WASHINGTON, 24 Mai 2026

Le président des États-Unis, Donald Trump, a exclu dimanche la conclusion d'un accord "précipité" avec Téhéran pour mettre fin à la guerre en Iran, tempérant les spéculations sur une percée diplomatique imminente.

Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social, M. Trump a affirmé que les discussions se déroulaient de manière ordonnée. "Les négociations se déroulent de manière ordonnée et constructive, et j'ai demandé à mes représentants de ne rien précipiter dans cet accord, car le temps joue en notre faveur", a-t-il écrit. "Il ne doit y avoir aucune erreur !", a-t-il ajouté.

Cette déclaration intervient alors que le président avait lui-même évoqué, samedi, la finalisation "en grande partie" d'un protocole d'accord-cadre. Le revirement de ton souligne la complexité des pourparlers, qui visent à résoudre un conflit aux lourdes conséquences humanitaires et économiques.

Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a confirmé que Washington avait soumis une proposition substantielle à l'Iran. "Nous avons présenté une offre assez solide", a-t-il déclaré, tout en prévenant que les États-Unis envisageaient d'autres voies si la diplomatie échouait. "Nous donnerons à la diplomatie toutes les chances de réussir avant d'examiner les alternatives", a-t-il précisé.

Une offre "solide" sur la table et des menaces à peine voilées

M. Rubio a insisté sur la nécessité pour Téhéran d'accepter des discussions sérieuses et limitées dans le temps concernant son programme nucléaire. "Soit il y aura un bon accord, soit nous traiterons avec ce pays 'd'une autre manière'", a-t-il averti, reprenant une rhétorique martiale déjà employée par le président Trump.

L'atmosphère tendue a été exacerbée par une publication de M. Trump sur Truth Social. Au milieu des spéculations du week-end, le président a diffusé une image générée par intelligence artificielle montrant un drone d'attaque américain MQ-9 Reaper détruisant deux embarcations de la marine iranienne, avec le mot "Adios" en gros caractères. Lundi, il a réitéré sa menace, déclarant que s'il n'y avait pas de "bon accord", les négociations reprendraient "d'une autre manière", faisant clairement allusion à une option militaire.

Du côté iranien, la position reste ferme. Téhéran n'a pas officiellement répondu à la proposition, mais des agences de presse semi-officielles suggèrent que des désaccords sur "un ou deux" points compromettent l'accord potentiel. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a indiqué que si un accord était conclu, des discussions sur les questions nucléaires avec les États-Unis pourraient suivre.

La question nucléaire et le spectre d'un conflit prolongé

Un haut responsable iranien, Hossein Nooshabadi, a précisé le calendrier envisagé : une période de 60 jours de négociations sur le nucléaire débuterait après un accord initial de 30 jours concernant le détroit d'Ormuz. Cependant, selon la correspondante de NPR, Mara Liasson, l'Iran rejette fermement toute discussion sur son programme nucléaire pour le moment.

Les deux principaux points de blocage restent l'avenir de la production de missiles iraniens, un enjeu crucial pour Israël, et les conditions futures du programme atomique. Au cœur du débat se trouvent environ 400 kilogrammes d'uranium enrichi jusqu'à 60 %, dont la localisation exacte, présumée près d'Ispahan, n'est pas totalement garantie depuis les frappes de l'année dernière.

Pour rappel, l'accord nucléaire de 2015 (JCPOA), négocié sous l'administration Obama, avait permis de sortir 97 % du matériel hautement enrichi du pays vers la Russie et imposait une limite d'enrichissement de 3,67 %, adaptée aux réacteurs civils mais pas à l'armement nucléaire. Des opérations spéciales américano-israéliennes pour "extraire" l'uranium ont été envisagées mais abandonnées en raison de leur difficulté.

Pression humanitaire et enjeux électoraux américains

L'urgence d'un accord est renforcée par la situation humanitaire. Environ deux millions de pèlerins effectuent actuellement le hajj en Arabie saoudite, ce qui accroît la nécessité d'éviter une reprise des hostilités pour assurer leur sécurité. La pression pour parvenir à un accord s'intensifie, d'autant que la guerre ne semble pas avoir adouci la position de Téhéran, selon la journaliste de NPR, Aya Batrawy.

Sur le plan politique intérieur américain, les négociations sont scrutées de près. Le sénateur Lindsey Graham, de Caroline du Sud, a exhorté M. Trump à "rester ferme pour obtenir un bon accord avec l'Iran". Mme Liasson estime qu'un accord pourrait aider les républicains lors des prochaines élections. À l'inverse, le sénateur Roger Wicker, président de la commission des forces armées, a qualifié l'accord potentiel de "désastre", doutant que l'Iran agisse un jour de bonne foi.

Impact sur le détroit d'Ormuz et les marchés pétroliers

La réouverture du détroit d'Ormuz, voie stratégique pour le transport pétrolier, est au cœur des discussions. Les États-Unis et l'Iran ont "largement négocié" un mémorandum d'entente pour sa réouverture. L'Iran insiste pour que les navires obtiennent une autorisation de passage, et l'agence Fars a rapporté dimanche que 33 navires avaient traversé le détroit en 24 heures avec une telle autorisation.

Malgré ces signes, la situation reste critique. Environ 20 000 marins sont toujours bloqués sur des centaines de navires dans le golfe Persique. Avant la guerre, 125 à 140 navires empruntaient quotidiennement ce passage. Même en cas de paix immédiate, le trafic ne retrouverait pas son niveau normal avant 2027 au plus tôt, selon le PDG de la compagnie pétrolière nationale d'Abou Dhabi.

Les marchés pétroliers ont réagi à ces incertitudes. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord a chuté de 4,55 % à 98,83 dollars, tandis que le brut américain WTI a reculé de 4,73 % à 92,03 dollars, atteignant tous deux leur plus bas niveau depuis le 7 mai. L'analyste Saul Kavonic, de MST Marquee, a commenté : "Malgré toutes les réserves et les risques qui subsistent concernant l'accord de paix et le détroit d'Ormuz, il y a maintenant une lumière au bout du tunnel."

Autres nouvelles internationales

Dans l'actualité internationale, le pape Léon XIV a publié aujourd'hui sa première encyclique, intitulée "Magnificent Humanity", adressée aux 1,4 milliard de catholiques. Le texte porte sur l'essor de l'intelligence artificielle et exhorte les fidèles à s'impliquer dans l'élaboration de son éthique, plutôt que de la laisser aux mains des élites technologiques fortunées.

Le pape y décrit "un nouveau visage du colonialisme, où les données et les informations des personnes sont exploitées". Il qualifie l'IA de "l'un des défis moraux les plus urgents de notre temps" et plaide pour que les gouvernements et les organisations internationales mettent en place des lois et des réglementations. Selon Claire Giangrave, correspondante au Vatican pour Religion News Service, le pape Léon craint que la Silicon Valley ne promeuve l'idée d'un monde hybride homme-machine.

Par ailleurs, un drame sanitaire