PARIS, 27 mai 2026
Le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre et le président français Emmanuel Macron ont convenu d'une clause de défense mutuelle plaçant la Norvège sous le parapluie nucléaire français, a-t-on appris mardi à l'issue d'une rencontre à Paris.
Cette décision historique intervient dans un contexte de préoccupations croissantes en Europe concernant la fiabilité à long terme de la protection américaine. Plusieurs gouvernements européens craignent de ne plus pouvoir compter pleinement sur les États-Unis, en particulier sous l'administration de Donald Trump, mais potentiellement aussi sous de futurs présidents. L'administration Trump n'a, jusqu'à présent, pas remis en question l'engagement américain de maintenir son propre parapluie nucléaire pour l'Europe.
La Norvège, qui partage une frontière avec la Russie dans le Grand Nord, fait face à des tensions multiples avec Moscou. Des désaccords persistent concernant les ambitions russes au Svalbard (Spitzberg), tandis qu'une présence accrue de navires russes aux intentions jugées peu claires et pas toujours bénignes est signalée dans et à proximité des eaux territoriales norvégiennes.
Le rôle unique de la France en Europe
Depuis le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne en 2020, la France est la seule puissance nucléaire restante au sein de l'UE. Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), le pays possède 290 des quelque 12 200 armes nucléaires recensées dans le monde, ce qui en fait la quatrième puissance atomique derrière la Russie, les États-Unis et la Chine.
Face aux incertitudes géopolitiques, Emmanuel Macron avait annoncé début mars un renforcement de la dissuasion nucléaire française et son extension potentielle à des alliés européens. Le président français a offert d'« européaniser » partiellement la force de dissuasion tricolore, une proposition qui suscite un intérêt croissant. La Pologne, la Lituanie et d'autres pays se sont déjà dits intéressés par des discussions sur ce sujet.
Il est toutefois crucial de noter qu'un bouclier nucléaire français à l'échelle européenne n'existe pas à l'heure actuelle. La doctrine française reste inchangée sur un point fondamental : le président français décide seul de l'emploi des armes nucléaires, et la France entend conserver cette prérogative exclusive.
Un basculement stratégique pour Oslo
L'accord marque un réalignement notable pour la Norvège, qui a toujours été l'un des plus proches alliés des États-Unis au sein de l'OTAN. Ce rapprochement avec la dissuasion française souligne une diversification des garanties de sécurité recherchée par Oslo, dans un environnement stratégique qu'elle perçoit comme plus menaçant et incertain.
Le contexte bilatéral avec Washington a également connu des tensions inédites. L'ancien président Donald Trump a fait pression sur le gouvernement norvégien pour que lui soit décerné le prix Nobel de la paix, une demande d'autant plus singulière que le gouvernement norvégien n'est pas responsable de l'attribution de cette récompense.
L'évolution de la position norvégienne s'inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation des stratégies de défense sur le continent. L'Allemagne, qui avait longtemps explicitement rejeté l'idée, ne refuse désormais plus de participer aux discussions sur une dissuasion nucléaire européenne.
