Le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer, a exigé dans le Handelsblatt des discussions avec tous les partis, y compris l'AfD. Le chef de la CDU, Friedrich Merz, avait exclu quelques jours plus tôt toute coopération avec l'AfD et Die Linke. À la veille des élections régionales de septembre, le débat sur la bonne attitude à adopter face au parti d'extrême droite s'intensifie.
Dresde, 22 juillet 2026
Le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer (CDU), a réclamé dans le Handelsblatt une disposition au dialogue avec tous les partis et a remis en question le « cordon sanitaire » (« Brandmauer ») maintenu jusqu'ici contre l'AfD – alors que le président fédéral de la CDU et chancelier fédéral, Friedrich Merz, avait exclu à nouveau quelques jours plus tôt toute coopération avec l'AfD et Die Linke.
Le débat politique sur l'attitude à adopter face à l'AfD s'est ravivé avec une nouvelle virulence. Le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer (CDU), a déclaré dans une interview au Handelsblatt : „Wir müssen mit jedem reden, der reden will. Wer noch über Brandmauern redet, hat die Zeichen der Zeit nicht erkannt.“ Le chef du gouvernement saxon s'oppose ainsi à la ligne jusqu'ici suivie par son parti et à la position du président fédéral.
Ces déclarations interviennent dans une conjoncture politique tendue : en septembre auront lieu en Saxe-Anhalt et au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale des élections régionales. Dans ces deux Länder, l'AfD arrive en tête dans les sondages. Le candidat tête de liste de l'AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, s'approche, selon les sondages, d'une majorité absolue. En Saxe, Kretschmer gouverne déjà avec un gouvernement minoritaire – tout comme son collègue CDU Mario Voigt en Thuringe.
Situation de départ : élections régionales dans l'Est
À l'origine de la controverse se trouve un désaccord fondamental sur la position à adopter face à l'AfD. Le terme « cordon sanitaire » (« Brandmauer ») désigne la ligne consistant à exclure toute coopération avec l'AfD à tous les niveaux politiques. Le chancelier fédéral et président de la CDU, Friedrich Merz, avait réaffirmé cette ligne lors de la conférence de presse d'été du 15 juillet 2026 : „Wir haben hier klare Parteitagsbeschlüsse, und ich habe keinen Anlass daran zu zweifeln, dass wir die einhalten.“ Il n'a pas répondu à la question de savoir ce qu'il adviendrait en cas d'absence de majorités au-delà de l'AfD et sans Die Linke.
Kretschmer défend une autre position. Il a affirmé que les processus de négociation étaient „der Kern der Demokratie“. Il fallait réapprendre à considérer des opinions et des intérêts divergents comme „normal, wertvoll und respektabel“. Exclure, balayer et discréditer des opinions – que ce soit en matière de politique migratoire, pendant le Covid, dans la guerre en Ukraine ou en politique climatique – était „das Gegenteil von Demokratie“. Il a toutefois mis en garde : „Eine Partei wie die AfD schadet dem Land. Die AfD setzt darauf, dass die Regierung scheitert.“
Cordon sanitaire : Merz réaffirme l'exclusion
Concernant le Landtag de Saxe, Kretschmer a renvoyé à un « mécanisme de consultation » mis en place, ouvert à tous les groupes parlementaires. „Die AfD ist die einzige Fraktion, die von vornherein gesagt hat: Wir beteiligen uns nicht.“ Il a ainsi brossé le tableau d'un parti qui refuse le dialogue – tandis que les autres acteurs seraient disposés à coopérer. Selon la présentation qu'en fait Kretschmer, ce mécanisme doit servir de modèle pour organiser des majorités lorsque aucune des coalitions classiques n'est suffisante.
Les réactions au coup d'éclat de Kretschmer ont été controversées. Josef Schuster, président du Conseil central des Juifs d'Allemagne, a exprimé dans la Main-Post de Wurtzbourg sa crainte que le cordon sanitaire de la CDU face à l'AfD ne s'effrite : „Meine Befürchtung ist, dass es in der CDU möglicherweise Abgeordnete geben wird, die um des Regierens willen bereit sein könnten, einen Pakt mit dem Teufel einzugehen.“ Schuster ne voit toutefois pas actuellement de majorité pour un recours en interdiction contre l'AfD et ne s'attend pas à ce que l'AfD accède prochainement à des responsabilités au niveau fédéral. Il s'est néanmoins dit préoccupé par un éventuel recours en interdiction qui échouerait : „Meine größte Sorge aber bleibt ein Verbotsantrag, der scheitert, so wie bei der NPD."
