Les électeurs de Hambourg ont rejeté dimanche la candidature de leur ville aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2036, 2040 ou 2044, avec 54,9 % de voix contre. Ce second refus en une décennie élimine la cité hanséatique de la course nationale, laissant Munich, la région Rhin-Ruhr et Berlin en lice.
Hambourg, 31 mai 2026
Les citoyens de Hambourg ont rejeté dimanche, lors d'un référendum, la candidature de leur ville à l'organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2036, 2040 ou 2044, avec 54,9 % des voix contre le projet.
Le verdict des urnes est tombé en début de soirée, annoncé par le directeur du scrutin régional Oliver Rudolf. Sur les quelque 652 000 suffrages exprimés, 357 911 électeurs se sont prononcés contre la candidature olympique, tandis que 293 819 ont voté en faveur du projet porté par le Sénat rouge-vert dirigé par le premier maire Peter Tschentscher (SPD). La participation s'est établie à 49,5 %, un chiffre légèrement inférieur aux 50,2 % enregistrés lors du précédent référendum de novembre 2015, qui avait déjà vu les Hambourgeois rejeter une candidature pour les Jeux de 2024.
Un retrait qui rebat les cartes de la course nationale
Le résultat est sans appel et met fin aux ambitions olympiques de la cité hanséatique pour la prochaine décennie. Dès l'annonce des chiffres définitifs, Peter Tschentscher a informé le président de la Confédération allemande des sports olympiques (DOSB) que Hambourg retirait sa candidature. « Le vote contre la candidature est contraignant pour le Sénat. Je regrette la décision, mais je viens d'informer le président du DOSB que Hambourg ne maintiendra pas sa candidature aux Jeux Olympiques et Paralympiques », a déclaré le premier maire.
La DOSB doit désigner le 26 septembre prochain la ville qui portera les couleurs allemandes dans la procédure de sélection internationale. Avec le retrait de Hambourg, ils ne sont plus que trois prétendants en lice : Munich, la région Rhin-Ruhr avec Cologne comme centre, et Berlin. La capitale fédérale a contourné la voie référendaire pour des raisons constitutionnelles, sa Chambre des députés ayant approuvé la candidature par un vote majoritaire le 21 mai dernier.
Le résultat hambourgeois contraste fortement avec les autres consultations locales. À Munich et dans la région Rhin-Ruhr, environ 66 % des votants s'étaient prononcés en faveur d'une candidature. À Kiel, ville pressentie pour accueillir les épreuves de voile en cas de succès de Hambourg, le référendum du 19 avril avait même donné une majorité de 63,5 % en faveur du projet.
La frustration du mouvement sportif et des villes partenaires
Le directeur général de la DOSB, Otto Fricke, n'a pas caché sa déception face à ce qu'il considère comme un échec dans un processus par ailleurs largement favorable. « Pour nous, c'est un peu frustrant après 19 résultats positifs (référendums à Munich, en NRW et à Kiel ; ndlr) que Hambourg ait dit démocratiquement : non, nous ne voulons pas de cela dans notre ville. Mais cela fait partie du jeu. Cela fait aussi partie de notre procédure transparente », a-t-il réagi.
La vice-présidente de la Fédération sportive du Schleswig-Holstein et championne olympique d'aviron, Meike Evers-Rölver, a pris acte du verdict tout en gardant espoir pour la suite. « Il est vraiment dommage que les Hambourgeois aient de nouveau voté contre les Jeux Olympiques. Mais c'est un processus démocratique et nous devons l'accepter. Pour Kiel, cela signifie désormais que nous devons espérer Munich ou Rhin-Ruhr. Nous ne sommes pas encore hors course », a-t-elle déclaré.
Le camp du « Non » a célébré une victoire qu'il juge être celle de la lucidité face à un projet dispendieux. Eckart Maudrich, porte-parole de l'initiative NOlympia, a livré une analyse cinglante des raisons de ce rejet. « La joie est grande, mais nous voyons en même temps la déchirure d'une ville. Les règles du CIO ne sont pas en faveur du sport, mais en faveur d'un prélèvement. Elles prennent plus qu'elles ne donnent. En ce qui concerne les finances, le tableau était très, très biaisé. C'était certainement une raison essentielle », a-t-il expliqué.
Les opposants dénoncent l'opacité financière et le modèle du CIO
M. Maudrich a également estimé que la campagne de communication massive des partisans du projet n'avait pas réussi à tromper la vigilance des citoyens. « Ce résultat montre : les Hambourgeoises et les Hambourgeois aiment leur ville et ne se laissent pas mener en bateau par une campagne publicitaire d'un million d'euros », a-t-il ajouté.
Du côté des milieux économiques, la déception était à la mesure des espoirs placés dans l'événement planétaire. Norbert Aust, président de la Chambre de commerce de Hambourg, a déploré une occasion manquée pour le rayonnement de la métropole. « Nous restons convaincus que les Jeux Olympiques et Paralympiques auraient offert de grandes chances pour la visibilité internationale, le développement économique et les infrastructures de Hambourg », a-t-il affirmé.
