Vives inquiétudes de l'AIEA après l'impact d'un drone sur la centrale nucléaire de Zaporijjia
Vienne, 31 mai 2026
Exoport / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0
Summary
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a fait part de sa vive préoccupation après un possible impact de drone sur un bâtiment de la centrale nucléaire de Zaporijjia, occupée par la Russie. Moscou accuse Kiev, qui dément fermement et dénonce une tentative de « chantage nucléaire », tandis que l'AIEA réclame un accès immédiat au site pour enquêter.
Vienne, 31 mai 2026
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a exprimé samedi sa profonde inquiétude après qu'un drone a percuté un bâtiment de la centrale nucléaire de Zaporijjia, dans le sud-est de l'Ukraine, un site sous contrôle russe depuis mars 2022.
L'incident, survenu dans un contexte de frappes aériennes massives entre la Russie et l'Ukraine, a immédiatement ravivé les craintes d'une catastrophe nucléaire dans la plus grande centrale d'Europe. Selon le géant nucléaire public russe Rosatom, un drone de combat ukrainien a frappé samedi la centrale, visant spécifiquement la salle des machines du réacteur numéro 6.
Le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, a fermement condamné toute action militaire visant des installations nucléaires. « Es dürfe keinerlei von dem Kraftwerk ausgehenden oder gegen das Kraftwerk gerichteten Angriffe geben », a-t-il déclaré, soulignant qu'il ne devait y avoir aucune attaque provenant de la centrale ou dirigée contre elle. Il a également averti que de telles actions revenaient à jouer avec le feu.
Un accès réclamé pour enquêter sur les dégâts
L'AIEA a précisé avoir été informée par la direction de la centrale d'une attaque au cours de laquelle un trou a été percé dans le mur de la salle des turbines. L'agence onusienne, dont le siège est à Vienne, a immédiatement dépêché ses experts présents sur place pour évaluer les dégâts, mais ceux-ci ont demandé un accès élargi au bâtiment touché afin de mener une enquête approfondie.
Du côté russe, le patron de Rosatom, Alexeï Likhatchev, a affirmé que des installations importantes n'avaient pas été endommagées par l'explosion, tout en confirmant la brèche dans le mur de la salle des turbines. Les autorités russes ont soutenu que le drone était piloté à distance via un câble de fibre optique, une technique qui, selon elles, exclut toute frappe accidentelle.
La réaction ukrainienne ne s'est pas fait attendre. L'armée ukrainienne a catégoriquement rejeté ces accusations, les qualifiant de manœuvre de propagande et de tentative de « atomaren Erpressung », ou chantage nucléaire, de la part de Moscou. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a renchéri en jugeant ces allégations absurdes.
Kiev dénonce une « propagande » et un « chantage nucléaire »
« Es sei nicht nachvollziehbar, warum die Ukraine ein Kraftwerk auf ihrem eigenen Territorium angreifen sollte, das sie selbst wieder unter ihre Kontrolle bringen will », a déclaré la diplomatie ukrainienne, soulignant l'illogisme qu'il y aurait à attaquer une infrastructure que Kiev entend reprendre sous son contrôle. Aucune des deux parties n'a fourni de preuves tangibles pour étayer ses dires, et ces affirmations n'ont pu être vérifiées de manière indépendante.
L'incident de samedi marque, selon l'AIEA, la première attaque de drone sur le site de la centrale depuis avril 2024. L'équipe de l'AIEA déployée sur place a toutefois confirmé que les niveaux de radiation sur le site restaient normaux, un soulagement dans un contexte de tensions extrêmes.
La centrale de Zaporijjia, qui compte six réacteurs, tous mis à l'arrêt pour des raisons de sécurité, est située près de la ligne de front et est occupée par les troupes russes depuis les premières semaines de l'invasion lancée par Moscou en février 2022. La guerre, qui dure depuis plus de quatre ans, fait planer une menace constante sur la sûreté du site.
