Crise CHP Turquie : Özel et Kılıçdaroğlu rassemblent leurs | actualites360
Crise au CHP : Özgür Özel et Kemal Kılıçdaroğlu mobilisent leurs partisans dans un climat de scission imminente
Ankara, 31 mai 2026
Koray / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0
Summary
Des milliers de personnes se sont rassemblées à Ankara samedi pour soutenir soit l'ancien chef du CHP Özgür Özel, soit le dirigeant intérimaire Kemal Kılıçdaroğlu, lors de discours simultanés. La décision de justice annulant le congrès du parti de 2023 a plongé la principale formation d'opposition turque dans une crise profonde, faisant craindre une scission.
Ankara, 31 mai 2026
La principale formation d'opposition turque, le Parti républicain du peuple (CHP), s'est enfoncée dans une crise sans précédent samedi à Ankara, où le président déchu Özgür Özel et son successeur intérimaire désigné par la justice, Kemal Kılıçdaroğlu, ont tenu des rassemblements parallèles devant des foules de partisans.
Deux rassemblements, deux visions pour l'avenir du CHP
Özgür Özel, qui a été évincé de la présidence du parti par une décision de justice la semaine dernière, s'est adressé à une foule compacte au parc Güven, à plusieurs kilomètres du siège du CHP. Juché sur le toit d'un bus, il a dénoncé une manœuvre du président Recep Tayyip Erdoğan visant à assurer la victoire de son parti aux prochaines élections de 2028. « Cette affaire n'est pas une affaire interne au CHP », a-t-il lancé à ses partisans, avant d'ajouter : « Cette affaire concerne Recep Tayyip Erdoğan et le peuple. »
Au même moment, Kemal Kılıçdaroğlu, 77 ans, faisait son retour au siège du parti, un bâtiment de vingt étages, pour la première fois depuis sa réinstallation provisoire par le tribunal. S'exprimant devant le QG du CHP peu après 14 heures, il a présenté ses vœux à l'occasion de la fête du Sacrifice et a promis d'organiser un congrès « propre et totalement transparent ». « Je vous présenterai une urne pour le congrès du parti dès que possible », a-t-il déclaré, sans toutefois avancer de date.
La fracture au sein du CHP est apparue de manière spectaculaire dans les détails visuels et sonores des deux événements. Dans la galerie d'entrée du siège du parti, le portrait d'Özgür Özel était affiché en noir et blanc, tandis que celui de Kılıçdaroğlu, en tant que président par intérim, était en couleur. Les plaques nominatives indiquant les dates de mandat étaient absentes sous les deux portraits, un signe du litige juridique en cours.
Les images télévisées ont montré des foules importantes aux deux rassemblements. Le journal Cumhuriyet a fait état de milliers de participants à l'événement d'Özgür Özel, tandis qu'aucun chiffre n'était initialement disponible pour le rassemblement de Kılıçdaroğlu. Selon des informations rapportées par les médias, l'équipe de Kılıçdaroğlu aurait affrété des bus pour acheminer des sympathisants de tout le pays, craignant une faible affluence.
Aux origines de la crise : une décision de justice contestée
L'ambiance au parc Güven était nettement plus belliqueuse. Les partisans d'Özel ont scandé à plusieurs reprises « Kilicdaroglu, Verräter » et « Kemal, der Verräter », qualifiant l'ancien dirigeant de « traître ». Un homme de 43 ans venu d'Istanbul pour soutenir Kılıçdaroğlu a confié son désarroi : « Ich verlasse das Land, wenn es so weit kommt. »
La crise actuelle trouve son origine dans une décision du tribunal d'Ankara qui, la semaine dernière, a annulé le congrès du CHP de 2023 au cours duquel Özgür Özel avait été élu président, invoquant des irrégularités présumées. Le tribunal a provisoirement installé Kılıçdaroğlu, le prédécesseur controversé d'Özel, à la tête du parti. Cette décision a immédiatement déclenché des protestations, l'opposition accusant le gouvernement et le président Erdoğan de calcul politique.
