Ebola RDC : 750 cas suspects, patient à Berlin, aide ONU | actualites360
Ebola : un patient américain contaminé en RDC hospitalisé à Berlin, l’OMS élève le niveau de risque
Berlin / Kinshasa, 22 mai 2026
Christian Wolf (www.c-w-design.de) / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0 de
Summary
Un patient américain infecté par le virus Ebola en République démocratique du Congo est soigné à la Charité de Berlin. L’OMS a relevé le niveau de risque pour le pays à 'très élevé' et l’ONU débloque 60 millions de dollars pour endiguer l’épidémie.
Berlin / Kinshasa, 22 mai 2026
Un ressortissant américain de 39 ans, infecté par le virus Ebola lors d’un séjour en République démocratique du Congo (RDC), a été admis mercredi à l’hôpital universitaire de la Charité à Berlin, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait vendredi que l’épidémie actuelle dans l’est du pays était la plus importante depuis celle de 2018-2020.
Le patient, qui présente des symptômes marqués de la maladie, n’est toutefois pas dans un état critique et ne nécessite pas de soins intensifs, a précisé la Charité dans un communiqué publié vendredi. « Der US-amerikanische Ebola-Patient in der Berliner Charité ist nach Angaben des Universitätsklinikums sehr geschwächt, aber aktuell in keinem kritischen Zustand. »
L’homme, dont l’identité n’a pas été révélée, avait été contaminé en RDC. Il est porteur de la souche Bundibugyo du virus, une variante moins fréquente que la souche Zaïre responsable des flambées les plus meurtrières. Son épouse et ses quatre enfants ont été placés en quarantaine séparée, a indiqué l’établissement.
Ce rapatriement sanitaire vers l’Allemagne intervient alors que l’épidémie d’Ebola reprend de l’ampleur dans le nord-est de la RDC, dans la province d’Ituri, une zone en proie à des affrontements armés qui ont jeté environ 100 000 personnes sur les routes.
Un patient américain pris en charge à Berlin
Selon les dernières données communiquées par l’OMS vendredi à 13 heures, près de 750 cas suspects et presque 180 décès imputables à Ebola ont été recensés. De son côté, le ministère congolais de la Santé faisait état de 670 cas suspects et 160 morts présumées. Les autorités sanitaires ont officiellement confirmé 82 infections et sept décès à ce jour, tandis que 177 morts restent inexpliquées.
« Für den Kongo gelte nun die Risiko-Stufe 'sehr hoch', für die Region die Stufe 'hoch' und auf globaler Ebene die Stufe 'niedrig' », a déclaré vendredi le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse.
La flambée actuelle est la plus étendue depuis celle qui avait sévi entre 2018 et 2020 dans l’est du pays et qui avait causé la mort de 3 500 personnes, selon l’OMS. Elle survient dans un contexte humanitaire dégradé, marqué par des attaques récurrentes contre les centres de santé. À l’époque, des centaines d’établissements avaient été pris pour cible, compliquant la riposte et entraînant la mort de près de 2 300 personnes.
Une épidémie dans une zone de conflit
La région d’Ituri est régulièrement le théâtre de violences intercommunautaires et de combats entre groupes armés. La présence de déplacés, le manque d’infrastructures et la méfiance d’une partie de la population envers les équipes médicales freinent les efforts de contrôle de l’épidémie.
Face à cette situation, les Nations unies ont annoncé le déblocage d’environ 60 millions de dollars (55 millions d’euros) provenant de leur fonds d’urgence afin de soutenir les opérations de riposte. L’organisation prévoit également d’envoyer du personnel supplémentaire sur place.
Le gouvernement ougandais a quant à lui décidé de suspendre, par précaution, tous les vols à destination de la RDC dans les prochaines 48 heures. Kampala craint une propagation transfrontalière du virus, alors que des cas suspects ont déjà été signalés dans des zones frontalières.
La mobilisation internationale
L’évacuation du patient américain vers la Charité illustre la capacité des pays disposant de systèmes de santé avancés à prendre en charge des malades hautement contagieux. L’hôpital berlinois dispose d’un centre de traitement spécialisé pour les fièvres hémorragiques, déjà utilisé lors de précédentes épidémies.
Sur le plan thérapeutique, les médecins peuvent notamment recourir au remdesivir, un antiviral développé à l’origine contre le Covid-19 par le laboratoire américain Gilead Sciences. Ce médicament a montré une certaine efficacité contre Ebola, bien qu’il ne constitue pas un traitement miracle.
La logistique des tests demeure un défi majeur en RDC. « Es kann nicht sein, dass Blutproben aus dem Kongo 1700 Kilometer weit nach Kinshasa geflogen werden, um dort getestet zu werden », a déploré un responsable humanitaire, soulignant la nécessité de rapprocher les laboratoires des zones touchées.
Défis logistiques et thérapeutiques
Le souvenir de l’épidémie de 2014-2015 en Afrique de l’Ouest, qui avait fait plus de 11 000 morts essentiellement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, reste vivace. Cette flambée avait mis en lumière les faiblesses des systèmes de santé et la lenteur de la réaction internationale.
Aujourd’hui, l’OMS insiste sur l’importance d’une réponse rapide et coordonnée. « Un retard de quelques jours peut transformer une flambée limitée en une crise régionale », a rappelé un porte-parole de l’organisation.
Les équipes déployées par l’ONU, Médecins Sans Frontières et d’autres ONG s’efforcent d’identifier les personnes contacts, de mettre en place des centres de traitement et de mener des campagnes de sensibilisation. La vaccination avec des sérums expérimentaux, qui avait fait ses preuves lors de l’épidémie précédente, est également à l’étude.
Le poids du passé et les leçons apprises
La méfiance de certaines communautés reste un obstacle. Des rumeurs circulent sur l’origine de la maladie et sur les intentions des soignants, parfois accusés d’importer le virus. Les organisations humanitaires multiplient les messages en langues locales pour expliquer les modes de transmission et les gestes barrières.
Le patient de la Charité demeure un cas isolé en Europe. Les autorités sanitaires allemandes assurent que les protocoles de quarantaine sont stricts et qu’il n’y a pas de risque pour la population. Les personnes ayant voyagé avec lui ont été informées et seront suivies pendant la période d’incubation de 21 jours.
L’épisode rappelle cependant la perméabilité des frontières face aux virus hémorragiques. Si l’OMS juge le risque mondial « faible », l’agence appelle tous les pays à renforcer leur surveillance, notamment aux points d’entrée.
Vigilance aux frontières et risque global
La suspension des vols par l’Ouganda illustre la nervosité des États voisins. La RDC partage des frontières poreuses avec neuf pays, et des déplacements de population fréquents pourraient théoriquement propager le virus. Aucun cas n’a pour l’instant été confirmé en dehors du territoire congolais.
Le directeur général de l’OMS a néanmoins tenu à rassurer : « Nous disposons aujourd’hui de meilleurs outils qu’il y a dix ans. Les vaccins, les traitements et la vigilance des équipes sur le terrain nous permettent d’espérer contenir cette épidémie plus rapidement que les précédentes. »
La situation dans l’Ituri reste toutefois très volatile, et les humanitaires craignent que la saison des pluies, qui rend l’accès difficile, n’aggrave encore les conditions de la riposte dans les semaines à venir.