La Suisse restitue pour la première fois 18 bronzes du Bénin au Nigeria
Lagos, 29 juin 2026
MediaMOF / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0
Summary
La Suisse a officiellement remis pour la première fois 18 bronzes du Bénin au Nigeria. Elisabeth Baume-Schneider s'est rendue à Lagos pour procéder à la restitution au National Museum.
Lagos, 29 juin 2026
La Suisse a officiellement remis lundi à Lagos, pour la première fois, 18 bronzes du Bénin ainsi que d'autres biens culturels au Nigeria, près de 130 ans après que des troupes coloniales britanniques eurent pillé ces objets dans le palais du royaume du Bénin.
La cérémonie de remise à Lagos
La cérémonie officielle s'est déroulée au National Museum de Lagos. Au nom du gouvernement suisse, Elisabeth Baume-Schneider a remis les objets accompagnée de représentants et représentantes des musées concernés. C'est la première fois qu'une cheffe du Département fédéral de l'intérieur (DFI) – et donc une représentante de la Suisse – se rendait au Nigeria pour une telle occasion. Ce geste est considéré comme un symbole de la volonté croissante de la Suisse de se confronter à son passé colonial.
Outre les 18 bronzes du Bénin, la restitution comprenait un bracelet en bronze ainsi que quatre monolithes Ikom provenant du delta du Niger, qui avaient été saisis en Suisse dans le cadre de procédures pénales avant d'être transférés à l'État. Le Département fédéral de l'intérieur a précisé que les objets avaient été „im Rahmen strafrechtlicher Verfahren sichergestellt und in der Folge dem Staat übertragen worden". La liste des pièces restituées dépasse donc le cadre des seuls bronzes du Bénin.
Les institutions concernées
Les 18 bronzes proviennent de trois institutions : le Musée d'ethnographie de l'Université de Zurich, le Musée Rietberg à Zurich ainsi que le Musée d'ethnographie de Genève. Huit musées suisses s'étaient déjà regroupés en 2021 au sein de l'Initiative Bénin Suisse afin d'étudier ensemble la provenance de leurs collections. De ce travail de recherche, il est ressorti que tous les objets désormais restitués proviennent du palais de l'Oba à Benin City, pillé par des soldats britanniques en 1897.
Les mots prononcés lors de la cérémonie
Lors de la cérémonie, Hannatu Musa Musawa a parlé d'une restitution de „Beweisen einer Zivilisation, die den Bronzeguss bereits vor der Kolonisierung auf einem technisch, künstlerisch und äusserst raffiniertem Niveau beherrschte". Elisabeth Baume-Schneider a qualifié les objets de „Träger einer schmerzhaften Geschichte" – évoquant ainsi tant la violence de la domination coloniale que les siècles de dépouillement.
Le pillage de 1897
La restitution s'inscrit dans le contexte d'un raid mené en février 1897, lorsque des troupes coloniales britanniques sous le commandement du général Harry Rawson ont pris d'assaut et systématiquement pillé le palais de l'Oba à Benin City. Des milliers d'œuvres d'art – parmi lesquelles des sculptures en ivoire, des reliefs en bronze, des figurines et des bijoux – ont alors rejoint le marché international de l'art et se sont dispersées dans le monde entier à travers des ventes aux enchères, des musées et des collections privées. La magnificence de cette collection est considérée à ce jour comme un symbole de la maturité artistique du royaume du Bénin.
Les restitutions dans le monde
Avec cette restitution, la Suisse rejoint une liste croissante d'institutions européennes et nord-américaines qui ont restitué des bronzes du Bénin ces dernières années. En 2021, le Metropolitan Museum of Art de New York a rendu deux bronzes au Nigeria ; la même année, la France a remis 26 objets au Bénin – statues, sièges de trône, portes de palais et objets religieux. Les universités de Cambridge et d'Aberdeen ont emboîté le pas à l'automne 2021 avec d'autres restitutions. En 2022, le Smithsonian aux États-Unis s'est engagé à restituer 36 bronzes au Nigeria. En 2025, les Pays-Bas ont décidé de restituer plus d'une centaine de bronzes du Bénin au Nigeria.
Question ouverte : où placer les bronzes ?
