Rougeole au Bangladesh : plus de 500 enfants morts et des | actualites360
Bangladesh face à une flambée meurtrière de rougeole : plus de 500 enfants morts
Dhaka, 21 mai 2026
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Summary
Depuis la mi-mars, le Bangladesh est touché par une épidémie dévastatrice de rougeole avec plus de 60 000 cas suspects et 528 décès, principalement des enfants de moins de cinq ans. Une campagne de vaccination massive a été lancée, mais les hôpitaux restent submergés par l'afflux de patients.
Dhaka, 21 mai 2026
Le Bangladesh affronte une flambée épidémique de rougeole ayant causé plus de 60 000 cas suspects et au moins 528 décès, en très grande majorité des enfants de moins de cinq ans, depuis la mi-mars, alors que le système de santé peine à faire face.
Le virus de la rougeole s'est propagé à une vitesse alarmante à travers le pays. Au 24 mai, le bilan s'élevait à 528 morts suspectées liées à la rougeole, un chiffre déjà obsolète tant la situation évolue quotidiennement. Les nouveaux cas suspects dépassent souvent les 1000 par jour, atteignant parfois 1500. La grande majorité des malades et des victimes sont des enfants de moins de cinq ans.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle qu'en 2024, près de 100 000 personnes sont mortes de cette maladie dans le monde, une pathologie pourtant évitable par la vaccination. Mais au Bangladesh, la couverture vaccinale s'est effondrée ces derniers mois.
En 2019, le pays était salué pour ses progrès en matière de vaccination : l'ancienne Première ministre Sheikh Hasina Wazed avait reçu le Vaccine Hero Award de Gavi, l'Alliance du vaccin, en reconnaissance de « formidables avancées ». Le tournant a eu lieu en 2024, après l'arrivée d'un gouvernement intérimaire. Celui-ci a entrepris de réorganiser le système vaccinal, ce qui a rapidement perturbé l'approvisionnement en vaccins.
Un système vaccinal démantelé
Rana Flowers, représentante de l'UNICEF au Bangladesh, a révélé lors d'une conférence de presse le 20 mai qu'elle avait averti le gouvernement à de multiples reprises au cours des deux dernières années. « Je me suis assise avec le conseiller intérimaire et son équipe au moins à dix reprises pour leur dire : “Nous sommes inquiets. Vous allez vous retrouver face à une montagne” », a-t-elle raconté.
Le professeur Reaz Mobarok, chef de l'unité d'isolement et de soins intensifs de l'hôpital pour enfants Shishu de Dhaka, confirme : « Le gouvernement intérimaire ne s'est pas du tout préoccupé de la vaccination, si bien que de nombreux enfants n'ont pas été vaccinés contre la rougeole. » Ces avertissements se sont révélés tragiquement prophétiques.
Dès le mois d'avril, près de 20 000 cas suspects étaient recensés dans 58 des 64 districts du pays, avec plus de 150 décès. Le 4 mai, 17 enfants sont morts en une seule journée. Depuis, la flambée n'a fait que s'aggraver.
Des hôpitaux au bord du gouffre
Les hôpitaux sont submergés. Le professeur Mobarok décrit une situation critique : « C'est une épidémie massive avec une mortalité très élevée. Il n'est pas surprenant du tout que leurs hôpitaux soient débordés. » Il explique que le virus de la rougeole affaiblit le système immunitaire, rendant les patients vulnérables à des infections secondaires nécessitant des soins supplémentaires.
Hasina Rahman, directrice régionale adjointe pour l'Asie du Comité international de secours (IRC), souligne que la crise est aggravée par les coupes dans l'aide internationale à la santé mondiale. Elle témoigne : « Les parents sont assis dehors, devant les services pédiatriques, impuissants, ne sachant pas quoi faire. » Elle qualifie la situation de « déchirante ».
L'histoire de Miftahul Zannat, deux ans, illustre ce drame. Elle a développé les symptômes classiques de la rougeole – fièvre, éruption cutanée, vomissements, diarrhée. Son père, Mohammad Kamal, cuisinier dans son village, confie : « Once she fell ill, she became completely bedridden. She couldn't even open her eyes. » La famille a dû se rendre dans trois hôpitaux de Dhaka avant de trouver une prise en charge.
