Le Parlement hongrois destitue le président de la République Tamas Sulyok par une révision constitutionnelle
Budapest, 13 juillet 2026
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Summary
Le Parlement hongrois a adopté lundi une révision constitutionnelle d'envergure portée par le parti Tisza du Premier ministre Peter Magyar. Par 139 voix contre 6, le mandat du président Tamas Sulyok est notamment abrogé par une disposition individuelle dès l'entrée en vigueur de la réforme.
Budapest, 13 juillet 2026
Le Parlement hongrois a adopté lundi, grâce à la majorité des deux tiers du parti Tisza, une révision constitutionnelle d'envergure qui, entre autres, met fin au mandat du président Tamas Sulyok par une disposition finale.
Contexte de la révision constitutionnelle
L'Assemblée nationale de Budapest a adopté la proposition du Premier ministre Peter Magyar par 139 voix contre 6. Le groupe Fidesz de Viktor Orban a boycotté la séance ; son président de groupe, Gergely Gulyas, a démissionné de ses fonctions le jour même. Parmi les dispositions finales figure une phrase isolée qui met automatiquement fin au mandat du président de la République en exercice, Tamas Sulyok, dès l'entrée en vigueur de la réforme : « Am Tag nach der Inkraftsetzung der 17. Novelle des Grundgesetzes erlischt das Mandat des amtierenden Staatspräsidenten. »
La révision constitutionnelle, que Magyar lui-même qualifie d'« opération Purgatoire », va bien au-delà de la seule éviction de Sulyok. Elle introduit des limites de mandat pour les Premiers ministres, plafonnées à huit ans, qui doivent s'appliquer rétroactivement depuis 1990 en vertu de la dite « Lex Orban ». Les députés ne pourront eux aussi siéger au Parlement que douze ans au maximum – également avec effet rétroactif depuis la première élection libre de 1990. Selon plusieurs rapports, environ la moitié des actuels députés du groupe Fidesz, ainsi que le chef du parti Orban, ne seraient ainsi plus éligibles dans quatre ans.
La justification de Magyar : « opération Purgatoire »
Magyar a justifié le paquet de mesures, lors du débat parlementaire de lundi, par le mandat clair issu de l'élection : « Er habe mit dem überwältigenden Sieg ein Mandat zum Umbau dieses Systems, und dessen ‹Marionetten› hätten ihre Legitimität verloren. » Il a ajouté que ce serait « ein Verrat an die ungarische Nation, die Verfassung nicht anzutasten ». Il a dans le même temps annoncé que la présente modification était un ajustement unique, destiné à remédier à une « unhaltbare Situation ». Le gouvernement prévoit l'élaboration d'une Constitution entièrement nouvelle et largement soutenue.
Sulyok, juriste constitutionnaliste de 70 ans et proche d'Orban, n'avait été élu à la plus haute fonction de l'État en 2024 que par la majorité Fidesz ; il aurait dû, en principe, résider au palais Sándor, sur la colline du Château de Budapest, jusqu'en 2029. Il s'était déjà adressé la semaine précédente à la Commission de Venise du Conseil de l'Europe, dont une délégation était en visite à Budapest début juillet ; aucun avis n'a encore été rendu. Sulyok lui-même a écrit que la destitution d'un président en exercice pour des raisons purement politiques constituait « ein in Europa beispielloser Akt » et violait les garanties constitutionnelles protégeant l'autonomie de la fonction présidentielle.
Réactions : critiques d'Amnesty et du Fidesz
Des critiques sont également venues de sources indépendantes. L'organisation de défense des droits humains Amnesty International a déclaré que Sulyok avait droit à une procédure équitable. D'anciens responsables du Fidesz ont eux aussi exprimé des réserves. L'ancien ministre des Affaires européennes Janos Boka a reconnu, dans un entretien avec la presse hongroise à l'étranger, que son parti avait lui-même utilisé de manière « exzessiv » sa majorité de révision constitutionnelle au cours des seize dernières années, tout en mettant en garde contre une « staatliche Übernahme » en bloc. Le chef du groupe Fidesz, Gulyas, a qualifié sur Facebook la majorité Tisza de préparation « der schändlichsten Parlamentsentscheidung der letzten 36 Jahre ».
La révision constitutionnelle prévoit en outre la réintroduction d'une limite d'âge de 70 ans pour les juges de la Cour constitutionnelle, abolie en 2013. Le président de la Cour en exercice, Peter Polt – ancien responsable du Fidesz ayant atteint l'âge de 70 ans l'année dernière – est concerné et quittera ses fonctions début septembre. La disposition vise manifestement des fidèles d'Orban au sein du pouvoir judiciaire.
