ZURICH, 27 mai 2026

Les délégués de la Zürcher SP ont refusé jeudi soir la candidature de Daniel Jositsch pour l’élection au Conseil des États de 2027, par 109 voix contre 94.

Ce vote, intervenu lors d’une assemblée des 215 délégués du parti cantonal, marque un tournant spectaculaire dans la carrière de celui qui siège à la Chambre haute depuis 2015. Daniel Jositsch, également ancien conseiller national, avait pourtant obtenu près de 237 000 voix lors des élections fédérales de 2023 dans le canton de Zurich, un score inégalé par aucun autre élu dans le pays.

Le scrutin interne met fin à des mois de tensions croissantes entre l’élu et une partie significative de sa base partisane. La décision contraint désormais la Zürcher SP à clarifier sa ligne politique et à trouver un ou une candidate capable de rassembler au-delà des clivages internes, alors que la perspective d’une candidature dissidente de Jositsch se précise.

Un document à charge contre le sénateur sortant

L’ampleur des dissensions internes a été illustrée par la circulation d’un document intitulé « 16 fragwürdige Positionen von Daniel Jositsch », dont la rédaction a pu prendre connaissance. Ce texte recense seize prises de position jugées problématiques par ses détracteurs au sein du parti.

Parmi les griefs figurent notamment ses critiques formulées en 2022 contre le ticket exclusivement féminin présenté par le PS pour l’élection au Conseil fédéral, qu’il avait alors qualifié de « discriminatoire ». Ses positions en matière de politique de sécurité et de politique européenne ont également alimenté des discussions houleuses au sein de la formation.

Le document a pesé dans les débats préparatoires au vote, offrant aux opposants à une nouvelle investiture un argumentaire structuré pour convaincre les délégués encore indécis. Il reflète la fracture entre l’aile pragmatique du parti, que Jositsch incarne aux yeux de ses soutiens, et une base militante exigeant une orthodoxie socialiste plus stricte.

La menace d’une candidature sauvage

Le refus de l’investiture ne garantit pas pour autant la disparition de Daniel Jositsch du paysage électoral zurichois. Il est en effet envisageable que le sénateur sortant se porte candidat à sa propre succession sans le soutien officiel de la Zürcher SP.

Une telle candidature dissidente placerait le parti dans une position délicate, contraint de mener campagne contre l’un de ses élus les plus populaires. Avec près de 237 000 suffrages engrangés en 2023, Jositsch dispose d’une assise électorale personnelle considérable qui dépasse largement les frontières de son parti.

Les 200 délégués du canton de Zurich devront désormais trancher une question stratégique majeure : présenter un candidat officiel face à Jositsch, au risque de diviser l’électorat de gauche, ou chercher un compromis de dernière minute pour éviter un affrontement public dommageable à l’automne 2027.

L’ombre de Jacqueline Badran

Le contexte de ce vote est également marqué par le poids électoral de Jacqueline Badran, figure de l’aile gauche du parti. Lors des dernières élections au Conseil national, elle a obtenu environ 150 000 voix dans le canton de Zurich, s’imposant comme la « Panaschierkönigin » – la reine du panachage.

Badran a notamment réussi à attirer quelque 13 000 suffrages en provenance d’électeurs de l’UDC, du PLR et du Centre, ce qui lui a permis d’atteindre le meilleur score cantonal avec 150 000 voix. Cette capacité à séduire au-delà des rangs socialistes en fait une candidate naturelle pour incarner une alternative à Jositsch.

La dynamique créée par ce duel larvé entre les deux personnalités zurichoises a pesé sur les débats internes. La Zürcher SP se retrouve ainsi à devoir gérer une compétition entre deux élus disposant chacun d’une légitimité électorale forte, mais incarnant des sensibilités politiques divergentes.