Kamal se souvient de sa fille avant la maladie : « My child was cheerful, loved to play, run, and smile. After getting infected with measles, she became silent, not eating food, and had no smile on her face. » Son inquiétude reste vive malgré les soins reçus.
Des parents désarmés, des enfants en danger
Dans l'hôpital pour enfants Shishu, Mim Akhter veille sur son fils de neuf mois, Rizvi Ahmed Raihan. Faute de place, elle a dû s'allonger sur le sol pour que le nourrisson reçoive oxygène et réhydratation. « To get the treatment, we have to lie down here on the floor », dit-elle. Après cinq jours, l'état de l'enfant s'est amélioré et il a pu rentrer chez lui.
Le docteur Asma Khan, directrice de l'hôpital des maladies infectieuses, décrit un établissement de 100 lits qui accueille chaque jour plus de 100 patients. Pour faire de la place, les bureaux des médecins ont été réquisitionnés : « Nous avons dit aux médecins : “Vous vous assiérez ailleurs si vous avez besoin de discuter” », explique Mobarok.
Au-delà de la détresse médicale, la crise plonge des familles entières dans la précarité. Mohammad Kamal Hossain, conducteur de rickshaw à Bhola, gagne habituellement environ 4 dollars par jour. Depuis vingt jours, il prend soin de sa fille Saifa, âgée de neuf mois, sans pouvoir travailler. Il a déjà dépensé 160 dollars pour rejoindre la capitale et subvenir aux frais quotidiens à l'hôpital.
Hossain s'inquiète pour sa fille aînée : « My elder kid is studying in ninth grade and now I don't know how I will pay her tuition fees this month because I am already in debt because of transportation costs and living in hospitals. » Son témoignage reflète la détresse économique engendrée par l'épidémie.
Une campagne massive pour enrayer l'épidémie
Face à l'urgence, le nouveau gouvernement du Bangladesh, élu en février 2026, a lancé le 5 avril une campagne de vaccination massive contre la rougeole. Les autorités affirment avoir déjà atteint leur objectif de vacciner environ 18 millions d'enfants. La priorité est désormais de « traquer » ceux qui n'ont pas encore été vaccinés, selon un responsable sanitaire.
Des mesures complémentaires ont été prises : ouverture d'unités d'isolement dans tous les hôpitaux et administration de capsules de vitamine A aux enfants malades. Le professeur Mobarok souligne que « Vitamin A therapy can actually significantly reduce the risk of death from measles », même si la carence en vitamine A est extrêmement rare dans les pays riches comme les États-Unis.
Les efforts du gouvernement sont salués, notamment par Rana Flowers de l'UNICEF qui déclare : « For that, I am very grateful. » Pourtant, une certaine frustration persiste. Certains parents et experts mettent en garde : il faudra probablement un mois ou plus avant que l'impact de la campagne vaccinale ne se fasse sentir sur le terrain.
La malnutrition constitue un facteur aggravant majeur. Au Bangladesh, un enfant de moins de cinq ans sur quatre souffre d'un retard de croissance et un sur dix de malnutrition aiguë. Les enfants malnutris sont particulièrement vulnérables à la rougeole. Le taux de mortalité y est ainsi de l'ordre de 1 %, contre 0,1 à 0,3 % aux États-Unis.
Malnutrition, facteur aggravant
L'épidémie survient dans un contexte d'isolement international. Mobarok regrette que, contrairement aux crises sanitaires précédentes, le Bangladesh se sente « bien plus seul » cette fois-ci : « We are not getting much help. » Rahman de l'IRC déplore que cette flambée meurtrière soit à peine enregistrée sur la scène mondiale, alors que d'autres virus font les gros titres.
Elle résume ainsi la situation : « We've been crying out loud about this from the beginning, but it has been a silent situation. There hasn't been much attention around it. » Un constat amer pour un pays qui lutte avec des moyens limités contre une maladie que la vaccination pourrait enrayer.