Conséquences sur la justice et la lutte contre la corruption
Le paquet prévoit également la création d'un office de recouvrement des avoirs, annoncé par Magyar dans pratiquement chacun de ses meetings de campagne, et qui devra traiter la corruption des dernières années. Cette nouvelle autorité donnera au gouvernement un instrument susceptible d'être mobilisé, entre autres, pour faire la lumière sur le patrimoine d'anciens membres du gouvernement et de responsables publics.
Sur le plan politique, Magyar dispose actuellement d'une assise stable. Le soutien au parti Tisza est passé de 53 à plus de 70 pour cent depuis l'élection. Le 1er juillet 2026, le chef du gouvernement écrivait sur Twitter : « It is both unprecedented and deeply encouraging that a genuine sense of national unity has emerged, with three out of four Hungarians supporting the work of the TISZA government to build a functioning and humane country. » La destitution de Sulyok recueille elle aussi une adhésion nette dans la population : près de 60 pour cent des citoyens l'approuvent, et une proportion encore plus importante, selon les sondages, souhaite qu'Orban soit traduit devant la justice.
État de l'opinion : un soutien supérieur à 70 pour cent
La suite concrète du processus de transition constitutionnelle dépend désormais de la prochaine décision de Sulyok. En Hongrie, une loi entre en vigueur dès qu'elle est contresignée par le président, lequel dispose de cinq jours pour le faire. Si Sulyok refuse de signer ou renvoie l'affaire devant la Cour constitutionnelle pour des questions de procédure, le groupe Tisza dispose de la majorité nécessaire pour engager une procédure de destitution (impeachment) à son encontre. Pendant cette procédure, les fonctions du président seraient suspendues et exercées par la présidente du Parlement, Ágnes Forsthoffer. Forsthoffer contresignerait alors la réforme constitutionnelle à la place de Sulyok ; le mandat du président en exercice prendrait fin le lendemain.
Magyar avait déjà annoncé ce scénario samedi dernier. Sur Facebook, il a écrit lundi qu'Orban avait donné l'ordre à Sulyok de ne pas signer la réforme. Quiconque participe à des « dunklen, verfassungswidrigen Handlungen » visant à bloquer la volonté populaire en assumera plus tard la responsabilité. Magyar avait dès la nuit de l'élection appelé Sulyok et d'autres hauts responsables de l'ère Orban à démissionner d'ici fin mai. La destitution de Sulyok figurait parmi les promesses électorales centrales du nouveau Premier ministre.
Prochaines étapes : la signature de Sulyok ou l'impeachment
Orban lui-même s'est montré combatif lundi. « Die nun in Ungarn herrschende Willkür müsse gestoppt werden », a-t-il déclaré, sans se rendre lui-même à la manifestation devant le palais Sándor. Le Fidesz avait appelé jeudi dernier à un rassemblement de soutien à Sulyok qui, selon les informations disponibles, a mobilisé quelques milliers de participants – la plus grande manifestation contre le nouveau gouvernement depuis l'élection. Avec l'adoption de la réforme lundi, la ligne de fracture politique entre le gouvernement et l'opposition se trouve désormais ancrée dans le droit constitutionnel.
Des observateurs considèrent qu'il s'agit du point culminant, pour l'heure, d'un bouleversement sans précédent. En décembre dernier encore, Orban – peu avant sa défaite électorale prévisible – avait fait adopter une disposition prévoyant que la Cour constitutionnelle devait statuer sur la destitution d'un président, un instrument qui pourrait désormais se retourner contre son propre candidat. Dans le même temps, une réforme antérieure avait exclu tout contrôle de fond des révisions constitutionnelles par la Cour : celle-ci ne peut plus contrôler que la procédure. La marge de manœuvre pour une correction judiciaire de la présente réforme s'en trouve limitée.
Niveau international : Commission de Venise et Conseil de l'Europe
Au niveau international, l'opération devrait faire des vagues. L'avis encore attendu de la Commission de Venise est attendu avec impatience, même si le Conseil de l'Europe a déjà critiqué à plusieurs reprises la ligne suivie par la Hongrie par le passé. Magyar avait souligné fin juin qu'il n'était « nicht angemessen, sich über den demokratischen Willen des Volkes und das Mandat hinwegzusetzen ». Reste à savoir si la voie désormais choisie – la destitution d'un président en exercice par une révision constitutionnelle adoptée à la majorité des deux tiers – résistera aux standards européens.
Pour Magyar, ce paquet de réformes constitue à ce jour le projet le plus important de son jeune gouvernement. Il condense en un seul vote la rupture avec l'ère Orban : limitation des mandats pour l'exécutif et le législatif, neutralisation de juges loyaux, traitement de la corruption et éviction d'un président considéré comme un symbole du régime précédent. Avec l'entrée en vigueur de la 17e révision de la « Loi fondamentale »
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