Merz et Macron scellent à Brühl une coopération militaire renforcée et un exercice nucléaire
Brühl, 17 juillet 2026
Nebojša Tejić / Wikimedia Commons / Public domain
Summary
Le chancelier fédéral Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron se sont accordés le 17 juillet 2026 à Brühl et Nörvenich sur une coopération militaire approfondie. Pour la première fois, la Bundeswehr doit participer à un exercice nucléaire des forces armées françaises.
Brühl, 17 juillet 2026
Le chancelier fédéral Friedrich Merz (CDU) et le président français Emmanuel Macron ont convenu le 17 juillet 2026 à Brühl et sur la base aérienne de Nörvenich d'une coopération franco-allemande plus étroite en matière de défense et de dissuasion nucléaire.
Un lieu symbolique chargé d'histoire
La rencontre au château d'Augustusbourg à Brühl, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, et les consultations qui ont suivi sur la base aérienne de Nörvenich, ont marqué une nouvelle étape de la coopération bilatérale en matière de sécurité. Le chancelier fédéral Friedrich Merz (CDU) et le président français Emmanuel Macron se sont entretenus avec les ministres du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité afin de poser la partenariat stratégique des deux pays sur des bases plus larges. Le choix du lieu était programmatique : c'est dans ce même château que le président français de l'époque, Charles de Gaulle, avait proposé en 1962 au chancelier fédéral d'alors, Konrad Adenauer, un traité d'amitié qui devait aboutir au Traité de l'Élysée.
Au centre des discussions figurait la participation de forces conventionnelles allemandes à un exercice nucléaire de l'armée française. « Il en fait partie que les forces conventionnelles allemandes participent dès cette année à un exercice nucléaire des forces armées françaises », indiquait la déclaration finale du conseil des ministres. Merz a souligné que cette première participation de la Bundeswehr était « komplementär zu unserer nuklearen Teilhabe und der Abschreckung in der NATO, an der wir festhalten ». Macron a déclaré que l'objectif de la coopération était « die Sicherheit des europäischen Kontinents zu verbessern und bei unseren Gegnern mehr Unsicherheit zu schaffen, indem wir der nuklearen Abschreckung weitere Wege und Mittel eröffnen ».
L'exercice nucléaire, pièce maîtresse de l'accord
Le chancelier a justifié le fait que tous les détails de l'exercice ne seraient pas rendus publics par son effet stratégique : « Denn vollständige und absolute Transparenz ist gegenüber Gegnern auf europäischen Boden nicht unbedingt die wirksamste Strategie. » Ce qui est fait ne sera donc pas toujours divulgué à 100 pour cent. Une première démonstration concrète de la nouvelle coopération avait déjà eu lieu la veille : des avions de combat des deux pays avaient mené ensemble un exercice de ravitaillement en vol. Le déploiement de chasseurs Rafale français à Nörvenich, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, constitue un « erster operativer Schritt der strategischen Zusammenarbeit », selon la déclaration finale du conseil.
La coopération industrielle dans le secteur aérien a également été repensée. Après l'échec du système de combat aérien futur conjoint (FCAS), Berlin et Paris se sont mis d'accord pour poursuivre ensemble le développement d'un « système de systèmes » qui met en réseau avions, drones et autres composants de systèmes de combat aérien. « FCAS war nie allein ein neues Kampfflugzeug, sondern war immer ein System », a souligné Merz. Il s'agit d'assurer « Interoperabilität aller europäischen Luftsysteme ». L'escadron de transport aérien franco-allemand basé à Évreux, en France, doit atteindre sa pleine capacité opérationnelle d'ici fin 2026.
Coopération industrielle après l'échec du FCAS
Merz a salué le lieu de la réunion comme un signal délibéré. 64 ans après la rencontre historique entre de Gaulle et Adenauer, le conseil des ministres se réunissait précisément là où les bases du partenariat franco-allemand avaient été posées. Il a remercié Macron « für das Vertrauen und auch den Elan, den dieser Rat geprägt hat, und den Du geprägt hast in diesem deutsch-französischen Ministerrat ». Les deux parties ont souligné que la coopération devait « ergänzen und nicht ersetzen » la dissuasion nucléaire et la participation de l'Otan – un signe que le pilier européen ne doit expressément pas entrer en concurrence avec l'Alliance atlantique.
