À la veille de l'introduction en Bourse de SpaceX, vendredi noir pour les valeurs technologiques américaines
New York, 08 juin 2026
Bruno Sanchez-Andrade Nuño from Washington, DC, USA / Wikimedia Commons / CC BY 2.0
Summary
À la veille de la plus grande introduction en Bourse de l'histoire, SpaceX doit lever quelque 75 milliards de dollars au prix de 135 dollars l'action. Mais la perspective de voir des fonds indiciels et de retraite acheter massivement le titre, conjuguée aux doutes sur sa valorisation, a fait chuter les grandes valeurs technologiques américaines.
New York, 08 juin 2026
SpaceX, la société spatiale d'Elon Musk, s'apprête à réaliser vendredi 12 juin la plus grande introduction en Bourse de l'histoire au Nasdaq de New York, levant environ 75 milliards de dollars à un prix de 135 dollars par action, dans un contexte de forte nervosité des marchés technologiques américains.
Une opération boursière sans précédent
Le vendredi 12 juin marquera une étape historique pour les marchés financiers : SpaceX, fondée par Elon Musk en 2002, fera son entrée au Nasdaq de New York sous le symbole SPCX. L'entreprise spatiale a fixé le prix de son offre à 135 dollars par action, sans annoncer previamente de fourchette de prix, comme le veut pourtant l'usage. Au total, 555,6 millions d'actions seront émises, ce qui permettrait de lever environ 75 milliards de dollars et de valoriser la société à quelque 1,7 billion de dollars, selon les données des courtiers. À ce niveau, SpaceX se classerait sixième parmi les entreprises cotées les plus valorisées au monde, derrière la maison-mère de Google, Alphabet, et devant le géant pétrolier Saudi Aramco.
Pour de nombreux observateurs, cette introduction en Bourse n'est pas un événement financier ordinaire. Alicia Daurignac, gérante de fonds chez La Financière de l'Echiquier, considère que « l'introduction en Bourse de SpaceX marque un tournant pour l'économie spatiale ». Selon les analystes, l'opération pourrait redéfinir le secteur spatial comme une catégorie d'infrastructure légitime, aux côtés de l'énergie et des télécommunications, plutôt que comme un thème spéculatif.
Starlink, moteur financier de SpaceX
L'activité de SpaceX repose avant tout sur Starlink, le service d'accès à Internet par satellite qui constitue de loin la principale source de revenus de l'entreprise, avec environ 60 % du chiffre d'affaires. Le réseau, qui compte plus de 10 000 satellites en orbite, est utilisé pour l'Internet à haut débit, la téléphonie mobile et les communications militaires, et représente le seul segment rentable du groupe. Au cours de l'année écoulée, SpaceX a généré un chiffre d'affaires de 18 milliards de dollars et un bénéfice d'exploitation de 7,2 milliards, tout en affichant une perte nette de 4,9 milliards, principalement due aux coûts de développement de la grande fusée Starship.
L'entreprise joue par ailleurs un rôle clé dans le programme spatial américain grâce à ses fusées, et a été responsable l'an passé de plus de la moitié des lancements de fusées dans le monde. Elon Musk, qui a fusionné sa société d'intelligence artificielle xAI — comprenant notamment le robot conversationnel Grok et le réseau social X (anciennement Twitter) — avec la plateforme X au sein de SpaceX, a également déjà acquis des fréquences de téléphonie mobile aux États-Unis afin de créer des interfaces entre les réseaux satellitaires et mobiles.
L'effet d'aspiration sur les « Magnificent Seven »
L'opération prend une dimension financière considérable en raison des retombées attendues sur l'ensemble du secteur technologique. Audun Wickstrand Iversen, gérant de portefeuille chez DNB Asset Management, a mis en garde contre le fait que « les fonds indiciels achèteraient automatiquement — sans considération pour les modèles de valorisation ou les perspectives de croissance ». Cette mécanique inquiète d'autant plus que certains fournisseurs d'indices ont assoupli les exigences minimales de flottant et raccourci les délais d'admission, dans ce que l'on surnomme déjà la « Lex SpaceX ». MSCI prévoit notamment d'inclure SpaceX dans ses indices quelques jours à peine après l'introduction en Bourse.
Pour Jane Gibbons, du cabinet d'analyse Jefferies, les « Magnificent Seven » — Nvidia, Apple, Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta et Tesla — constituent une source de liquidité probable à laquelle les investisseurs pourraient puiser pour participer à l'opération. Nvidia, qui figure en tête de la liste des entreprises valorisées à plus d'un billion de dollars, pèse aujourd'hui environ 5 000 milliards de dollars en Bourse. Les fournisseurs de fonds indiciels et de fonds de pension sont appelés à devenir des acteurs majeurs, dont les réallocations de portefeuille pourraient à l'avenir peser sur des secteurs entiers ou sur d'autres marchés.
Elon Musk en route vers le statut de premier trillionnaire
Elon Musk, qui détient 42 % des actions de SpaceX mais contrôle 85,1 % des droits de vote grâce à deux catégories d'actions, entend cumuler les fonctions de directeur général, de directeur technique et de président du conseil d'administration. À 54 ans, il deviendrait, si le cours de l'action évolue comme prévu, le premier trillionnaire de l'histoire. Selon les rapports, il souhaite réserver aux investisseurs particuliers une part nettement plus importante que d'usage : environ 25 % des actions nouvellement émises seront distribuées par de grandes banques américaines et internationales, le reste étant attribué à des investisseurs institutionnels. La rumeur veut que la demande soit deux fois supérieure à l'offre disponible.