Kretschmer : la négociation comme cœur de la démocratie
Le président fédéral de l'AfD, Tino Chrupalla, avait déjà réclamé le 5 juillet 2026, dans un entretien à la ZDF, davantage de coopération, „besonders bei Sachthemen im Parlament“. L'AfD se voit souvent „parlamentarisch verweigert, auch von der CDU“, a-t-il déclaré. Le Parlement n'est pas un „Bütt“ dans lequel on peut simplement „abhaken“ l'opposition.
Kretschmer a également utilisé l'entretien au Handelsblatt pour formuler des exigences de politique économique. Le paquet de réformes de la coalition noire-rouge au niveau fédéral est „gut, aber nicht ausreichend“. La bureaucratie et les prélèvements écrasent les artisans et les indépendants. „Durch Kürzungen im Sozialbereich bringen wir Deutschland nicht auf Wachstumskurs.“ Une „passive Sanierung führe nicht zu Wachstum“. La croissance naît de la liberté, il faut moins de régulation. S'adressant au gouvernement fédéral, il a déclaré : „Die Bundesregierung muss endlich Tempo machen. Ansonsten sehe ich bei der nächsten Bundestagswahl schwarz."
Réactions : Schuster met en garde contre un pacte avec le diable
Kretschmer a ainsi articulé deux niveaux d'argumentation : la question de l'attitude face à l'AfD et une critique sévère de la politique économique de son propre gouvernement fédéral. Ces deux fils sont étroitement liés dans le débat politique, car l'une des justifications centrales de sa disposition au dialogue réside dans la difficulté d'organiser en Allemagne de l'Est des majorités en dehors de l'AfD. En Saxe-Anhalt comme au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, un scénario dans lequel aucune majorité ne se forme sans Die Linke est, selon les sondages, probable.
Les prises de position de Merz et de Kretschmer illustrent une tension au sein de la CDU : tandis que le président fédéral souligne que le cordon sanitaire est une position de congrès intangible, le ministre-président saxon formule une contre-position politico-pragmatique. Tous deux se réclament de la ligne programmatique de la CDU – mais parviennent à des conclusions opposées sur la manière de la mettre en œuvre dans les Länder.
Exigences de fond : moins de bureaucratie, plus de rapidité
Sur le fond, Kretschmer souligne que dialoguer ne signifie pas mettre sur un pied d'égalité. „In einer Demokratie müssen Sie immer um Mehrheiten ringen“, a-t-il déclaré. Il présente ainsi la disposition au dialogue comme une normalité démocratique – sans se prononcer en faveur d'une coalition avec l'AfD. Ses détracteurs lui reprochent toutefois de préparer le terrain à des rapprochements en relativisant le cordon sanitaire. Ses partisans voient dans ses propos une adaptation nécessaire à la réalité politique en Allemagne de l'Est.
Schuster a par ailleurs assorti sa mise en garde d'une appréciation de fond : il espère que les partis du centre démocratique parviendront „das dauerhaft zu verhindern“ que l'AfD accède à des responsabilités politiques. Il a en outre renvoyé à une expertise de la Gesellschaft für Freiheitsrechte qui juge les chances de succès d'un recours en interdiction comme fondamentalement possibles – tout en restant sceptique.
Champ de tensions : conflit d'orientation au sein de la CDU
La couverture a été diffusée par la Deutsche Presse-Agentur (dpa) ; le sujet a été diffusé le 22 juillet 2026 dans les programmes de Deutschlandfunk. Au cœur du sujet se trouve un débat interne à la CDU sur la manière dont le parti doit répondre à la montée en puissance de l'AfD dans l'Est – et sur le point de savoir si la stratégie d'exclusion maintenue jusqu'ici reste tenable.
On peut retenir ceci : la question de la coopération avec l'AfD n'est plus seulement théorique, mais devient très pratique. Elle se tranchera peut-être en Saxe-Anhalt et au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale – c'est-à-dire là où, dans l'état actuel des choses, les rapports de majorité ne permettent plus de coalition simple. Kretschmer fournit, avec son entretien au Handelsblatt, la justification de la raison pour laquelle il juge nécessaire une autre voie. Merz fournit la justification de la raison pour laquelle cette voie entre en collision avec la ligne programmatique de la CDU
Kretschmer : dialogue avec tous – débat autour de l'AfD | actualites360