Épidémie d’Ebola en RDC : l’OMS déclare une urgence internationale et les restrictions de voyage se multiplient
Kinshasa, 22 mai 2026
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Summary
L’Organisation mondiale de la santé a déclaré une urgence sanitaire internationale face à la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo, où le type Bundibugyo est désormais confirmé. Un vol Air France vers les États-Unis a été contraint à une escale imprévue au Canada en raison d’une interdiction d’entrée américaine liée à l’épidémie.
Kinshasa, 22 mai 2026
L’épidémie de fièvre hémorragique Ebola qui sévit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) a poussé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à déclarer une urgence sanitaire de portée internationale, alors que des cas interrogent jusqu’en Europe et que les mesures de restriction de voyage perturbent le trafic aérien mondial.
Selon l’OMS, le virus circulait probablement depuis plusieurs mois sans être détecté avant que l’épidémie ne soit signalée vendredi dernier dans la province orientale de l’Ituri. Les autorités sanitaires de la RDC font état d’au moins 670 cas suspects à l’échelle nationale et de 61 infections officiellement confirmées, des chiffres que les bilans plus récents portent à 82 cas confirmés et sept décès. L’Afrique CDC précise que la souche responsable est le type Bundibugyo, une variante rare du virus Ebola, pour laquelle il n’existe ni vaccin autorisé ni traitement antiviral spécifique.
La transmission s’effectue par contact direct avec les liquides corporels de personnes infectées. Comme lors des épidémies précédentes, les centres de traitement imposent un isolement complet des patients, qui ne peuvent pas dire au revoir à leur famille. Une partie des malades hésitent à se rendre à l’hôpital, préférant consulter des guérisseurs traditionnels, voire fuient les structures médicales, ce qui complique la recherche des contacts.
Un virus sans vaccin dans une zone enclavée et instable
La province de l’Ituri, frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, est le foyer principal de cette flambée. De nombreuses localités y sont enclavées au cœur de la forêt tropicale, sans routes praticables, obligeant à acheminer par avion médicaments, équipements de protection et matériel de laboratoire. Les médecins sur place déplorent un manque de tout, y compris de matelas pour les malades. Les échantillons sanguins doivent être transportés sur 1 700 kilomètres jusqu’à Kinshasa pour y être analysés, faute de laboratoires suffisants dans la région touchée.
La situation est aggravée par l’insécurité chronique. L’Ituri est une zone de conflit où plusieurs milices armées sont actives et se financent en partie par des enlèvements et des pillages. Lors des épidémies précédentes, des centres de santé ont été attaqués et des travailleurs humanitaires menacés ou tués. Entre 2018 et 2020, une vague d’attaques avait visé des centaines d’établissements, entraînant près de 2 300 morts liées à l’épidémie. Face à ces risques, de nombreuses organisations réclament un renforcement de la protection, y compris le déploiement de Casques bleus des Nations unies.
Le gouvernement américain a imposé une interdiction d’entrée sur son territoire aux personnes en provenance des zones touchées par Ebola en RDC. Désormais, les ressortissants congolais ne peuvent entrer aux États-Unis que par un seul aéroport, celui de Washington-Dulles. Cette mesure a provoqué un incident aérien : un vol Air France parti de Paris mercredi après-midi à destination de Detroit a dû faire une escale non prévue à Montréal, au Canada.
Un vol Air France dérouté à cause des restrictions américaines
Air France a souligné qu’il n’y avait « keinen medizinischen Notfall an Bord » (aucune urgence médicale à bord). Un passager de nationalité congolaise, qui ne présentait aucun symptôme de maladie, a été débarqué à Montréal parce que les États-Unis lui refusaient l’entrée. Après cette escale forcée, l’appareil a pu poursuivre son vol vers les États-Unis. La compagnie a communiqué ces informations jeudi.
L’Ouganda voisin a également réagi. La gouvernement à Kampala a annoncé la suspension, à titre de précaution, de tous les vols vers la RDC dans un délai de 48 heures. Le pays insiste sur le fait que seuls deux cas d’Ebola y sont officiellement connus à ce stade. L’autorité sanitaire de l’Union africaine a mis en garde contre les restrictions de voyage imposées en raison d’Ebola, plaidant pour des mesures ciblées et proportionnées.
Une patiente traitée à Berlin illustre la dimension internationale de cette épidémie. Un Américain de 39 ans, infecté en RDC, a été admis mercredi à la Charité de Berlin. L’établissement a indiqué qu’il est « très affaibli » mais dans un état qui n’est pas critique, ne nécessitant pas de soins intensifs. Le type Bundibugyo a été confirmé. Son épouse et ses quatre enfants sont placés sous quarantaine séparée.
Un patient américain en isolement à Berlin
Le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a précisé vendredi que le niveau de risque est désormais « très élevé » pour la RDC, « élevé » pour la région, et « faible » au niveau mondial. L’agence onusienne recense près de 750 cas suspects et environ 180 décès présumés dus à Ebola dans le pays à la date du vendredi 22 mai.
La confirmation d’un cas dans la province du Sud-Kivu, à des centaines de kilomètres de l’épicentre initial, a encore aggravé les inquiétudes. La nouvelle a été communiquée par l’Alliance Fleuve Congo, l’alliance rebelle qui contrôle cette partie de l’est du pays, signe que le virus a désormais atteint une zone éloignée de l’Ituri.
Extension du foyer et riposte internationale
Pour soutenir les efforts de riposte, les Nations unies ont débloqué environ 60 millions de dollars provenant d’un fonds d’urgence et annoncé l’envoi de personnel supplémentaire. L’OMS et les autorités congolaises s’efforcent de renforcer la détection, la logistique et la communication dans les zones forestières difficiles d’accès.
Le présent foyer est le plus important depuis l’épidémie qui a frappé l’est de la RDC entre 2018 et 2020, au cours de laquelle plus de 3 500 personnes étaient mortes. Il s’agit du dix-septième épisode d’Ebola enregistré dans le pays depuis 1976. La mémoire de la crise ouest-africaine de 2014-2015, qui avait fait plus de 11 000 morts, pousse la communauté internationale à une grande vigilance.
Sur le terrain, les équipes médicales travaillent en zone de guerre. La province de l’Ituri compte environ 100 000 déplacés en raison des combats entre milices. Les humanitaires tentent d’atteindre les villages reculés pour identifier les cas contacts, souvent dans des conditions extrêmes de sécurité et de logistique. La confiance des populations reste un défi majeur, beaucoup craignant plus la stigmatisation que la maladie elle-même.
Le poids des conflits armés sur la lutte contre Ebola
L’OMS insiste sur la nécessité de ne pas céder à la panique. L’agence rappelle que la transmission nécessite un contact étroit avec les fluides corporels d’un malade symptomatique, et que les pays disposant de systèmes de santé solides sont en mesure de contenir d’éventuels cas importés. Les protocoles de suivi des contacts et de quarantaine, comme celui activé à Berlin, montrent l’efficacité des dispositifs de surveillance.
L’épidémie d’Ebola en RDC demeure concentrée dans des régions fragiles et difficiles d’accès, mais les mesures préventives prises par plusieurs États montrent que la communauté internationale prend la menace au sérieux. L’OMS et les Nations unies appellent à renforcer les moyens sur place pour éviter une propagation plus large.