Mais la restitution officielle n'est qu'un premier pas. Le Nigeria mène déjà depuis les années 1970 d'intenses efforts en matière de restitutions et de prêts de longue durée. À l'intérieur du pays, un débat oppose ceux qui souhaitent installer les pièces retournées dans des musées nationaux et ceux qui préfèrent les confier à la garde des descendants de l'Oba. Muhammadu Buhari a conclu en 2023 un accord sur la restitution, malgré l'opposition de représentants des musées nigérians. La question de la destination finale des bronzes reste donc ouverte.
Le Benin Dialogue Group, fondé en 2008, avait pour objectif de réunir autour d'une même table des représentants de musées, le gouvernement nigérian et la maison royale du Bénin afin de négocier l'avenir de ces œuvres autrefois spoliées. De ce processus a découlé en 2021, en Allemagne, une feuille de route pour la restitution des œuvres au Nigeria ; l'Allemagne s'est engagée à procéder à des premières restitutions au cours de l'année 2022. L'État allemand a soutenu l'entreprise à hauteur de 8,7 millions d'euros ; le coût total est estimé à quelque 25 millions de dollars. Le Weltmuseum de Vienne, qui détient avec 202 objets du Bénin le deuxième fonds mondial – juste derrière le National Museum du Bénin lui-même –, a également participé très tôt à un groupe de dialogue international et a contribué à mettre en place une base de données en ligne recensant tous les objets du Bénin connus.
À lui seul, le Metropolitan Museum of Art possède ou a possédé quelque 160 œuvres d'art provenant du royaume du Bénin ; le Museum für Völkerkunde de Vienne constitue, avec 202 objets, le deuxième site au monde. Les revendications de restitution de la cour du Bénin remontent aux années 1930, mais sont restées largement vaines pendant des décennies – le Royaume-Uni n'en a renvoyé qu'un petit nombre de pièces. Ce n'est qu'avec la vague de restitutions lancée en 2021 que cette attitude a fondamentalement changé. L'Autriche a également mis en place en 2022 un organe international et interdisciplinaire chargé d'élaborer des directives pour le traitement des objets issus de contextes coloniaux dans les musées fédéraux.
Un crâne, un palais, une histoire
Le voyage désormais entrepris par une pièce emblématique illustre l'ampleur de la perte : le crâne d'ancêtre, d'environ cinq kilogrammes et mesurant 52 centimètres, observe le monde avec une sévérité stoïque. Il a été volé en 1897 par des soldats britanniques et a rejoint la Suisse par des chemins détournés. Ce lundi, après près de 130 ans, il est rentré chez lui. Elisabeth Baume-Schneider s'est rendue spécialement au Nigeria – ce pays sur le territoire duquel se trouvait autrefois le royaume du Bénin – pour remettre le crâne ainsi que 17 autres objets spoliés.
Une chose est claire : ce que la restitution ne pourra pas reconstituer, c'est la composition rigoureusement pensée des sanctuaires d'ancêtres dans le palais de l'Oba détruit en 1897. Du point de vue des descendants d'esclaves africains, les victimes du raid de 1897 sont aussi autre chose : ils sont en même temps considérés comme des acteurs, étroitement liés au commerce transatlantique des êtres humains. Ce double poids historique – avoir été spoliés et être en même temps pris dans la logique de la violence coloniale – rend politiquement délicate la discussion sur le devenir des bronzes.
Des observatrices et observateurs voient également dans le geste suisse un signal envoyé à d'autres collections. Comme les musées ne font souvent que gérer les objets, la propriété appartenant à l'État concerné, une décision politique est dans de nombreux cas nécessaire pour permettre les restitutions. La Suisse a désormais emprunté cette voie pour la première fois – en personne, à Lagos. Le voyage dans le chaos de la circulation et auprès de plus de 20 millions d'habitants de Lagos est devenu anecdotique ; au centre se trouvaient 18 biens culturels lourds, très anciens et controversés, qui ont pu rentrer chez eux.
Avec cette restitution, la vie culturelle gagne aussi du terrain à Lagos. La partie suisse soutient ainsi des projets tels que „Writing Poets" – un programme de mentorat pour 13 auteurs et autrices nigérians. De telles initiatives modifient elles aussi le regard porté sur la relation entre les deux pays : loin d'un acte unique de réparation, vers un partenariat à plus long terme. La Suisse conçoit explicitement cette restitution non pas comme un point final, mais comme une part d'un travail plus large d'élucidation des imbrications coloniales.
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