Kosovo: troisième élection législative en 16 mois sur fond de crise politique
Pristina, 07 juin 2026
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Summary
Le Kosovo a ouvert ses bureaux de vote dimanche pour la troisième fois en 16 mois, après l'échec du parlement à élire un nouveau chef de l'État dans les délais. Le parti de gauche Vetëvendosje du Premier ministre Albin Kurti part favori, mais aucune majorité gouvernementale ne s'est dégagée lors des précédents scrutins.
Pristina, 07 juin 2026
Les Kosovars se sont rendus aux urnes dimanche pour la troisième élection législative en 16 mois, dans un pays en pleine crise politique où gouvernement et opposition se bloquent depuis des mois.
Ce scrutin, le troisième en un peu plus d'un an, intervient après l'échec du parlement à élire un nouveau président dans les délais impartis. Le Kosovo, ancienne province serbe, avait déclaré son indépendance en 2008, près d'une décennie après la guerre du Kosovo. La Serbie n'a cependant jamais reconnu cette indépendance, et le pays n'est toujours considéré par l'Union européenne que comme un candidat « potentiel » à l'adhésion, en raison précisément de ce conflit non résolu.
Un scrutin décisif dans un pays sans président
Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 7 heures (heure d'Europe centrale) et doivent les fermer à 19 heures. Les premiers sondages de sortie des urnes et les premières projections étaient attendus à la fermeture des bureaux de vote, vers 19 heures. Des estimations plus fiables étaient attendues dans les deux à trois heures suivantes, selon les informations diffusées par Deutschlandfunk et relayées par le correspondant de l'ARD à Vienne, David Freches, depuis Pristina.
Le parti de gauche au pouvoir, Vetëvendosje (« Autodétermination »), dirigé par le Premier ministre Albin Kurti, est le grand favori de ce nouveau scrutin. Vetëvendosje a remporté les trois précédentes élections législatives et était arrivé en tête lors des deux dernières échéances de l'année précédente. Lors de l'élection de décembre, le parti avait obtenu 51 % des voix et, avec le soutien des représentants des minorités non serbes, disposait de 66 sièges sur 120, soit une majorité absolue au parlement.
Lors de son dernier meeting de campagne, Albin Kurti a déclaré qu'il souhaitait un résultat supérieur à celui de décembre. « Kurti selbst hat beim Wahlkampffinale gesagt, er wünscht sich ein Ergebnis, das besser ausfällt als im Dezember », a rapporté Deutschlandfunk.
Vetëvendosje grand favori mais sans majorité de blocage
Mais cette majorité n'a pas suffi pour sortir le pays de l'impasse. Pour élire le président de la République, un quorum des deux tiers des députés — soit 80 des 120 parlementaires — est requis, un seuil que le gouvernement de Kurti ne pouvait pas atteindre seul. L'opposition a boycotté la session, empêchant le quorum d'être atteint et bloquant toute élection d'un nouveau chef de l'État. Une nouvelle session a également échoué, rendant la convocation de nouvelles élections inévitable.
L'impasse politique a plongé le pays dans une longue période de blocage. En 2025, le Kosovo est resté de longs mois sans parlement fonctionnel. Après la fin du mandat quinquennal de la présidente Vjosa Osmani, le pays a également été pendant plusieurs semaines sans chef de l'État. La constitution d'un gouvernement n'a pas non plus abouti après la précédente élection.
L'opposition accuse le Premier ministre de refuser de former des coalitions. « Die Opposition wirft Kurti vor, sich Koalitionen zu verweigern », a rapporté Deutschlandfunk. Les partis d'opposition espèrent que Vetëvendosje obtienne un score nettement inférieur cette fois-ci, ce qui contraindrait le parti à coopérer avec d'autres formations. Au scrutin de décembre, le Parti démocratique (PDK) avait obtenu 20 % des voix et la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) 13 %.
Le rôle clé de Vjosa Osmani dans l'opposition
Pour Konrad Clewing, historien à l'Institut Leibniz d'études sur l'Europe de l'Est et du Sud-Est (IOS) en Allemagne, Vetëvendosje est un parti idéologique dont la structure est taillée sur mesure pour son chef. Le succès de décembre, a-t-il estimé, a renforcé « Nichtneigung zu Kompromissen » — la « réticence à compromettre » — de Kurti. Il a ajouté que le calcul du parti en provoquant des élections anticipées visait à étendre encore sa part du scrutin, « Kalkül von VV sei mit der vorgezogenen Wahl gewesen, ihren Stimmenanteil noch weiter auszubauen, erklärte Clewing ». Il a toutefois spéculé qu'en cas de pertes électorales, le parti pourrait devenir plus enclin au compromis.
Le contexte électoral est marqué par l'absence de chef de l'État. La présidente sortante Vjosa Osmani, qui aurait pu briguer un second mandat, ne bénéficie pas du soutien de Kurti, contrairement à des assurances antérieures. Kurti a justifié ce refus en expliquant qu'avec 66 sièges, il ne disposait pas de la majorité nécessaire pour la faire élire. Osmani a quitté la LDK en 2020 pour fonder le petit parti de centre-droit Guxo, qui s'était allié à Vetëvendosje. Elle est aujourd'hui retournée à la LDK et se présente pour ce parti d'opposition dans le cadre de l'élection anticipée.
