Hangzhou, 17 juin 2026
Le laboratoire chinois d'IA DeepSeek a réuni plus de 50 milliards de yuans (environ 7,4 milliards de dollars) lors de sa première levée de fonds externe et est valorisé à plus de 50 milliards de dollars selon des sources concordantes.
Quoi de neuf depuis le 17 juin 2026
Mise à jour du 17 juin 2026 : Le laboratoire chinois d'IA DeepSeek a bouclé sa première levée de fonds externe, réunissant plus de 7,4 milliards de dollars selon le portail technologique « The Information ». La valorisation de l'entreprise basée à Hangzhou dépasse ainsi les 50 milliards de dollars – ce qui fait de DeepSeek, selon les médias chinois, la startup d'IA la plus valorisée du pays. Ce tour de table marque un tournant pour le laboratoire, qui était jusqu'ici financé quasi exclusivement par des fonds privés de son fondateur.
L'essentiel du capital frais provient du fondateur de DeepSeek, Liang Wenfeng, lui-même : quelque 20 milliards de yuans (environ 3 milliards de dollars) sont issus de sa fortune personnelle, selon des personnes proches du dossier. Le fonds spéculatif quantitatif High-Flyer, fournisseur de ce capital, fondé en 2023, demeure ainsi le principal bailleur de fonds du laboratoire. DeepSeek a été fondé en juillet 2023, lorsque Liang a apporté le capital de démarrage nécessaire à partir de son fonds spéculatif High-Flyer et de fonds privés.
Contexte : le rôle du fondateur
Parmi les rares investisseurs externes figurent deux noms prominents de l'industrie chinoise : le géant technologique Tencent et le fabricant de batteries CATL. Tencent a investi, selon les informations rapportées, environ 10 milliards de yuans (environ 1,4 milliard de dollars), tandis que CATL a apporté quelque 5 milliards de yuans. Le chèque de Tencent ne confère toutefois au groupe aucun droit de gouvernance – le groupe n'a aucun droit de regard dans la nouvelle structure.
Une exception : un fonds d'investissement public chinois, qui est le seul investisseur externe à avoir obtenu un siège au sein de l'organe de contrôle. On ne sait pas précisément quel fonds est concerné ni quelles conditions s'appliquent exactement, d'après les informations disponibles. L'agence de presse Reuters avait déjà rapporté此前 l'apport personnel du fondateur.
Comparaison internationale
À l'échelle internationale, la levée de fonds de DeepSeek reste toutefois modeste : le concurrent américain OpenAI avait récemment bouclé un tour de table de 122 milliards de dollars pour une valorisation d'environ 852 milliards de dollars ; Anthropic a réuni 65 milliards de dollars. DeepSeek se situe nettement en deçà avec 7,4 milliards de dollars – même si, en pourcentage du leader du secteur, la valorisation représente un bond considérable.
Quoi de neuf depuis le 17 juin 2026 : Avec la clôture du tour de table, on dispose pour la première fois d'une valorisation concrète. Jusqu'ici, on savait seulement que DeepSeek souhaitait lever des fonds externes. Le montant de 7,4 milliards de dollars ainsi que la valorisation supérieure à 50 milliards de dollars sont désormais publics. La confirmation que Liang Wenfeng apporte à lui seul 20 milliards de yuans de sa poche – et détient ainsi de loin la plus grosse part du tour – constitue également une nouveauté. L'information explicite selon laquelle Tencent, malgré son investissement de plusieurs milliards, n'obtient aucun droit de gouvernance, est aussi nouvelle. On ne faisait jusqu'ici que spéculer sur la forme que prendrait l'implication des géants technologiques chinois.
Les accusations de distillation d'Anthropic
Parallèlement aux annonces financières, DeepSeek fait l'objet, depuis février 2026, d'une grave accusation : le fournisseur américain Anthropic, développeur du modèle Claude, a accusé DeepSeek – aux côtés des laboratoires chinois Moonshot AI et MiniMax – dans un article de blog, d'avoir extrait des capacités de Claude « à l'échelle industrielle ». Au cœur du débat se trouve la notion de distillation : une technique par laquelle un modèle « étudiant » plus petit est entraîné à partir des sorties d'un modèle « enseignant » plus puissant.
