Bruxelles, le 28 mai 2026
La Commission européenne a ouvert mardi une enquête approfondie sur le projet de rachat du distributeur européen d’électronique MediaMarktSaturn par le géant chinois du commerce en ligne JD.com, en raison de soupçons de subventions publiques étrangères ayant pu fausser le processus d’acquisition.
L’exécutif bruxellois a fait part de ses préoccupations préliminaires dans un communiqué, estimant que des fonds attribuables à l’État chinois pourraient avoir permis à JD.com de formuler une offre plus élevée que celle de concurrents potentiels. « La Commission craint que la transaction ne permette à l’entité fusionnée de poursuivre des stratégies d’investissement et commerciales susceptibles d’affecter les conditions de concurrence sur le marché intérieur de l’UE », a précisé l’institution.
JD.com, dont le chiffre d’affaires annuel a atteint près de 159 milliards de dollars américains en 2024, est le plus grand groupe chinois de distribution, selon l’institut de recherche EHI. Il figure également parmi les dix plus grandes entreprises commerciales au monde. Le groupe, qui emploie environ 570 000 personnes, est actif dans les secteurs de la technologie, de la logistique et de la santé.
Les craintes de la Commission européenne
L’enquête approfondie fait suite à une phase d’examen préliminaire qui a mis en évidence des risques potentiels pour le marché unique. « L’enquête préliminaire indique que JD.com pourrait avoir reçu des subventions étrangères susceptibles de fausser le marché intérieur de l’UE », a déclaré l’autorité bruxelloise. Ces aides d’État présumées sont au cœur des préoccupations de la Commission, qui redoute une distorsion des conditions de concurrence au détriment des acteurs européens.
L’exécutif européen dispose désormais d’un délai pour mener à bien son examen. La décision finale de la Commission est attendue au plus tard le 2 octobre prochain. D’ici là, les services de la concurrence vont analyser en détail les flux financiers et les éventuels avantages dont JD.com aurait bénéficié de la part des autorités chinoises dans le cadre de cette opération.
MediaMarktSaturn, propriété du groupe allemand Ceconomy depuis sa scission de Metro en 2017, est le plus grand détaillant d’électronique en Europe. L’enseigne occupe également une position de premier plan dans le commerce en ligne en Allemagne, où elle se classe au quatrième rang des boutiques numériques, derrière Amazon, Otto et Zalando. Cette position stratégique explique l’intérêt de JD.com pour le marché européen.
La réaction de JD.com
Le groupe chinois a réagi avec mesure à l’annonce de l’enquête approfondie. JD.com a qualifié cette procédure d’« üblichen Verfahrensschritt », un terme allemand signifiant « étape procédurale habituelle », minimisant ainsi la portée de l’examen bruxellois. L’entreprise a également tenu à se défendre des accusations de financement public irrégulier.
« man in Zusammenhang mit diesem Verfahren keine staatlichen Subventionen erhalten habe », a déclaré JD.com.
Le groupe affirme ainsi n’avoir reçu aucune subvention étatique en lien avec cette procédure d’acquisition. Cette position contraste avec les soupçons de la Commission, qui s’appuie sur son règlement relatif aux subventions étrangères pour examiner les transactions impliquant des entreprises de pays tiers.
Un test pour la politique commerciale européenne
Cette enquête constitue un nouveau test pour la politique de défense commerciale de l’Union européenne face aux investissements d’entreprises soutenues par des États tiers. Le règlement sur les subventions étrangères, entré en vigueur récemment, donne à la Commission des pouvoirs élargis pour enquêter sur les distorsions de concurrence causées par des aides publiques non européennes.
L’opération, si elle était autorisée, redessinerait le paysage de la distribution d’électronique en Europe. JD.com, fort de sa puissance financière et de son expertise logistique, pourrait accélérer la transformation numérique de MediaMarktSaturn, déjà engagée dans une concurrence féroce avec les plateformes en ligne. La Commission doit désormais évaluer si les bénéfices potentiels de cette acquisition l’emportent sur les risques de déséquilibre concurrentiel.
L’enjeu dépasse le seul secteur de l’électronique grand public. Il touche à la capacité de l’UE à préserver l’équité de son marché intérieur tout en restant ouverte aux investissements étrangers. La décision du 2 octobre sera scrutée par l’ensemble des acteurs économiques, des deux côtés du commerce transcontinental.
