Lima, 07 juin 2026

Les Péruviens étaient appelés dimanche 7 juin à choisir entre la droite Keiko Fujimori et la gauche Roberto Sánchez lors d'un second tour présidentiel, dont le sort décidera du dixième chef de l'État du pays en dix ans.

Un scrutin décisif dans un pays fragmenté

Selon les informations diffusées par Deutschlandfunk, les bureaux de vote ont ouvert à 14h00 et devaient fermer à minuit, heure d'Europe centrale (17h00, heure locale). Environ 27 millions d'électeurs étaient inscrits pour ce scrutin, dont le premier tour en avril n'avait pas permis de dégager de vainqueur : Keiko Fujimori et Roberto Sánchez y avaient chacun obtenu moins de 30 % des voix. Quelque 70 % des électeurs s'étaient prononcés pour d'autres candidats au premier tour, témoignant d'une fragmentation profonde du paysage politique péruvien.

Pour Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori, décédé en 2024 et condamné après sa présidence pour violations des droits humains et corruption, il s'agit de la quatrième tentative consécutive. Candidate du parti Fuerza Popular, surnommée « La China » en raison de ses origines japonaises, elle a axé sa campagne sur la lutte contre la criminalité et l'immigration clandestine. Lors d'un débat à Lima, elle a décrit la gauche comme l'adversaire, l'accusant de distribuer la pauvreté et d'attiser la haine : « Jene Linke, deren einzige Betätigung darin besteht, Armut zu verteilen, während wir Wohlstand schaffen. Jene Linke, die Hass schürt, wohingegen wir uns den Frieden wünschen. » Sa chanson de campagne proclame qu'elle vient « créer l'ordre ».

Keiko Fujimori, l'héritière d'un nom controversé

Face à elle, Roberto Sánchez, psychologue de formation, se présente pour la première fois à la magistrature suprême sous l'étiquette du parti Juntos por el Perú. Âgé de 57 ans, il bénéficie du soutien des partisans de l'ancien président Pedro Castillo, destitué et emprisonné après une tentative de coup d'État. Il a appelé à vaincre « la mafia corrompue qui gouverne le Pérou » et à s'opposer au fujimorisme : « Wir müssen die korrupte Mafia besiegen, die Peru heute regiert. Nieder mit dem Mafiapakt! Nieder mit dem Fujimorismus! » Il a promis de libérer Pedro Castillo et de redistribuer les richesses nationales, actuellement concentrées, selon lui, entre les mains d'un pour cent de la population.

Roberto Sánchez, candidat de la gauche castilliste

Le contexte politique reste marqué par une instabilité chronique. Le président par intérim José María Balcázar dirige le pays depuis la destitution, trois mois plus tôt, du président José Jerí. Comme l'a rappelé Deutschlandfunk : « Im Moment ist José María Balcázar als Interimspräsident im Amt. » La Constitution péruvienne permet au Parlement de déclarer la vacance du pouvoir présidentiel en cas d'« permanente moralische Unfähigkeit » du titulaire, un mécanisme régulièrement mobilisé. Le Congrès, dominé par les intrigues et la corruption, a systématiquement bloqué les gouvernements successifs, y compris celui de Pedro Castillo, contribuant à sa chute.

L'élection se déroule dans un climat pesant. La violence des gangs a explosé ces dernières années au Pérou, et la campagne a été entachée de violences et de colère. À Puerto Pizarro, ville côtière du nord du pays, un pêcheur soutenant Fujimori a témoigné des conditions extrêmes subies localement : « Jeder einzelne Fischer hier muss Schutzgeld zahlen, nur um überhaupt ausfahren zu können. Gestern Nacht wurden unsere Bootsmotoren gestohlen. Vor fünf Tagen wurde direkt hier vor unseren Augen ein Fischer ermordet. Wir sind traumatisiert, wir können nicht arbeiten. »

L'ombre de l'instabilité et de la violence

Les derniers sondages donnaient les deux candidats au coude-à-couche, Fujimori, 51 ans, n'ayant qu'une courte avance sur Sánchez. Environ un cinquième des électeurs demeuraient indécis à la veille du scrutin, signe d'une opinion publique profondément divisée et désabusée. Beaucoup de Péruviens expriment leur frustration face à une instabilité devenue chronique. Comme le rapportent des reportages cités par Deutschlandfunk : « Peru sei zum Gespött anderer Länder geworden, weil der Präsident ständig ausgewechselt werde. » Un autre témoignage résume le sentiment général : « Das Volk wähle einen Präsidenten – und das Parlament setze ihn wieder ab. »

Des procédures judiciaires en embuscade

Sánchez fait par ailleurs l'objet de poursuites. Un tribunal a ordonné vendredi l'ouverture d'un procès contre lui pour des contributions non déclarées à son parti entre 2018 et 2020. Un procès lié au financement de Juntos por el Perú était également programmé avant-hier. Ses avocats ont annoncé un appel, soulignant qu'en cas de victoire il bénéficierait de l'immunité présidentielle. Roberto Sánchez a accusé Fujimori d'avoir contribué à la crise politique, estimant que son parti porte une responsabilité partagée dans la destitution de plusieurs présidents.

Le président élu prêtera serment le 28 juillet et devra gouverner sans majorité au Parlement. Quelle que soit l'issue du scrutin, le nouveau chef de l'État héritera d'un pays épuisé par les crises successives, d'une économie informelle gangrenée par l'extorsion et d'une société civile en quête de stabilité. Pour de nombreux observateurs, ce scrutin illustre moins un choix idéologique qu'un plébiscite sur la capacité à restaurer un ordre politique durablement fragilisé depuis une décennie.