Concrètement, les trois entreprises auraient généré plus de 16 millions d'interactions avec Claude via quelque 24 000 comptes créés frauduleusement – une violation des conditions d'utilisation et des restrictions d'accès régionales, Claude n'étant pas disponible commercialement en Chine. Anthropic a attribué l'essentiel du trafic à MiniMax (plus de 13 millions d'interactions) ; DeepSeek aurait mené quelque 150 000 échanges ciblés, portant sur les capacités de raisonnement de Claude et sur des réponses conformes à la censure sur des sujets sensibles.
DeepSeek n'a jusqu'ici pas commenté publiquement les accusations. Aucune déclaration directe de Liang Wenfeng sur la levée de fonds n'est disponible. Le tour de table s'est apparemment déroulé sans la participation de capital-risqueurs occidentaux, ce qui n'est guère surprenant au vu des tensions géopolitiques dans les secteurs des semi-conducteurs et de l'IA.
Position de marché de DeepSeek V4 Pro
Ce que ce tour de table implique pour la concurrence dans le secteur de l'IA dépend aussi de la position de marché de DeepSeek V4 Pro. Sur la Chatbot Arena (LMArena), qui repose sur des millions de comparaisons aveugles d'utilisateurs, les modèles de pointe se situent dans une fourchette Elo d'environ 1 450 à 1 560 ; les modèles de raisonnement de DeepSeek se placent dans la partie basse de cette zone frontière et excellent surtout dans les catégories mathématiques et logique. Sur les classements spécialisés des modèles chinois, DeepSeek V4 Pro devance des concurrents tels que GLM-5.1, Kimi K2.6 et Qwen.
À l'Intelligence Index d'Artificial Analysis, qui combine raisonnement, vitesse et coût, DeepSeek V4 Pro se situe nettement au-dessus de la médiane des modèles open-weight comparables, mais reste, au sommet absolu, derrière les systèmes propriétaires leaders d'Anthropic, OpenAI et Google. Son principal argument de vente est le prix : à environ 0,45 dollar par million de tokens d'entrée, DeepSeek V4 Pro compte parmi les modèles les moins chers du segment proche de la frontière et affiche des prix inférieurs d'environ un ordre de grandeur à ceux des meilleurs fournisseurs.
Cette combinaison de performances compétitives et de prix bas avait déjà propulsé DeepSeek sur le devant de la scène mondiale début 2025 avec la publication d'un chatbot. Le laboratoire est depuis considéré comme un acteur majeur de la concurrence entre fournisseurs d'IA chinois et occidentaux – et, surtout, comme un argument démontrant que des modèles d'IA performants n'ont pas nécessairement besoin de centaines de milliards de dollars d'infrastructure de calcul.
Perspective : quelle destination pour le capital frais ?
Le capital frais devrait être investi par DeepSeek principalement dans trois directions : le développement de l'infrastructure d'entraînement, le recrutement de chercheurs supplémentaires en IA, et la commercialisation internationale du modèle open-weight. On ne sait pas encore si l'entreprise prévoit de renforcer la licence du modèle hors de Chine ou si la stratégie open-weight sera maintenue.
La valorisation supérieure à 50 milliards de dollars établit par ailleurs une nouvelle référence pour l'ensemble de l'écosystème chinois des startups d'IA. Les observateurs du secteur interprètent ce tour de table comme le signal que les capital-risqueurs chinois sont prêts à bâtir des champions locaux sans s'ingérer dans la direction opérationnelle. La pérennité de cette structure dépendra aussi de la manière dont DeepSeek gèrera les accusations persistantes de distillation, et de l'éventuelle adoption de mesures par les autorités de régulation occidentales – en particulier la Commission européenne – susceptibles de restreindre davantage l'accès au marché pour les modèles chinois.