Pour Naim Rashiti, du Balkans Policy Research Group, la relation entre Kurti et Osmani ressemblait davantage à une « Ad-hoc-Wahlallianz » — une alliance électorale de circonstance — qu'à un véritable partenariat. Selon lui, les deux dirigeants sont ambitieux et compétitifs, partageant certains points d'accord en politique intérieure mais divergeant sur la politique étrangère. Pour Donika Emini, spécialiste du Kosovo à l'Université de Graz, Osmani est l'une des rares figures susceptibles de défier la domination de Kurti dans un paysage d'opposition fragmenté : « In einem fragmentierten Oppositionsumfeld ist sie eine der wenigen Figuren, die realistisch Kurtis Dominanz herausfordern und das Wettbewerbsgleichgewicht verschieben könnten », a-t-elle déclaré au portail European Western Balkans.
Au total, 22 partis, trois alliances, une association de citoyens et un candidat indépendant sont en lice dimanche. Un précédent blocage de plusieurs mois avait déjà suivi la victoire de Vetëvendosje en février 2025, où aucune coalition n'avait pu être formée.
L'enjeu des fonds européens
Le scrutin intervient dans un contexte de vives tensions concernant le financement européen. La commissaire européenne à l'Élargissement, Marta Kos, a récemment mis en garde contre la perte des fonds européens promis au Kosovo, qui s'élèvent à 880 millions d'euros d'ici 2027. « Der Kosovo braucht dringend eine voll handlungsfähige Regierung, ein solides Parlament und einen ordnungsgemäß gewählten Präsidenten », a-t-elle déclaré, avertissant que le pays a besoin d'urgence d'un gouvernement pleinement opérationnel.
Le politiste Arben Fetoshi, de l'Université de Pristina, a estimé auprès de la Deutsche Welle que la situation de blocage ne pouvait être comprise sans prendre en compte l'attitude de la Serbie. Il a accusé Belgrade de mener une « hybride Einmischung im Kosovo – insbesondere bei Wahlen » — une ingérence hybride au Kosovo, notamment lors des élections — visant à contrôler la représentation de la communauté serbe pour continuer à l'utiliser comme un instrument contre le Kosovo. Konrad Clewing a de son côté relevé que la Serbie n'a pas abandonné son approche révisionniste, incluant la non-reconnaissance d'un Kosovo indépendant.
Kurti a tenté de repousser l'influence serbe dans le nord du Kosovo et de démanteler les institutions parallèles informelles qui s'y sont développées. Cette politique lui a valu une popularité accrue au sein de la population albanophone du Kosovo, mais a aliéné les partenaires occidentaux, qui réclament davantage d'autonomie pour la partie serbe du pays. Aleksandar Sljuka, de l'ONG New Social Initiative du nord du Kosovo, a par ailleurs analysé qu'une part importante du bon résultat de Vetëvendosje en décembre était imputable à la diaspora kosovare, qui s'était déplacée pour voter pendant les vacances de Noël.
Le poids de la Serbie dans la crise
La note alarmiste de Marta Kos souligne l'urgence pour le pays de sortir de l'impasse institutionnelle. Le risque de perdre une partie des 880 millions d'euros de fonds européens d'ici 2027 met une pression supplémentaire sur les acteurs politiques kosovars, sommés de former un gouvernement fonctionnel et d'élire un président dans les meilleurs délais.
Pour Konrad Clewing, l'absence de compromis de la part de Kurti n'est pas seulement un trait de caractère, mais aussi le reflet d'un parti dont la structure est entièrement centrée sur son chef. Cette organisation, combinée à une base électorale fidèle, explique en partie pourquoi le blocage persiste malgré la multiplication des scrutins. L'historien a toutefois laissé entendre qu'un résultat décevant pour Vetëvendosje dimanche pourrait modifier la donne et rendre le parti plus disposé à négocier.
L'enjeu de cette troisième consultation en 16 mois dépasse la seule question de l'élection législative. Il s'agit aussi de déterminer si le Kosovo parviendra à se doter d'institutions pleinement fonctionnelles — un gouvernement stable, un parlement opérationnel et un président élu — condition jugée indispensable par Bruxelles pour la poursuite du soutien financier et la crédibilité de la candidature kosovare à l'adhésion européenne.
Le scrutin de dimanche n'apporte, en lui-même, pas de garantie de dénouement. Vetëvendosje, favori, devra convaincre au-delà de sa base et, le cas échéant, accepter des compromis avec au moins un grand parti d'opposition pour former une majorité gouvernementale. À défaut, le pays pourrait s'enfoncer dans un nouveau cycle de blocage et d'élections sans fin, avec à la clé la perspective d'une perte partielle de l'aide européenne et d'un isonnement diplomatique accru.
Questions & Réponses
Pourquoi le Kosovo organise-t-il une troisième élection législative en 16 mois ?
Le scrutin anticipé a été convoqué après l'échec du parlement à élire un nouveau président dans les délais requis. L'opposition a boycotté la session, empêchant le quorum de 80 députés sur 120 d'être atteint.
Quel est le résultat attendu pour le parti Vetëvendosje d'Albin Kurti ?
Vetëvendosje, arrivé en tête des trois précédentes élections législatives et crédité de 51 % des voix en décembre, est le grand favori du scrutin. Kurti a déclaré souhaiter un résultat supérieur à celui de décembre.
Quel risque financier le Kosovo encourt-il en cas de blocage politique prolongé ?
La commissaire européenne à l'Élargissement Marta Kos a averti que le Kosovo pourrait perdre une partie des 880 millions d'euros de fonds européens promis d'ici 2027 si le pays ne se dote pas d'un gouvernement pleinement opérationnel.
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