Le président de la Chambre des métiers, Hjalmar Stemmann, a estimé que la ville avait laissé passer une chance de se surpasser. « Nous sommes convaincus que Hambourg aurait eu une position forte dans la compétition des villes candidates. Notre ville a aujourd'hui manqué une occasion de se dépasser », a-t-il regretté.
Le monde économique déplore un « signal amer »
Le président de l'association patronale AGA, Hans Fabian Kruse, a quant à lui souligné le caractère isolé du vote hambourgeois dans le paysage allemand. « Les Jeux Olympiques et Paralympiques auraient pu donner à notre ville des impulsions décisives pour l'avenir. Que Hambourg soit la seule ville candidate où la population s'est prononcée contre les Jeux Olympiques est un signal amer », a-t-il déclaré.
Le premier maire Peter Tschentscher, qui s'était personnellement beaucoup investi dans la campagne en sillonnant la ville depuis le mois de mars pour promouvoir le concept de « Jeux de courtes distances » avec des sites existants ou temporaires, a reconnu la défaite avec gravité. « De nombreux citoyens qui se réjouissaient des Jeux sont déçus par le résultat du référendum. Moi aussi, je regrette profondément ce vote, mais je remercie tous ceux qui ont soutenu l'objectif de faire venir les Jeux à Hambourg », a-t-il déclaré.
Le sénateur aux Sports Andy Grote (SPD) a tenté de trouver une lueur d'espoir dans cet échec, promettant de capitaliser sur l'énergie déployée. « D'innombrables personnes engagées dans toute la société urbaine se sont battues avec passion pour les Jeux Olympiques et Paralympiques et pour cette grande chance pour Hambourg. Mais au final, cela n'a pas suffi. Nous voulons néanmoins utiliser l'énorme énergie positive des dernières semaines et des derniers mois pour mettre en œuvre des projets importants issus du concept de candidature, en particulier pour la promotion de l'activité physique des enfants et des jeunes », a-t-il indiqué.
La classe politique partagée entre résignation et espoirs reportés
Le chef du groupe SPD au Parlement régional, Dirk Kienscherf, a réaffirmé le respect de la décision populaire tout en exprimant une pointe d'envie envers les autres candidats. « Nous avons toujours dit : 'Les citoyens doivent décider. C'est une offre faite à la ville.' Et la ville est en train de décider. Qu'elle dise oui ou non, nous l'acceptons. Ensuite, nous continuerons à travailler. C'est une chance pour Hambourg et il serait triste que nous devions maintenant regarder vers Munich et constater à quel point de tels Jeux Olympiques se déroulent bien », a-t-il déclaré.
La championne olympique de beach-volley Laura Ludwig, médaillée d'or à Rio en 2016, a fait contre mauvaise fortune bon cœur en comparant la situation au sport de haut niveau. « Cela me surprend. Je suis venue ici extrêmement positive. Mais nous allons devoir l'accepter. Quand je regarde les chiffres maintenant : cela ne va plus basculer du côté positif. Et comme dans le sport : nous devons accepter les défaites », a-t-elle réagi.
Le ministre-président du Schleswig-Holstein, Daniel Günther (CDU), dont le Land voisin espérait profiter des retombées via le site de voile de Kiel, a également pris acte du résultat. « Naturellement, nous nous serions beaucoup réjouis de Jeux Olympiques et Paralympiques à Hambourg. Hambourg aurait pu organiser, avec Kiel, des Jeux maritimes formidables et ouverts sur le monde », a-t-il déclaré, tout en soulignant que « le référendum était un processus démocratique, et le vote de la majorité doit être accepté. »
Le premier maire Tschentscher a enfin tenu à rassurer sur la poursuite des grands projets urbains, même sans l'impulsion olympique. « Nous savions, depuis le précédent référendum, que le scepticisme envers les Jeux Olympiques est plus grand à Hambourg que dans beaucoup d'autres villes. Nous avons néanmoins décidé de nous lancer, car les Jeux Olympiques et Paralympiques, dans les conditions actuelles, représentent une grande chance pour tous. Nous poursuivrons avec toute notre énergie nos objectifs de développement urbain et la réalisation des grands projets d'infrastructure, pour lesquels nous avons besoin du soutien du gouvernement fédéral, désormais aussi sans les Jeux Olympiques », a-t-il conclu.
Questions & Réponses
Pourquoi la candidature olympique de Hambourg a-t-elle été rejetée ?
Les électeurs hambourgeois ont voté à 54,9 % contre le projet lors d'un référendum le 31 mai 2026. Les opposants ont principalement mis en avant les risques financiers jugés incalculables, la pression sur les loyers et l'absence de réforme profonde du Comité International Olympique.
Quelles sont les conséquences immédiates de ce référendum pour la DOSB ?
Hambourg est éliminée de la course à l'investiture nationale. La DOSB, qui doit choisir le 26 septembre 2026, ne conserve plus que trois candidats : Munich, la région Rhin-Ruhr avec Cologne, et Berlin.
Comment le résultat de Hambourg se compare-t-il à celui des autres villes allemandes ?
Le vote hambourgeois est isolé : à Munich et dans la région Rhin-Ruhr, environ 66 % des votants s'étaient prononcés en faveur d'une candidature, et à Kiel, 63,5 % avaient voté pour. Berlin a évité le référendum, sa candidature ayant été approuvée par un vote parlementaire.