Échange de quotas d'émissions : 40 groupes réclament une | actualites360
40 groupes industriels exigent dans une lettre ouverte un changement de cap du système d'échange de quotas d'émissions de l'UE
Bruxelles, 17 juin 2026
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Summary
Une quarantaine de groupes industriels ont adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au président du Conseil, António Costa, exigeant une intervention résolue face à l'évolution des coûts dans le système d'échange de quotas d'émissions de l'UE. Ils avertissent des pertes d'emplois, des délocalisations de production et de fermetures d'usines si la Commission européenne ne présente pas de réforme en profondeur en juillet.
Bruxelles, 17 juin 2026
Une quarantaine de groupes industriels ont adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au président du Conseil, António Costa, exigeant une intervention résolue face à l'évolution des coûts dans le système d'échange de quotas d'émissions européen (SEQE-UE), considéré comme l'instrument central de la politique climatique de l'UE sur la voie de la neutralité climatique en 2050.
Comme l'a rapporté l'Agence de presse allemande (dpa), cette lettre intervient quelques semaines avant les propositions de réforme prévues par la Commission européenne en juillet. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung en avait fait état auparavant. Parmi les signataires figurent les groupes chimiques BASF, Evonik et Covestro, ainsi que les sidérurgistes Thyssenkrupp et ArcelorMittal. Ils exigent : « Wir fordern ein entschlossenes Eingreifen, um die Kosten-Eskalation im Emissionshandelssystem (ETS) zu stoppen. »
Les groupes argumentent que les coûts énergétiques élevés, la réglementation et la hausse des prix du CO2 minent la compétitivité européenne « in immer schnellerem Tempo » (à un rythme toujours plus rapide). L'Europe agirait « praktisch im Alleingang » (pratiquement seule) lorsqu'elle impose à une industrie « die ohnehin mit teurer Energie und Regulierung zu kämpfen habe » (qui doit déjà composer avec une énergie et une réglementation coûteuses) des coûts du CO2 en hausse rapide. Les conditions préalables à la transformation industrielle font également défaut : « Wichtige Voraussetzungen für eine wirtschaftliche Dekarbonisierung seien aber nach wie vor unzureichend entwickelt oder nicht in großem Maßstab verfügbar » (Des conditions importantes pour une décarbonation économiquement viable restent insuffisamment développées ou ne sont pas disponibles à grande échelle). Sont notamment cités : des prix de l'électricité compétitifs, de l'hydrogène vert abordable, des contrats climat (Carbon Contracts for Difference), la capture et le stockage du CO2 ainsi que des marchés phares pour l'acier à faibles émissions.
Les exigences en détail
Dans la lettre, les signataires avertissent concrètement : « Wenn das bestehende System fortgesetzt werde, werde es zu einer Verlagerung von Produktion und Werksschließungen kommen » (Si le système actuel est maintenu, il en résultera des délocalisations de production et des fermetures d'usines). « Die Folgen – Arbeitsplatzverluste, rückläufige Investitionen und ein nachlassendes Wirtschaftswachstum – sind absehbar. » (Les conséquences – pertes d'emplois, recul des investissements et ralentissement de la croissance économique – sont prévisibles.) Ils exigent un gel des coûts du SEQE, la réinjection des recettes dans la décarbonation industrielle ainsi qu'une « ausgewogener Ansatz für die Wettbewerbsfähigkeit im Import- und Exportbereich » (approche équilibrée de la compétitivité à l'importation et à l'exportation). Par ailleurs, les « derzeit diskutierte Auflagen für die kostenlose Zuteilung von Zertifikaten … vermieden werden » (exigences actuellement discutées concernant l'allocation gratuite de certificats doivent être évitées).
