Enhanced Games : le nouveau concours dopé de Las Vegas | actualites360
Les « Enhanced Games » de Las Vegas : le « stéroïd-Olympia » qui bouscule le sport mondial
Las Vegas, 24 mai 2026
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Summary
Dimanche, la première édition des « Enhanced Games » se tient à Las Vegas, une compétition où le dopage est non seulement autorisé, mais encouragé. Avec 25 millions de dollars de prix, l'événement financé par Peter Thiel et Donald Trump Jr. promet de repousser les limites humaines, sous le feu des critiques médicales et sportives.
Las Vegas, 24 mai 2026
Dimanche 24 mai 2026, la première édition des « Enhanced Games » se déroule à Las Vegas, une compétition controversée où le dopage est autorisé et même encouragé, avec à la clé des gains mirobolants.
Le concept, né dans l’esprit de l’entrepreneur australien Aron D’Souza, est simple : offrir une scène mondiale où les sportifs peuvent utiliser des substances améliorant la performance sans craindre les contrôles antidopage. « My body, my choice », répète D’Souza, empruntant un slogan féministe pour revendiquer la liberté individuelle des athlètes.
L’idée a germé fin 2022 dans une salle de sport de Miami, lorsque D’Souza, intrigué par la musculature d’un inconnu, découvre le recours aux stéroïdes. Refusant d’en prendre lui-même, il y voit une opportunité commerciale. Présentée au milliardaire Peter Thiel lors d’une soirée du Nouvel An, la réponse de ce dernier aurait été laconique : « Cool. »
Soutenu par Thiel et par le fonds de capital-risque de Donald Trump Jr., 1789 Capitol, D’Souza concrétise son projet. Une arène éphémère de 2 500 places, dont 900 en loges VIP, a été construite en quatre semaines au Resorts World Las Vegas pour un coût de 50 millions de dollars. La compétition, qui ne dure que trois heures, réunit plus de 40 athlètes venus du monde entier.
Un projet né d’une rencontre en salle de sport
Les épreuves sont minimales mais spectaculaires : en natation, 50 et 100 mètres nage libre et papillon ; en athlétisme, 100 mètres sprint et 100/110 mètres haies ; en force, un face-à-face de soulevé de terre (« strongman deadlift »). La piscine de 50 mètres à quatre couloirs et la piste de six couloirs ont été pensées pour l’efficacité.
La cagnotte totale atteint 25 millions de dollars, dont la moitié est directement reversée aux compétiteurs. Chaque épreuve individuelle est dotée de 500 000 dollars, avec 250 000 dollars pour le vainqueur. Si un record du monde est battu au 100 mètres sprint ou au 50 mètres nage libre, une prime d’un million de dollars s’ajoute. « So viel Geld gibt es bei den Enhanced Games für Athletinnen und Athleten », résume un document promotionnel.
Parmi les têtes d’affiche figurent le Texan Fred Kerley, champion du monde 2022 du 100 mètres, qui tentera de faire tomber le record d’Usain Bolt (9,58 secondes), ainsi que le nageur australien James Magnussen, ancien champion du monde, qui a déclaré vouloir « se remplir jusqu’aux branchies » de produits pour battre le 50 mètres nage libre. L’Allemand Marius Kusch, champion d’Europe 2019 du 100 mètres papillon en petit bassin, est également engagé.
Des primes qui font tourner les têtes
L’attrait principal est financier : comme l’a confié le Britannique Ben Proud à la BBC, « je devrais gagner des titres mondiaux pendant treize ans pour toucher ce que je peux gagner en une seule compétition aux Enhanced Games. » De nombreux participants estiment n’avoir jamais atteint la stabilité économique dans le sport traditionnel.
La préparation s’est déroulée au Sheikh Shakhbout Medical Center d’Abou Dhabi, sous supervision médicale. Selon les organisateurs, 91 % des athlètes ont reçu de la testostérone ou ses esters, 79 % de l’hormone de croissance humaine et 62 % des stimulants comme l’Adderall. Les substances, assurent-ils, sont approuvées par la FDA et prescrites par des médecins, dans le cadre de « protocoles entièrement personnalisés et d’une surveillance constante ».
