Enquête du « Spiegel » : la densité d'anciens nazis au sein de la direction initiale du FPÖ dépasse les estimations connues
Vienne, 17 juillet 2026
AI-generated image (z-image via Kie.ai)
Summary
Une enquête du magazine allemand « Der Spiegel », fondée sur la fiche-matricule de la NSDAP publiée par les Archives nationales américaines, révèle que la direction du FPÖ dans ses premières années comptait encore plus d'anciens membres du parti nazi qu'on ne le pensait. Les quatre membres du « Proponentenkomitee » qui ont provisoirement dirigé le parti à sa fondation figurent tous dans ce fichier.
Vienne, 17 juillet 2026
Une enquête publiée par l'hebdomadaire allemand « Der Spiegel » et fondée sur la fiche-matricule de la NSDAP diffusée par les Archives nationales américaines établit que la direction du Parti autrichien de la liberté (FPÖ) durant ses premières années d'existence était composée, dans une proportion jusqu'ici sous-estimée, d'anciens membres du parti nazi.
Le fichier de la NSDAP passé au crible
Selon les recherches relayées par « Der Spiegel », tous les quatre membres du « Proponentenkomitee », c'est-à-dire le comité qui a dirigé provisoirement le FPÖ après la fondation du parti le 3 [date de 1955/1956 mentionnée par le magazine], apparaissent dans le fichier des anciens membres de la NSDAP. Le « Spiegel » écrit que la densité d'anciens adhérents du parti nazi dans les premières années du FPÖ était plus élevée que ce que l'on savait jusqu'ici. L'hebdomadaire souligne également que le quatuor qui prit les rênes du parti après le premier congrès fédéral, en avril 1956, présentait le même profil.
Le premier dirigeant régulièrement élu du FPÖ, Anton Reinthaller, avait officié comme ministre du régime nazi lors de l'annexion de l'Autriche en 1938. Dans une lettre, il se qualifiait encore de « national-socialiste » après avoir pris la tête du FPÖ. À un compagnon de route, il aurait résumé ses conditions d'engagement par la formule : « Premièrement l'argent, deuxièmement le pouvoir, troisièmement le mandat ». Reinthaller confia par ailleurs à ses affidés : « Je suis fait pour la politique de la démocratie comme le hérisson pour s'essuyer le c… »
Anton Reinthaller et Friedrich Peter : deux figures de la première heure
Le second président du parti, Friedrich Peter, fondateur du FPÖ en 1955 et élu à la tête du mouvement en 1956, expliqua plus tard que l'on s'était mis d'accord sur le nom de « Freiheitlich » parce que ni la désignation « national » ni « libéral » ne convenait à elle seule comme terme générique. Peter ne mâchait pas ses mots à l'égard des milieux d'étudiants affiliés à des corporations nationalistes : « Rien ne m'est plus désagréable que ce club folklorique en costumes traditionnels », lançait-il. Le choix d'un vocabulaire euphémisant pour le parti s'inscrivait ainsi dans une stratégie de présentation publique distincte du profil effectif de ses cadres.
L'enquête du « Spiegel » fragilise directement le rapport historique présenté en 2019 par le FPÖ lui-même. Plusieurs cadres y figurant présentés comme « non partisans » — voire totalement absents du document — réapparaissent dans la fiche de la NSDAP. C'est notamment le cas de l'ancien chef régional du FPÖ en Styrie, Alexander Götz senior, qui avait adhéré au parti nazi dès 1933, ainsi que de la future responsable fédérale des femmes du FPÖ, Wilma Jobst, mentionnée nulle part dans le rapport de 2019 bien qu'elle ait rejoint la NSDAP en 1938.
Le rapport historique du FPÖ de 2019 mis en cause
L'ancien chef du comité de fondation du FPÖ, Franz Rainer, figure également dans le fichier, où il est entré peu après l'Anschluss. Pour Götz comme pour Rainer, l'appartenance passée à la NSDAP n'est pas évoquée dans le rapport de 2019 ; à un endroit, les deux hommes sont même qualifiés d'« impartiaux ». Le « Spiegel » résume la démarche du fichier en parlant d'une « mine d'or » en ce qui concerne l'Autriche et le FPÖ.
Les fiches, qui couvrent quelque douze millions de cartes émises par la NSDAP, ont été rendues publiques par les Archives nationales américaines. Les fichiers correspondants ont été téléchargés, lus à l'aide de l'intelligence artificielle et versés dans une base de données exploitable. Cette masse documentaire permet désormais des croisements systématiques avec les biographies des fondateurs et des premiers cadres du FPÖ, alors que la simple consultation était jusqu'alors dissuasive.
L'historienne Margit Reiter, professeure à l'Université de Salzbourg, avait publié en 2019 un premier travail scientifique de grande ampleur sur la phase fondatrice du FPÖ. Interrogée par le « Spiegel », elle résume son diagnostic en une phrase : « Des nationaux-socialistes idéologiquement convaincus occupaient des postes de direction au sein du FPÖ. » Le quotidien « Der Standard » rappelle qu'un responsable expérimenté du FPÖ avait résumé, lors d'un entretien, la composition interne du parti à une proportion d'« environ moitié-moitié » entre anciens nazis déclarés et autres profils.
Un débat réactivé par l'affaire Landbauer
Le contexte de cette nouvelle vague de révélations est celui d'un débat de longue date sur les « taches brunes » du FPÖ. En 2018, l'apparition de textes antisémites dans le recueil de chants de la corporation étudiante de l'actuel vice-gouverneur de Basse-Autriche, Udo Landbauer (FPÖ), avait déjà conduit le parti à lancer un travail interne d'inventaire historique. Le rapport publié en 2019 sous la supervision d'historiens proches du parti visait précisément à documenter ce passif.