La Commission européenne prévoit de présenter en juillet des propositions pour une refonte en profondeur du système. Le système d'échange de quotas d'émissions est l'instrument central de la politique climatique de l'UE sur la voie de la neutralité climatique en 2050. Les entreprises doivent détenir des certificats pour chaque tonne de CO2 émise ; au fil des années, le nombre de certificats disponibles diminue – ce qui doit conduire efficacement à une meilleure protection du climat. Entre 2005 et 2023, le SEQE-UE aurait permis une réduction des émissions d'environ 49 % dans le secteur de l'énergie.
Opposition du côté des salariés
En parallèle de la lettre des grands groupes industriels, une vague de protestations menée par IG Metall a récemment mobilisé des milliers d'ouvriers sidérurgistes lors de manifestations à Berlin et Völklingen. Le syndicat a averti qu'un retour en arrière de la transformation vers une production neutre en carbone était dangereux. Cela mettrait en péril « Zehntausende Jobs » (des dizaines de milliers d'emplois). Le syndicat se trouve ainsi en porte-à-faux avec certaines parties de sa propre branche : tandis que Thyssenkrupp et ArcelorMittal plaident pour un allègement du système d'échange de quotas d'émissions, d'autres entreprises ayant déjà investi dans la transformation de leurs installations, comme Saarstahl, craignent de figurer au final parmi les perdants.
Les propres données des groupes illustrent l'ampleur du phénomène : « Unter den derzeitigen Rahmenbedingungen des EU-ETS würden die Kosten für die Stahlproduktion in der EU bis Anfang der 2030er-Jahre voraussichtlich um rund 50 Prozent steigen. » (Dans les conditions cadres actuelles du SEQE-UE, les coûts de la production d'acier dans l'UE devraient augmenter d'environ 50 % d'ici le début des années 2030.) « Ohne Reformen sei mit einem Rückgang der stahlintensiven Produktionstätigkeit um 30 bis 40 Prozent zu rechnen. Das betreffe bis zu 5 Millionen Arbeitsplätze entlang der gesamten Wertschöpfungskette. » (Sans réformes, il faut s'attendre à un recul de l'activité de production à forte intensité d'acier de 30 à 40 %, ce qui concernerait jusqu'à 5 millions d'emplois sur l'ensemble de la chaîne de valeur.) Les trois sidérurgistes voestalpine, ArcelorMittal Europe et thyssenkrupp Steel représenteraient, selon leurs propres indications, environ 60 % de la production intégrée d'acier en Europe.
50 % de surcoûts en vue ?
Dans un communiqué de presse commun, les trois sidérurgistes ont qualifié l'introduction récente du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) et les contingents tarifaires à venir de « wichtige Schritte hin zu faireren Wettbewerbsbedingungen » (étapes importantes vers des conditions de concurrence plus équitables). Ils se sont engagés explicitement à réduire leurs émissions de CO2, tout en critiquant le manque de viabilité économique du processus. « Das letzte erforderliche Puzzleteil, um sicherzustellen, dass Europa sowohl dekarbonisieren als auch eine starke industrielle Basis aufrechterhalten könne, sei nun die Reform des EU-ETS. » (La dernière pièce du puzzle pour garantir que l'Europe puisse à la fois décarboner et maintenir une base industrielle solide est désormais la réforme du SEQE-UE.) La réforme du SEQE-UE doit « weiteren Schaden für die industrielle Basis Europas vermeiden » (éviter de nouveaux dommages pour la base industrielle de l'Europe).
Le débat intervient à un moment où Bruxelles cherche à redéfinir l'équilibre entre protection du climat et compétitivité industrielle. Les groupes reprochent en outre au système de ne plus refléter la réalité des marchés mondiaux. Les clients ne seraient pas prêts à payer pour des produits à faible teneur en carbone, et il manquerait une infrastructure fonctionnelle pour l'hydrogène et le CO2. La question de savoir si la Commission européenne répondra à ces exigences en juillet reste ouverte – la lettre place toutefois la direction bruxelloise, à quelques semaines du paquet de réforme annoncé, face à une obligation immédiate d'agir.