Le gouvernement, de son côté, affirme que cette affaire relève d'un conflit interne au CHP. Özel a fermement rejeté cette version, déclarant devant ses partisans : « Diese Angelegenheit sei keine interne Angelegenheit der CHP ». Il a présenté sa destitution comme une stratégie du gouvernement pour assurer la réélection du parti islamo-conservateur AKP en 2028, ajoutant : « Die AKP weiß, dass sie keine demokratische Wahl mehr gewinnen kann. Sie weiß, dass das türkische Volk sie nicht mehr will. »
L'assaut du siège et ses conséquences
La situation s'était tendue une semaine plus tôt, lorsque la police avait pris d'assaut le siège du CHP en utilisant des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Özgür Özel s'était barricadé à l'intérieur avec d'autres responsables du parti pendant plusieurs jours après la décision de justice. Selon le ministre de l'Intérieur Mustafa Çiftçi, l'intervention policière a eu lieu « auf Wunsch », c'est-à-dire à la demande de Kılıçdaroğlu, dont l'avocat avait requis l'évacuation des lieux.
Özel, devenu le visage des manifestations de masse, a appelé à la tenue d'un congrès extraordinaire pour briguer à nouveau la direction du parti. Il s'est même engagé à renoncer à la présidence s'il n'obtenait pas 85 % des voix lors de ce scrutin. « Uns bietet sich eine historische Chance. Die CHP kann aus diesem Chaos und diesen Turbulenzen stärker denn je hervorgehen », a-t-il proclamé, tentant de transformer la crise en opportunité.
Kemal Kılıçdaroğlu, qui avait perdu l'élection présidentielle de 2023 face à Erdoğan au second tour, a de nouveau affirmé que le parti devait être « nettoyé ». À la fin de son discours, il a lâché des colombes blanches devant le siège du CHP, un geste symbolique contrastant avec la dureté des affrontements politiques en cours.
Un parti fracturé face à la pression du pouvoir
L'étendue réelle du soutien dont dispose Kılıçdaroğlu au sein du parti reste incertaine. Selon de récents sondages d'opinion, seuls 5 % des électeurs du CHP interrogés le soutiennent en tant que chef de parti. Baris Bozkurt, un proche de Kılıçdaroğlu âgé de 51 ans, qui a servi pendant près de trois décennies comme chauffeur de foule lors des congrès et meetings du parti, était présent à ses côtés.
L'analyste Hamish Kinnear, du cabinet Global Risk Insights, a dressé un pronostic sombre. Il estime que Kılıçdaroğlu « wird sich schwer tun, seine Legitimität als Anführer wiederherzustellen », surtout après l'assaut du siège du CHP. Selon lui, la convocation d'un congrès prendra probablement du temps car le camp de Kılıçdaroğlu va « sich querstellen und bürokratische Hindernisse errichten ». Il prédit que le CHP continuera de se diviser entre les deux camps, ce qui « ihre Fähigkeit, der Regierung effektiv entgegenzutreten, beeinträchtigen wird ».
L'ombre d'Erdoğan et le spectre d'une scission
Cette crise interne survient dans un contexte de pression judiciaire croissante sur le parti d'opposition depuis les élections locales de 2024, lors desquelles le CHP avait infligé une lourde défaite au parti d'Erdoğan. L'ancien maire d'Istanbul Ekrem İmamoğlu, considéré comme le principal rival d'Erdoğan, est en prison depuis plus d'un an pour des accusations de corruption. Des responsables politiques proches de Kılıçdaroğlu ont poursuivi Özgür Özel pour fraude électorale et ont obtenu gain de cause devant le tribunal.
Özel a déclaré devant des milliers de partisans à Ankara que la présidence du parti ne pouvait être exercée par un responsable nommé. « Es könne aber keinen CHP-Chef ohne demokratisches Mandat geben », a-t-il martelé, appelant Kılıçdaroğlu à se soumettre à une élection interne. Les événements se sont déroulés pendant la fête du Sacrifice, ajoutant une dimension symbolique à cette journée de mobilisation politique.
Questions & Réponses
Pourquoi Özgür Özel a-t-il été démis de la présidence du CHP ?
Un tribunal d'Ankara a annulé le congrès du CHP de 2023 au cours duquel Özgür Özel avait été élu président, invoquant des irrégularités présumées. Le tribunal a provisoirement installé son prédécesseur, Kemal Kılıçdaroğlu, à la tête du parti.
Quelle est la position de Kemal Kılıçdaroğlu sur la crise actuelle du CHP ?
Kemal Kılıçdaroğlu, 77 ans, affirme vouloir organiser un congrès du parti « propre et totalement transparent » dès que possible, sans toutefois préciser de date. Il estime que le parti a besoin d'être « nettoyé ».
Quel rôle le président Erdoğan joue-t-il dans cette crise selon l'opposition ?
L'opposition accuse le gouvernement et le président Recep Tayyip Erdoğan de calcul politique derrière la décision de justice. Özgür Özel décrit sa destitution comme une stratégie visant à assurer la victoire du parti AKP aux élections de 2028.