau. Sa visite à Lampedusa a été interprétée comme un choix symbolique en faveur des migrants.
Léon XIV à Lampedusa : hommage aux migrants | actualites360