Woodstock, New York, 25 mai 2026

Sonny Rollins, saxophoniste ténor de légende et l'un des plus grands improvisateurs de l'histoire du jazz, est mort lundi 25 mai à son domicile de Woodstock, dans l'État de New York, à l'âge de 95 ans.

Un prodige précoce adoubé par Miles Davis

Né Theodore Walter Rollins en 1930 dans le quartier de Harlem à New York, il était le fils d'immigrés originaires des îles Vierges. Dès l'enfance, il prend des cours de piano, avant de se tourner vers le saxophone alto, puis de passer au ténor à seize ans après avoir découvert le jazz.

Son talent éclate au grand jour dès 1949 : à seulement dix-neuf ans, il enregistre en studio avec la chanteuse Babs Gonzales, puis avec le tromboniste J. J. Johnson, le pianiste Bud Powell et le batteur Art Blakey. Miles Davis le promeut rapidement comme le saxophoniste ténor le plus important de sa génération.

Son premier single sous son propre nom, « I Know », est d'ailleurs enregistré avec le groupe de Miles Davis. Plusieurs de ses compositions, comme « Airegin », « Doxy » et « Oleo », deviendront des standards du jazz, d'abord jouées aux côtés du trompettiste.

« Saxophone Colossus » et la renaissance

En 1956, alors qu'il vient de surmonter une addiction à l'héroïne, Sonny Rollins sort l'album qui lui vaudra son surnom : « Saxophone Colossus ». Enregistré à vingt-cinq ans avec Max Roach à la batterie, Doug Watkins à la contrebasse et Tommy Flanagan au piano, ce disque contient trois compositions originales – le calypso « St. Thomas », « Strode Rode » et le blues « Blue Seven » – ainsi que les standards « You Don't Know What Love Is » et la « Moritat » de Brecht et Weill.

Le critique du Jazz Journal de l'époque saluait sa capacité à « extraire la dernière once de sens d'une phrase particulière tirée de la mélodie d'une chanson ». L'album reste aujourd'hui l'un des piliers du jazz moderne.

Après ce succès, Rollins enchaîne avec deux autres enregistrements majeurs en trio (saxophone, contrebasse, batterie) : « Way Out West » en 1957 et « Freedom Suite » en 1958. Ce dernier exprime sa solidarité avec le mouvement des droits civiques, au point que le label Riverside en change temporairement le titre face à la controverse.

Le pont Williamsburg : deux ans de solitude créatrice

Pourtant, insatisfait de son propre jeu, il décide à l'été 1959 de s'isoler. Pendant plus de deux ans, il va s'entraîner quotidiennement, souvent quatorze à quinze heures par jour, sur la passerelle piétonne ventée du Williamsburg Bridge à New York, pour ne pas déranger ses voisins. « Ce qui m'a poussé à me retirer et à aller sur le pont, c'était ce que je ressentais à propos de mon propre jeu », expliquera-t-il au Guardian en 2022. « Je savais que je n'étais pas satisfait. »

Cette retraite aboutit en 1962 à l'album « The Bridge », titre directement inspiré de ces séances solitaires. Rollins y revient avec une maîtrise renouvelée et un son reconnaissable entre tous.