Pour Macron, il s'agissait probablement du dernier Conseil des ministres franco-allemand de son mandat. Début juillet, la populiste de droite Marine Le Pen avait annoncé sa candidature à l'élection présidentielle du printemps 2027, à laquelle Macron ne peut plus se présenter. Merz a néanmoins présenté le partenariat comme durable : « Die deutsche Hand bleibt immer ausgestreckt zur vertieften und vertrauensvollen Zusammenarbeit mit Frankreich », a-t-il dit. « Ich kann aus deutscher Sicht nur sagen, wir werden auch in Zukunft alles tun, um diese Zusammenarbeit mit unserem französischen Nachbarn so intensiv und so tief und vertrauensvoll wie möglich zu gestalten, ganz unabhängig davon, wie die Wählerinnen und Wähler in Frankreich entscheiden werden. » Macron a répondu : « Wir zählen auf Euch, und Ihr könnt auf uns zählen. »
Regard sur l'élection présidentielle de 2027
L'analyse des experts confirme qu'une victoire éventuelle de Le Pen mettrait le partenariat à l'épreuve. Stefan Seidendorf, directeur adjoint de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg, a déclaré à la DW que la période écoulée depuis l'entrée en fonctions de Merz avait montré « dass es doch sehr große Unterschiede zwischen Frankreich und Deutschland gibt und diese Zusammenarbeit kein Selbstläufer ist, sondern dass man eben hart daran arbeiten muss ». Jacob Ross, expert France de la Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik, a averti : « Zunächst einmal wäre es ein unmittelbarer Vertrauensverlust – in den Verwaltungen und in der politischen Zusammenarbeit, der dazu führen wird, dass an vielen Stellen, wo heute sehr natürlich und organisch miteinander zusammengearbeitet wird, wo Informationen fließen vom einen ins andere Land, das erstmal reißen wird und dann wieder neu angeknüpft werden muss. » Pour Ross, il ne s'agirait cependant pas d'une fin du Traité de l'Élysée, « sondern ein sehr heftiger Stresstest für dieses Vertragswerk zwischen Deutschland und Frankreich, auch für die europäische Integration ».
Dans le contexte de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine, l'Allemagne a par ailleurs confirmé sa participation à la première manœuvre de la « coalition des volontaires », un groupe d'environ 35 États constitué pour soutenir l'Ukraine en cas de cessez-le-feu avec la Russie. Merz a rappelé l'importance des relations bilatérales : « Denn alle wussten: Wenn sich Frankreich und Deutschland nicht einigen, kommt Europa nicht voran. » Les deux chefs d'État ont également annoncé que les négociations sur le développement du marché européen de l'armement et sur la coopération nucléaire se poursuivraient dans les mois à venir.
Les discussions n'ont pas été évaluées unanimement de manière positive par tous les observateurs. Seidendorf s'est montré sceptique quant à l'arrêt du programme FCAS : « Diese Idee, dass die Politik darüber entscheiden kann, dass die Konzerne Großprojekte entwickeln, Kampfflugzeuge und Panzer, da ist vielleicht auch die Zeit ein Stück weit darüber hinweggegangen », a-t-il dit. Selon lui, il serait plus important « dass Frankreich und Deutschland mit anderen zusammen einen europäischen Markt für Rüstungsgüter entwickeln ». Seidendorf estime néanmoins que les responsables politiques « einfach mögen, denn wenn sie gelingen, können sich Politiker in Szene setzen ».
Voix sceptiques et protestations à Brühl
À Brühl même, la visite des chefs d'État n'est pas restée sans contestation. Selon la WDR, une centaine de personnes ont manifesté vendredi contre la rencontre. Elles brandissaient notamment des pancartes portant l'inscription « Herz statt Merz ». La police était déployée en nombre, et aucun incident notable n'a été signalé dans l'immédiat. Le programme s'est terminé en fin d'après-midi par une conférence de presse commune au château d'Augustusbourg, au cours de laquelle Merz a annoncé qu'il participerait le 14 juillet au défilé de la fête nationale française à Paris – la dernière chancelière allemande à y avoir assisté étant Angela Merkel en 2019.
Le plus grand défilé de la fête nationale française depuis l'entrée en fonctions de Macron en 2017 avait pour thème « Das strategische Erwachen Europas ». Seidendorf a souligné que les relations franco-allemandes dépassent largement le niveau politique. « Im Falle eines Wahlsieges von Le Pen stellt sich bei jedem dieser Kontakte in der Verwaltung, in der Wirtschaft, in der Zivilgesellschaft, bei den Städtepartnerschaften und beim Schüleraustausch die Frage, wie man am besten dabei vorgeht », a-t-il déclaré. Le chancelier a réaffirmé : « Ganz unabhängig davon, wie die Wählerinnen und Wähler in unseren beiden Ländern entscheiden. »
Dans l'ensemble, les consultations ont dressé le tableau d'un partenariat qui, malgré des frictions récurrentes, est institutionnellement approfondi et militairement élargi. Avec la participation nucléaire, la coopération franchit désormais
Merz et Macron : exercice nucléaire et coopération | actualites360