Une escalade de frappes aériennes entre la Russie et l'Ukraine
Cette nouvelle alerte survient alors que les deux belligérants ont échangé des frappes aériennes d'une intensité rare dans la nuit de vendredi à samedi. Les forces armées ukrainiennes ont fait état d'environ 300 missiles et drones russes lors de ces attaques nocturnes, qui ont causé des morts et des blessés des deux côtés.
En parallèle, la Russie a signalé des attaques de drones ukrainiens contre des infrastructures industrielles et énergétiques dans plusieurs de ses régions durant la nuit de samedi à dimanche. Un porte-parole du ministère russe de la Défense a fait état de frappes dans les régions de Saratov, Kirov, Rostov-sur-le-Don, Voronej et Belgorod, faisant plusieurs blessés.
La région de Kirov, située à environ 1 300 kilomètres du territoire contrôlé par l'Ukraine, au nord-est de Moscou, a été touchée. Son gouverneur, Alexandre Sokolov, a signalé une attaque de drone contre une installation dans le district d'Ourjoum. Les gouverneurs des régions frontalières de Rostov, Voronej et Belgorod ont également rapporté des attaques, trois civils ayant été blessés à Belgorod.
Des régions russes ciblées jusqu'à 1 300 km de la frontière
Dans la région de Saratov, sur la Volga, le gouverneur Roman Bousarguine a fait état de dommages sur des infrastructures civiles. Cette zone abrite plusieurs raffineries de pétrole qui ont déjà été la cible d'attaques ukrainiennes par le passé. Selon le journal en ligne Ukrainska Pravda, un dépôt pétrolier près de la ville de Taganrog, dans la région de Rostov, sur la mer d'Azov, a également essuyé des tirs.
Les répercussions de ces frappes se font sentir jusqu'en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou. Le gouverneur installé par la Russie, Sergueï Aksionov, a annoncé des restrictions sur la vente d'essence, sans en préciser la raison.
Répercussions régionales et appels à l'aide militaire
Dans ce climat de surenchère militaire, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réitéré son avertissement de la veille concernant une nouvelle frappe aérienne russe massive imminente. Il a par ailleurs annoncé que l'Ukraine avait reçu un système de défense aérienne supplémentaire de la part de l'Allemagne, tout en soulignant que ses forces avaient également besoin de missiles pour ces systèmes.
L'onde de choc de ce conflit continue de se propager au-delà des frontières des deux pays. La Roumanie a récemment fermé le consulat russe de Constanta, tandis que le chancelier allemand a déclaré qu'une présence forte était nécessaire sur le flanc oriental de l'OTAN. Le président russe Vladimir Poutine a, pour sa part, commenté un incident impliquant un drone qui s'est écrasé en Roumanie.
Questions & Réponses
Que s'est-il passé exactement à la centrale nucléaire de Zaporijjia ?
Un drone a percuté un bâtiment de la centrale, perçant un trou dans le mur de la salle des turbines du réacteur 6, selon Rosatom et la direction de la centrale. L'AIEA a confirmé avoir été informée de l'attaque et a constaté les dégâts extérieurs, tout en précisant que les niveaux de radiation sont restés normaux.
Qui est tenu pour responsable de cette attaque de drone ?
La Russie, par la voix de Rosatom et de la direction de la centrale, accuse l'armée ukrainienne d'être à l'origine de la frappe. L'Ukraine rejette catégoriquement ces accusations, les qualifiant de propagande et de tentative de « chantage nucléaire » de la part de Moscou.
Quelle a été la réaction de l'AIEA face à cet incident ?
Le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, s'est dit très préoccupé, avertissant que s'attaquer à des installations nucléaires revenait à « jouer avec le feu ». L'agence a demandé un accès immédiat au bâtiment touché pour que ses experts puissent enquêter sur place.
Zaporijjia : l'AIEA s'alarme après un impact de drone sur | actualites360