Selon « Der Spiegel », ce travail de 2019 se trouve en porte-à-faux avec les nouvelles découvertes. Plusieurs figures qualifiées d'« impartiales » dans le document, ou simplement omises, apparaissent en effet dans la fiche NSDAP. Pour l'historienne Reiter, l'idéologie national-socialiste n'a pas seulement marqué les premières années du FPÖ : elle a structuré la sélection des cadres dirigeants à la fondation. L'un des « altnazis » cités par l'hebdomadaire aurait déclaré que sa patrie n'était que la « Ostmark » allemande, un appendice du Reich.
Le « Spiegel » décrit ces « altnazis endurcis » qui considéraient l'Autriche non pas comme une nation autonome, digne d'être chantée dans l'hymne national comme un « peuple comblé de grâce pour le beau », mais comme un territoire allemand annexé. Le magazine cite encore une responsable du FPÖ qualifiée dans le fichier de « Reichsdeutsche de naissance » — comme si « allemande » n'avait pas suffi. L'historien souligne que c'est précisément cette identité-là qui a été mise en avant par la direction du FPÖ dès la fondation.
En 1956, lors d'une conférence de presse, le politologue viennois Ernst Kraus, figure de la sociologie politique d'après-guerre, avait qualifié le FPÖ de « prise de pouvoir par un petit cercle d'extrémistes de droite et de chefs nazis » et l'avait fustigé comme une « organisation successeur de la NSDAP ». Plus de soixante-dix ans plus tard, le FPÖ a célébré avec faste son soixante-dixième anniversaire, d'abord dans le cadre solennel de la Hofburg à Vienne, puis lors d'une fête populaire place Saint-Étienne, en présence de l'artiste Roberto Blanco.
Le FPÖ, première force politique du pays en 2024
À cette occasion, le président du parti, Herbert Kickl, a prononcé un discours émaillé de superlatifs dans lequel il a qualifié la droite radicale de « plus grand projet de liberté et de démocratie ». Le « Spiegel » note que Kickl, qui annonce vouloir devenir « chancelier du peuple » dans un lexique puisé au jargon national-socialiste, évite un autre superlatif : son FPÖ constitue, depuis la chute de la tyrannie hitlérienne, le projet politique le plus abouti lancé par d'anciens nazis.
Lors des élections législatives de 2024, le FPÖ est devenu la première force politique du pays. Cette progression s'est accompagnée d'une attention accrue portée à son rapport à l'extrême droite. Le secrétaire général du SPÖ, Klaus Seltenheim, a déclaré, en commentant les révélations du « Spiegel » : « Malgré les scandales et les révélations à la chaîne, le FPÖ ne rompt pas ses liens avec l'extrême droite. » Le SPÖ a estimé vendredi que le « prétendu rapport d'historiens » ne valait pas le papier sur lequel il a été imprimé et s'est déclaré conforté dans son constat que le FPÖ conserve, à ce jour, un « problème d'extrémisme de droite ».
Un instrument de vérification factuelle
Pour le « Spiegel », la fiche de la NSDAP constitue désormais un instrument de vérification factuelle que les historiens et les journalistes peuvent croiser avec les biographies des fondateurs du FPÖ. Le fait que les quatre membres du comité provisoire et le quatuor de 1956 soient tous identifiables dans ce fichier bouleverse le récit d'un parti fondé sur le simple ralliement d'anciens responsables de la Seconde République. En 1958, dans la troisième direction quadripartite, un ancien membre de la NSDAP a simplement remplacé un autre ancien membre de la NSDAP.
Ces éléments surviennent alors que le FPÖ a marqué avec ostentation son soixante-dixième anniversaire. Pour ses contempteurs, la nouvelle enquête confirme la persistance d'un lien structurel entre l'extrême droite nationaliste allemande des années 1930 et l'un des principaux partis du système politique autrichien contemporain. Pour ses défenseurs, il s'agit d'une lecture réductrice d'un héritage plus large. La discussion, en tout état de cause, ne porte plus seulement sur l'histoire : elle concerne la nature présente d'un mouvement qui se présente comme « Freiheitlich » tout en restant, selon ses détracteurs, fidèle à ses fondations idéologiques.
Questions & Réponses
Que révèle l'enquête du « Spiegel » sur la direction initiale du FPÖ ?
Selon l'hebdomadaire, les quatre membres du « Proponentenkomitee » qui ont provisoirement dirigé le FPÖ à sa fondation, ainsi que le quatuor à la tête du parti après le premier congrès d'avril 1956, figurent tous dans la fiche-matricule de la NSDAP publiée par les Archives nationales américaines.
Qui sont les anciens nazis identifiés dans le rapport du FPÖ de 2019 comme « impartiaux » ?
L'enquête cite notamment Alexander Götz senior, ancien chef régional du FPÖ en Styrie, qui avait adhéré à la NSDAP dès 1933, et Franz Rainer, chef du comité de fondation en 1955, tous deux qualifiés d'« impartiaux » dans le rapport de 2019, ainsi que Wilma Jobst, future responsable fédérale des femmes, absente du document bien qu'elle ait rejoint la NSDAP en 1938.
Quel a été l'élément déclencheur du travail d'inventaire historique du FPÖ ?
En 2018, l'apparition de textes antisémites dans le recueil de chants de la corporation étudiante d'Udo Landbauer, actuel vice-gouverneur de Basse-Autriche (FPÖ), avait poussé le parti à commanditer un rapport historique sur ses propres « taches brunes », publié en 2019.
FPÖ et nazis : le rapport du Spiegel révèle une densité | actualites360