En Allemagne, les particuliers peuvent déjà demander des actions SpaceX via plusieurs courtiers en ligne, dont Flatex et Trade Republic, avant la cotation. L'attribution des actions aux souscripteurs dépendra de la demande pendant la période de souscription. Certains analystes, toutefois, expriment des doutes marqués sur la valorisation de l'entreprise. L'agence de notation Morningstar considère que la juste valeur de SpaceX se situe à 780 milliards de dollars et juge l'action « nettement surévaluée ».
Tristan Abet, spécialiste de l'investissement thématique chez Kepler Cheuvreux, se montre également sceptique. Il compare Elon Musk à un gourou, une sorte de « Krishna du culte des étoiles », et affirme : « Nous n'avons pas affaire à un directeur général ordinaire, mais à un gourou, une sorte de Krishna du culte des étoiles ». Pour lui, la valorisation de SpaceX reflète « la passion, la fascination et le rêve que tous les enfants ont eu en levant les yeux vers les étoiles pour la première fois ».
Des voix divergentes sur la valorisation
Les recettes de l'introduction en Bourse doivent servir à financer plusieurs projets d'envergure : la construction de centres de données dans l'espace pour offrir une puissance de calcul abordable à l'intelligence artificielle, la colonisation de la Lune et de Mars, ainsi que le développement d'un réseau mobile mondial basé sur les satellites Starlink. Les premiers robots devraient d'ailleurs se poser sur la Lune ou sur Mars dès le début de l'année prochaine.
Un vendredi noir sur les marchés technologiques
Dans les faits, l'annonce de cette introduction a déjà eu des répercussions sensibles sur les marchés. La perspective d'une ponction massive de liquidités sur les grandes capitalisations technologiques, conjuguée aux interrogations sur la valorisation de SpaceX, a fait reculer plusieurs valeurs vedettes du secteur. Les « Magnificent Seven », qui concentraient l'essentiel des gains de Wall Street ces dernières années, servent désormais de variable d'ajustement pour les investisseurs institutionnels et les fonds indiciels, dans un mouvement que certains qualifient de « vendredi noir » pour la tech américaine.
Au-delà du choc immédiat, l'événement pourrait redessiner en profondeur l'architecture des marchés mondiaux. Le phénomène de réallocation automatique imposé aux fonds indiciels et aux fonds de pension, combiné à l'affaiblissement des critères d'admission, transforme une entreprise spatiale en actif systémique, susceptible d'influencer la dynamique de secteurs entiers, de l'énergie aux semi-conducteurs, en passant par les télécommunications et la défense.
Pour l'heure, l'issue de cette introduction historique reste suspendue à un équilibre fragile entre l'enthousiasme des particuliers, attirés par la part de l'opération qui leur est réservée, et la prudence des investisseurs institutionnels, soucieux de ne pas surpayer un titre que même les analystes les plus favorables jugent tendu. SpaceX, qui n'a généré que 18 milliards de dollars de chiffre d'affaires l'an dernier face à une perte nette de 4,9 milliards, fait ainsi figure de test grandeur nature pour l'appétit du marché à l'égard des valorisations liées à l'intelligence artificielle, à l'espace et aux mégaprojets industriels.
Reste que, indépendamment des débats sur la valorisation, l'opération constitue un moment charnière pour l'ensemble de l'écosystème spatial. En offrant au grand public une porte d'entrée directe sur le secteur, Elon Musk et SpaceX transforment une industrie longtemps demeurée cantonnée aux agences gouvernementales et aux sous-traitants spécialisés en une catégorie d'actifs à part entière, appelée à occuper une place croissante dans les portefeuilles d'investissement du XXIe siècle.
Quoi qu'il advienne vendredi à l'ouverture du Nasdaq, les conséquences de cette introduction se mesureront bien au-delà du seul cours de l'action SPCX : c'est l'ensemble de la hiérarchie des grandes capitalisations mondiales, et la manière dont les flux d'épargne s'orientent vers les secteurs d'avenir, qui se trouvent placés sous le signe de SpaceX.
Questions & Réponses
Quel est le montant que SpaceX prévoit de lever lors de son introduction en Bourse du 12 juin 2026 ?
SpaceX prévoit de lever environ 75 milliards de dollars en émettant 555,6 millions d'actions au prix de 135 dollars pièce, ce qui en ferait la plus grande introduction en Bourse de l'histoire.
Pourquoi l'introduction en Bourse de SpaceX provoque-t-elle une chute des valeurs technologiques américaines ?
Les investisseurs redoutent que les fonds indiciels et les fonds de pension soient contraints de réallouer massivement leurs portefeuilles vers SpaceX, créant une ponction de liquidités sur les « Magnificent Seven » et une pression vendeuse sur l'ensemble du secteur.
Elon Musk deviendrait-il le premier trillionnaire du monde grâce à cette opération ?
Oui, à 54 ans, Elon Musk pourrait devenir le premier trillionnaire de l'histoire si le cours de l'action SpaceX évolue comme prévu, tout en conservant 42 % des actions et 85,1 % des droits de vote du groupe.
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