Un cocktail de substances sous surveillance
Cette approche est vivement contestée. Aaron Baggish, professeur de médecine à l’Université de Lausanne, prévient : « FDA approval does not equate with safe use when the drug is not used the way the FDA has approved it. » Il souligne que des doses élevées de testostérone augmentent le risque de maladies cardiaques et juge le taux d’utilisation de testostérone « très inquiétant ».
Baggish, qui a refusé d’être médecin de l’événement, compare la surveillance à celle d’un fumeur de cigarettes : « That’s akin to me saying: If I’m a physician watching you smoke cigarettes, I can make smoking safe for you. » Le médecin anesthésiste Michael Joyner renchérit : « The question is: What is anybody trying to prove? » et rappelle les données historiques liant stéroïdes et décès prématurés de bodybuilders.
Face à ces critiques, Aron D’Souza maintient que les Enhanced Games visent à « réduire les risques liés aux pratiques non réglementées » et défend une approche « sûre, responsable et cliniquement supervisée ». Le financement du projet repose en partie sur la vente de ces mêmes produits à tout adulte, l’objectif affiché étant de « créer un processus sûr, réglementé, transparent et médicalisé ».
Les réactions du monde sportif sont unanimes. L’Agence mondiale antidopage (AMA), dans une déclaration commune, estime que « de telles substances peuvent avoir des conséquences graves à long terme – y compris le décès – et encourager leur utilisation est absolument irresponsable et immoral ». Le Comité international olympique parle d’une « trahison de tout ce que nous défendons ».
La levée de boucliers du sport mondial
Le patron de l’Agence antidopage américaine qualifie l’événement de « clown show dangereux qui place le profit avant les principes ». La Fédération internationale de médecine du sport juge l’encadrement médical « insuffisant ». En Allemagne, la NADA dénonce un « mirage dangereux », et le président de la Fédération allemande de natation, Jan Pommer, déclare : « Die Enhanced Games stehen diametral zu allem, wofür der Sport steht. »
Le nageur allemand Josha Salchow, recordman national du 100 mètres nage libre, y voit « un danger extrême pour le sport tel qu’on le connaît », car « les raisons et les valeurs pour lesquelles on fait du sport, pour lesquelles les enfants commencent, s’en trouvent déplacées ». Marius Kusch, lui, insiste sur le caractère distinct : « Ich sehe das als Entertainment. »
Au-delà du sport, les Enhanced Games s’inscrivent dans une idéologie transhumaniste portée par Peter Thiel et Christian Angermayer. Ce dernier, milliardaire allemand cofondateur d’une entreprise de biopharmacie, fait partie de la direction. Thiel, qui souhaite vivre 120 ans, investit massivement dans la longévité, tandis que D’Souza parle de « créer une nouvelle superhumanité » et de « mener l’humanité dans la prochaine ère ».
Une vision transhumaniste de l’humanité
Pour D’Souza, les interdictions antidopage sont comparables à une université qui dirait : « Nous autorisons la machine à écrire, mais pas l’ordinateur ». Les critiques ne l’ébranlent pas : il les attribue à la défense d’un « monopole fatigué et vieux » des fédérations et du CIO.
L’événement, diffusé en streaming dans cent millions de foyers américains et couvert par plus de deux cents journalistes, se veut un spectacle à la Super Bowl. Pourtant, l’intérêt des athlètes reste limité : initialement rêvé avec 500 participants et plusieurs disciplines, le projet a dû revoir ses ambitions à la baisse. L’action de la société Enhanced, cotée à New York, a perdu plus de 40 % de sa valeur depuis son émission.
Les organisateurs promettent déjà une édition future, prévue pour mai 2026, et l’arrivée de nouvelles disciplines et de visages connus. Mais pour le moment, le rendez-vous de Las Vegas ressemble à un test grandeur nature, à la fois scientifique et médiatique, dont les conséquences à long terme sur la santé des sportifs demeurent une inconnue. Comme le résume Aaron Baggish : « We have to be careful not to confuse short-term success with long term implications. »